Le «yo-yo COVID» du gouvernement Legault, un jeu dangereux

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le gouvernement a rétropédalé sur plusieurs mesures sanitaires au cours des derniers jours.

Que le gouvernement Legault réajuste les mesures sanitaires, soit. Mais la manière actuelle de faire — cette impression que Québec joue au yo-yo d’une journée à l’autre — comporte de réels risques que la population perde simplement confiance, préviennent des expertes en psychologie.

« Le problème avec la perception du va-et-vient [entre resserrement et allégement], c’est que ça laisse croire au public que le gouvernement n’a pas de plan, ou ne sait pas ce qu’il fait », disait jeudi la psychologue Kim Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale.

« Il y a un enjeu présentement en matière de confiance dans le message, souligne Ariane Bélanger-Gravel, professeure au Département d’information et de communication de l’Université Laval. Les gens peuvent avoir l’impression qu’on nous dit n’importe quoi, que tout peut changer d’un coup. Alors, oui, ça a un impact sur l’adhésion, et la confiance diminue, et ça soulève des questions sur les comportements subséquents. »

Les gens peuvent avoir l’impression qu’on nous dit n’importe quoi, que tout peut changer d’un coup. Alors oui, ç'a un impact sur l’adhésion, et la confiance diminue.

 

Pour Roxane de la Sablonnière, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal, le danger est là. « Si les gens ont l’impression que la crise est mal gérée, ou que les mesures sont incohérentes, que tout manque de clarté, que ça change beaucoup dans le temps, oui, ça effrite la confiance. »

C’est un peu ce que soulignait le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois mardi. « À force de changer de cap aussi souvent, [le gouvernement] est en train d’étourdir les Québécois. » Et selon lui, cette « valse-hésitation crée de la confusion et de la fatigue ».

Dans les derniers jours, le gouvernement a donc rétropédalé sur plusieurs mesures sanitaires (comme d’autres gouvernements ailleurs dans le monde, par ailleurs). Couvre-feu ramené à 20 h. Élèves qui retournent à l’école en alternance. Capacité d’assistance des lieux de culte revue à la baisse. Fermeture des gyms, etc. Les espoirs nés de l’avancement de la campagne de vaccination et du retour du beau temps ont pris passablement du plomb dans l’aile.

François Legault l’a remarqué lui-même jeudi : « On n’avait même pas eu le temps de complètement déconfiner [après la deuxième vague] qu’on a eu une troisième vague. » Explication : « On peut avoir l’air effectivement de changer : mais la situation change. » Plus tôt cette semaine, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, reconnaissait que « c’est un yo-yo, à cause des variants ».

Quitter le court terme

Chose certaine, cet effet yo-yo n’est pas bon, estiment toutes les expertes consultées par Le Devoir. « C’est sûr que d’avoir des décisions contradictoires en quelques jours, ça entraîne de l’insécurité et des remises en question », dit la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier, professeure associée à l’UQAM.

Surtout, note Kim Lavoie, quand la population n’a pas le temps de digérer les modulations. « Chez tout humain, le changement est stressant. » Si, en plus, il est « inattendu et imprévu […], eh bien, ça suscite énormément d’anxiété, qui peut se transformer en résistance ».

Kim Lavoie estime que l’évolution de la situation au cours des derniers jours montre que le gouvernement devrait « moduler les attentes des gens » plutôt que de laisser miroiter des éclaircies qui ne durent pas. « C’est toujours mieux d’être prudent, de maintenir les attentes au neutre, que de les augmenter et de décevoir au final. »

Une des clés de l’adhésion et du maintien du moral réside d’ailleurs dans la prévisibilité, dit la psychologue Beaulieu-Pelletier. Elle reconnaît que la crise actuelle demande des changements rapides. Mais la stratégie du gouvernement — ouvrir et fermer le « robinet » régulièrement — a des effets pervers, affirme-t-elle.

« Quand on sait ce qui s’en vient, on a une bonne capacité d’adaptation, on est capable de passer à travers des périodes difficiles. Mais quand ça change sans cesse, on ne peut pas planifier [notre vie autour des mesures]. On n’arrive pas à aménager notre réalité en fonction des événements. »

Autre aspect important à ce stade de la crise, avec le niveau de fatigue collective : la transparence. « On s’attend bien sûr à ce que le gouvernement doive revenir sur certaines décisions, fait valoir Geneviève Beaulieu-Pelletier. Il doit gérer en cherchant un équilibre compliqué entre le confinement, la santé mentale, des demandes de tous les secteurs… C’est très difficile. »

Mais quand il annonce un changement de cap, « ce qui est important, c’est d’expliquer clairement les changements. Il faut que ce soit clair et cohérent ». Et présentement, cet aspect fait défaut, affirme Kim Lavoie.

Elle parle notamment d’une incapacité de Québec à « reconnaître des erreurs », comme celle d’avoir allégé certaines restrictions alors que plusieurs appelaient à faire le contraire. « Ne pas reconnaître qu’il y a eu erreur à la base sabote la confiance qu’on a envers le gouvernement. On a besoin d’être rassurés. Sinon, on se demande : quelle assurance on a que ça ne va pas se répéter ? »

L’exemple des serviettes

Spécialisée en psychologie sociale, Roxane de la Sablonnière ajoute un élément à la réflexion sur le risque de rupture entre le gouvernement et la population. « En prenant toujours comme exemple les récalcitrants [qui ne respectent pas les règles sanitaires], le gouvernement met une attention négative sur un comportement qui n’est pas nécessairement représentatif », dit-elle.

Et cela n’est pas sans conséquence. « Beaucoup de recherches montrent que les normes sociales influencent vraiment les gens ». Mme de la Sablonnière donne l’exemple des messages dans les hôtels qui demandent de réutiliser les serviettes pour, essentiellement, « sauver la planète ». « La recherche montre que ça ne fonctionne pas… Ce qui fonctionne, c’est de rapporter que la majorité des clients de cet hôtel font ça. »

Autrement dit : lorsque l’on sait que les autres font quelque chose, la tendance naturelle est d’imiter. D’où l’importance d’avoir en tête le bon exemple…

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3 commentaires
  • helene lambert - Inscrite 9 avril 2021 09 h 19

    Merci

    de souligner que le gouvernement ne met pas suffisamment l'accent sur le % de citoyens qui RESPECTENT les consignes. Le principe de souligner les bons coups est gagnant. L'article me fait penser a mon ex-milieu de travail, notre gestion était constamment en changement, les procédures changeaient pratiquement a chaque semaine et ca a duré 6-7 ans ! Les dernières années,on n'écoutait plus les consignes..

  • Jacques Bordeleau - Abonné 9 avril 2021 11 h 00

    Experts

    Le Québec, pour sa plus grande gloire, est probablement le coin de Terre qui compte le plus grand nombre d'experts au monde, au prorata de sa population, et dans tous les domaines, au gré de leur succession dans l'actualité. Heureusement, les citoyens font montre de réalisme et réagissent généralement bien.

    Jacques Bordeleau

  • Patrick Dolmaire - Abonné 9 avril 2021 11 h 52

    Des tartes, des danses, des muscles, des prières etc. l'art d'errer de ce gouvernement!

    «En prenant toujours comme exemple les récalcitrants [qui ne respectent pas les règles sanitaires]»
    Il y a en même temps les récalcitrants qui ne prennent pas en compte les recommandations scientifiques et les situations tragiques vécues ailleurs dans le monde. Ils semblent n'avoir que faire de la mortalité élevée liée à leurs décisions tout en essayant de prétendre le contraire. En ce qui concerne l'homme qui assume publiquement décider seul, peu ou prou en doutait. C'est aussi ce qui pourrait lui être reproché, non pas de prendre des décisions mais dans la situation très grave qui concerne 8 millions de québécois, c'est de le faire seul. Rappelons que seulement une minorité de 1,5 millions de québécois sur les 6 millions d'électeurs inscrits ont choisi ce parti et cet homme ... En ce qui concerne l'enquête publique qui devra avoir lieu (à moins que ce Gv réussisse à détourner la démocratie et à la censurer), cet aveu ne laisse plus de doute sur le responsable d'une grande partie des 10 700 morts.

    «Plus tôt cette semaine, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, reconnaissait que « c’est un yo-yo, à cause des variants ».»
    Ce n'est pas tout à fait exact, le yo-yo est causé par les décisions du Gv et non pas par les variants. Les pays qui ont choisi d'autres stratégies (moins mortifères) ne jouent pas au yo-yo bien qu'ils soient confrontés aux mêmes variants. Face au virus, il y a 2 stratégies possibles (sauf en France ...), à savoir agir de façon proactive ou réactive. Contrairement aux recommandations plutôt proactives des scientifiques, ce Gv (vacciné) joue avec la vie des québécois (non vaccinés) en s'appuyant sur une stratégie réactive qui de surcroit ne prend pas en compte l'inertie de la contamination (en comptabilité, inertie, ce mot semble ne pas exister). Ainsi le virus mène la danse et ce Gv à grands coups de communication médiatique dont c'est le seul et unique succès, tente de démontrer misérablement qu'il contrôle la situation.