Autopsie de la volte-face sanitaire du gouvernement Legault

Comme toutes celles de la région de Québec, de Gatineau et de l’Outaouais, l’école de Soélie a fermé ses portes pour 10 jours jeudi soir.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Comme toutes celles de la région de Québec, de Gatineau et de l’Outaouais, l’école de Soélie a fermé ses portes pour 10 jours jeudi soir.

Le premier ministre François Legault met le resserrement brutal des mesures sanitaires à Québec, à Lévis et à Gatineau sur le compte des variants, qui sont derrière la « hausse rapide » du nombre de personnes déclarées positives à la COVID-19 au fil des derniers jours.

Les partis d’opposition sont pour leur part persuadés que le chef du gouvernement a détourné le regard lorsque les voyants du « tableau de bord » sont passés du vert au rouge dans la Communauté métropolitaine de Québec, à Gatineau et dans la MRC des Collines-de-l’Outaouais.

Entre le 23 mars, où « le Québec résiste à la troisième vague », et le 31 mars, où « la situation est critique », les variants de SRAS-CoV-2 ont profité d’un relâchement du respect des consignes sanitaires, selon M. Legault.

Le ministère de la Santé avait recensé 783 nouveaux cas le 23 mars, contre 1271 nouveaux cas le 31 mars. Le nombre de personnes hospitalisées est demeuré stable… jusqu’à maintenant.

Dans la Capitale-Nationale, le nombre de personnes déclarées positives à la COVID-19 a bondi de 380 %, passant de 69 personnes (23 mars) à 261 personnes (31 mars). À lui seul, le gym Mega Fitness est responsable de 120 cas de COVID-19, sans oublier des éclosions secondaires dans une vingtaine de milieux de travail qui y sont également reliées. « À un moment donné, le variant peut prendre un point d’inflexion et ça peut être très rapide », a expliqué le directeur régional de santé publique de la Capitale-Nationale, André Dontigny, jeudi. C’est ce qui s’est produit dans la Communauté métropolitaine de Québec.

Déjà en début de semaine, il ne faisait pas de doute dans l’esprit du premier ministre que des restrictions devaient être ajoutées. Lesquelles et où ? N’ayant pas toutes les réponses en main, François Legault a évoqué mardi devant la presse des « scénarios pour augmenter, malheureusement, les restrictions » dans cinq régions « passées récemment à l’orange ». « Les visites dans les maisons sont interdites, mais les gens se visitent. Puis on voit que c’est plus vrai dans les régions qui sont passées au orange, comme si le fait qu’on avait assoupli certaines mesures, ça avait ouvert la porte à assouplir des mesures qu’on n’a pas assouplies, des directives qu’on n’a pas changées », a-t-il déclaré avant d’appeler les Québécois à redoubler de vigilance face aux variants dont le taux de reproduction médian est de 1,4, contre 1,0 pour la souche principale. Avant même de quitter la salle de presse, il savait qu’il y reviendrait le lendemain ou le surlendemain avec un plan pour freiner la progression de la COVID-19.

Mise sur pause

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, appelait à ne « pas paniquer » devant l’accroissement des nouveaux cas de COVID-19 dans une entrevue à La Presse, lundi, pour insister 48 heures plus tard sur la nécessité d’« abaisser cette accélération-là pour ne pas véritablement perdre le contrôle ».

Entre-temps, il a pris le pouls des directeurs régionaux de santé publique — qui « vivent ce qu’on appelle les différents cycles de peur », selon lui. Des dirigeants de CIUSSS et de CISSS l’ont mis en garde contre une hausse des hospitalisations, tout particulièrement à Québec, à Lévis et à Gatineau. « Il en consulte du monde », fait remarquer un habitué de la « cellule de crise » pandémique.

Le trio formé de François Legault, Christian Dubé et Horacio Arruda est réapparu devant les caméras de télévision mercredi à 17 h pour une annonce-choc. Québec, Lévis et Gatineau seront mis « sur pause » : couvre-feu de 20 h à 5 h, fermeture des écoles, des restaurants, des commerces non essentiels, des cinémas, des salles de spectacle et des musées, limite de 25 personnes dans les lieux de culte, ont-ils laissé tomber.

Des personnes de tous âges étaient « en pleurs » mercredi soir, après la mise à l’arrêt sans grand avertissement de leur coin de pays. « Le gouvernement ne peut pas plaider l’inattendu », a soutenu l’élue libérale Marie Montpetit, tout en rappelant les signaux d’alarme envoyés par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le Collège des médecins du Québec, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et une enfilade d’experts. « À trop vouloir plaire, est-ce que le gouvernement a pris les choses trop à la légère ? » a-t-elle demandé.

 

Le chef du gouvernement, François Legault, « a contribué à créer un faux sentiment de sécurité au Québec » en banalisant au cours des derniers jours « des données qui montrent noir sur blanc que les variants vont nous replonger dans le rouge », a poursuivi le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. « Comment ça se fait qu’en quelques heures, on est passé de “les écoles, ça va bien” à “les écoles, il faut les fermer, c’est la catastrophe” ? Comme les gens sont censés suivre ? Comment les gens sont censés adhérer à un message qui est si incohérent, si contradictoire ? » s’est-il interrogé.

Le gouvernement québécois a « ag[i] très rapidement » afin de couper l’élan de la COVID-19 et de prévenir un débordement des unités de soins intensifs des hôpitaux québécois, s’est enorgueilli le ministre de la Santé, Christian Dubé. « Jamais les Québécois ne vont pouvoir nous reprocher d’avoir attendu que les hospitalisations montent en flèche ou que les soins intensifs soient pleins. Nous agissons sur le nombre de cas, en avant de tout le monde », a-t-il déclaré.

Attention, les dix jours de confinement ordonnés à Québec, à Lévis et à Gatineau peuvent changer la situation de façon « majeure », selon le Dr Dontigny, mais une période plus longue permettrait réellement de casser la vague. « Idéalement, on est 28 jours tout le monde à rester chez soi. »

« Nous craignons beaucoup présentement ce qui est devant nous », a affirmé le directeur des services professionnels du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec–Université Laval, Stéphane Bergeron, jeudi. La troisième vague semble « plus grande, plus imposante » pour la région de la Capitale-Nationale que la première et la deuxième.

La troisième vague en cinq dates

17 février « S’il fallait que le variant s’installe, prenne beaucoup d’ampleur et que les gens assouplissent trop rapidement leurs comportements, on pourrait être face à une situation où la maladie circule largement » — Jocelyne Sauvé, médecin spécialisée en santé publique à l’INSPQ

23 mars « Le Québec résiste aux variants. Le Québec résiste à la troisième vague. Ce n’est pas le cas partout dans le monde » — François Legault, premier ministre du Québec

26 mars « Les mesures actuellement sont insuffisantes pour ralentir les variants » — Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste affilié à l’INSPQ

« On voit le début d’une troisième vague » — F. Legault

30 mars « La tendance est mauvaise » — F. Legault

31 mars « La situation est critique, il faut agir rapidement, avant qu’il y ait un impact trop grand sur les hospitalisations » — F. Legault

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