La hausse des cas de COVID-19 dans cinq régions préoccupe Québec

La troisième vague d’infections au coronavirus est en train de déferler dans cinq régions du Québec où les cas sont en augmentation. L’Outaouais (particulièrement Gatineau), la région de Québec, la Beauce, le Lac-Saint-Jean (plus spécifiquement Roberval) et le Bas-Saint-Laurent inquiètent le gouvernement, qui n’exclut pas de resserrer les mesures sanitaires dans ces régions.

« Si la tendance se poursuivait au cours des prochains jours et des prochaines semaines, on pourrait se retrouver avec une situation dans ces régions-là qui serait pire qu’à Montréal », a mis en garde le premier ministre François Legault, en conférence de presse mardi, entouré du ministre de la Santé, Christian Dubé, et du directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

La fête de Pâques le préoccupe. Il a donc demandé une présence policière accrue au cours de ce long week-end. « Ce n’est pas une bonne idée de faire des fêtes familiales ou des fêtes d’amis », a-t-il rappelé.

M. Legault n’exclut pas de resserrer les mesures pour limiter la propagation du virus dans ces régions. « On pourrait revenir au rouge qu’on avait avant, puis au couvre-feu à 20 h, par exemple », a-t-il dit sans vouloir divulguer l’ensemble des scénarios à l’étude. Ces mesures plus strictes pourraient être imposées rapidement si la situation se dégradait davantage.

« Ce n’est pas impossible qu’il y ait une mise à jour demain ou jeudi, a ajouté le premier ministre. On suit ça vraiment d’heure en heure, de jour en jour. »

Ces régions pourraient ainsi voir disparaître les assouplissements qui leur avaient été accordés avec leur passage en zone orange il y a trois semaines. Le variant britannique, plus contagieux et plus virulent, est en circulation rapide au Québec, avec 6048 cas présumés. L’Outaouais, par exemple, compte désormais près de 105 cas causés par ce variant par 100 000 habitants.

Le gouvernement québécois est en discussion avec celui de l’Ontario pour tenter d’harmoniser les mesures de santé publique. « Si l’Outaouais repassait au rouge, puis qu’on refermait les restaurants, mais que ceux d’Ottawa [restaient] ouverts, bien, c’est tout ça, là, qu’on regarde actuellement », a affirmé M. Legault.

Craintes pour Pâques

Roxane Borgès da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, regrette que le gouvernement ne suive pas immédiatement l’avis des experts, du Collège des médecins et de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, qui l’ont tous appelé à reconsidérer l’allègement des mesures sanitaires.

« Particulièrement les lieux de culte, à l’époque de Pâques, vraiment, c’est une décision incompréhensible dans le contexte, a-t-elle dit. Je sais bien qu’il y a des gens qui ont des problèmes de santé mentale. Je le comprends très bien, mais il y a aussi le risque d’avoir notre population de 20-60 ans qui se retrouve aux soins intensifs. »

Les lieux de culte peuvent désormais accueillir jusqu’à 250 fidèles en zone rouge, avec le port du masque et la distanciation physique de deux mètres.

Les assouplissements ont incité certaines personnes à faire davantage d’entorses aux mesures restantes. M. Legault a appelé les gens à cesser les visites à domicile. Celles-ci sont toujours interdites même si le couvre-feu est passé à 21 h 30, sauf pour les personnes qui habitent seules.

« La moitié des jeunes adultes, actuellement, vont voir leurs amis et ne respectent pas les consignes dans les maisons », a-t-il souligné, s’appuyant sur des données recueillies par l’Institut national de santé publique (INSPQ). Il leur a demandé de faire preuve de solidarité à l’égard du personnel hospitalier et des enfants qui s’exposent au virus en allant à l’école.

« Il y a des 20-29 ans, et même jusqu’à 30, 40 ans, qui disent n’avoir pas respecté nécessairement les consignes, a précisé le Dr Arruda. C’est monté dans certaines régions, même, jusqu’à 60 %, particulièrement dans les régions qui ont passé à l’orange. »

Des prochains jours « critiques »

Le trio a défendu la décision de permettre à tous les élèves des 3e, 4e et 5e années du secondaire de suivre leur cours à l’école, au lieu de devoir alterner une journée sur deux. « Oui, il y a des classes de fermées, mais il y a 96 % des enfants au Québec qui sont à l’école à temps plein, a fait valoir M. Legault. Ça, c’est ma plus grande fierté, puis ça devrait être notre plus grande préoccupation dans toute la société. »

Le risque d’échec scolaire et de développement de problèmes de santé mentale est plus grand, selon lui, que le risque lié à la transmission de la COVID-19 dans les écoles. « On gère ces risques-là », a ajouté le Dr Arruda.

On pourrait revenir au rouge qu’on avait avant, puis au couvre-feu à 20 h, par exemple

Le Québec a enregistré 864 nouveaux cas de COVID-19 mardi, mais le gouvernement soupçonne qu’il y aurait plutôt de 1000 à 1200 nouveaux cas par jour, étant donné le faible nombre de tests de dépistage effectués chaque jour. La Santé publique rapporte 10 nouvelles hospitalisations, ce qui porte leur nombre total à 487. De ce nombre, 126 personnes sont aux soins intensifs, soit 6 de plus que la veille. La capacité hospitalière n’est pas à risque pour l’instant, mais les prochains jours seront « vraiment critiques ».

« Nos prévisions montrent qu’on est à l’intérieur de nos capacités, mais la tendance est mauvaise, a indiqué le premier ministre. Donc, il faut que ça arrête d’augmenter dans ces cinq régions-là. Ça n’augmente pas à Montréal, mais ça augmente dans ces cinq régions-là. »

Le gouvernement accélérera l’acheminement de 15 000 à 20 000 doses de vaccins dans ces régions pour tenter d’endiguer la transmission de la COVID-19.

Le gouvernement serre la vis aux agences de placement

De nouvelles mesures pour encadrer le recours aux agences de placement dans le secteur de la santé ont été imposées mardi par arrêté ministériel.

Une affectation dans un établissement devra avoir une durée minimale de 14 jours pour prévenir les infections. Il ne sera donc plus possible de cumuler des affectations à temps partiel à plusieurs endroits.

La priorité sera également accordée aux salariés pour les quarts de travail. Un gestionnaire ne pourra plus les déplacer pour ensuite refiler leurs quarts à du personnel d’agence. Il ne pourra pas non plus embaucher un ex-employé du réseau public, passé au privé, avant 90 jours.

Une agence qui ne respecterait pas ces nouvelles normes serait passible d’une amende de 1000 $ à 6000 $ par employé par jour.

Mylène Crête

Le masque recommandé en tout temps au bureau

Le port du masque en tout temps dans les milieux de travail est désormais recommandé par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui y voit une « protection supplémentaire avec l’arrivée des variants de la COVID-19 ».

Cette recommandation vise à limiter la propagation du SRAS-CoV-2 dans les bureaux et autres lieux de travail intérieurs. Selon l’organisation, elle est également plus simple d’application puisque le port du masque s’applique désormais en tout temps plutôt que pour des tâches spécifiques ou des situations particulières.

Bon nombre d’éclosions sont déclarées chaque semaine dans divers lieux de travail au Québec, indique l’INSPQ dans un communiqué publié mardi, qui souligne aussi que les variants sont « plus transmissibles et potentiellement plus virulents ».

La Presse canadienne

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