Québec bonifie le plan de relance du secteur culturel

147 millions supplémentaires auront été dépensés à la fin de 2021-2022 pour «aider la culture à sortir de la crise sanitaire et de ses effets».
Photo: Denis Lovrovic Agence France-Presse 147 millions supplémentaires auront été dépensés à la fin de 2021-2022 pour «aider la culture à sortir de la crise sanitaire et de ses effets».

En matière de culture, le budget Girard rappelle une évidence : « La crise sanitaire a frappé de plein fouet l’écosystème » québécois. Pour atténuer ce choc sismique et aider à remettre le secteur en marche, le gouvernement injectera 392 millions en six ans. Mais près de 45 % de ce montant sera toutefois réservé pour des enjeux limitrophes — protection du patrimoine et du français.

« La culture est le fondement même de l’identité québécoise », a soutenu le ministre Eric Girard dans son discours sur le budget. Elle est aussi, a-t-il rappelé, un vecteur de développement économique : en 2019, l’industrie de l’information, de la culture et des loisirs employait 170 000 personnes et représentait 3,6 % du PIB du Québec.

La fermeture des salles et l’arrêt prolongé de l’essentiel des activités ont ébranlé tous les piliers de ce secteur. Jusqu’ici, le gouvernement avait dégagé 483 millions pour alimenter le Plan de relance économique du milieu culturel : le budget présenté jeudi ajoute 214 millions à cette enveloppe, cela d’ici 2025-2026.

L’essentiel de l’effort sera fait rapidement : 147 millions supplémentaires auront été dépensés à la fin de 2021-2022 pour « aider la culture à sortir de la crise sanitaire et de ses effets ». Des sommes d’environ 13 millions sont prévues pour les quatre autres années.

Cinq axes

Le détail des initiatives sera annoncé plus tard, a indiqué le ministre des Finances. Les documents budgétaires précisent tout de même que la première tranche de 147 millions servira à bonifier une mesure d’aide à la diffusion de spectacles (60 millions), à poursuivre un programme d’aide au secteur audiovisuel (29 millions), à allouer une aide additionnelle aux organismes et aux artisans (33,6 millions), à soutenir la mise en œuvre d’initiatives culturelles (14 millions) et à appuyer « l’ambition numérique » du milieu (10,5 millions).

Le reste de l’enveloppe de 214 millions sera surtout utilisé pour « rendre la culture plus accessible partout ». Une somme de 50 millions est ainsi prévue pour « favoriser la création de liens entre la culture et l’éducation ». Plus précisément, on souhaite « accroître les sorties scolaires en milieu culturel, rendre accessible un plus grand nombre d’œuvres libres de droits à des fins éducatives et faire découvrir la culture québécoise aux élèves par différentes initiatives ».

Des montants plus mineurs sont attribués à la bonification des activités de la Fête nationale (2 millions) et pour « assurer l’avenir du musée de la Biosphère » (15 millions).

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, s’est félicitée en fin de journée d’un budget qui « maintient les investissements en culture à des sommets historique ». Le budget de dépenses du ministère s’établira à 965 millions en 2021-22.

Langue et patrimoine

Un autre enjeu accapare une part importante (près de 25 %) du grand total de 392 millions mis de l’avant par le ministre Girard jeudi : la défense et la protection de la langue française. Une enveloppe de 103,6 millions est attribuée à cette question — c’est donc le montant qui viendra soutenir la mise en application de la réforme de la Charte de la langue française que prépare le ministre Simon Jolin-Barrette.

Le budget précise à cet égard que « le gouvernement déploiera une série d’actions structurantes visant à faire du français la langue commune à l’ensemble des Québécois, à protéger leurs droits linguistiques, de même qu’à assurer la primauté de l’utilisation du français dans tous les domaines de la société ».

On évoque également l’intention de « pourvoir les Québécois d’institutions fortes pour s’assurer la pérennité du fait français ».

Finalement, le budget prévoit une somme de 74,4 millions (prévue sur six ans, mais dépensée en trois ans) pour « valoriser le patrimoine culturel ». Près des deux tiers de l’enveloppe ira à la pérennisation et à la bonification du Programme de soutien au milieu municipal en patrimoine immobilier, mis sur pied en décembre 2019.

L’annonce de jeudi fait essentiellement doubler les fonds attribués à ce programme. Le reste de l’argent ira à améliorer la gestion du patrimoine bâti et à bonifier le Fonds du patrimoine culturel québécois (12,4 millions chacun).

Rappelons que les deux premiers budgets déposés par Eric Girard en 2019 et en 2020 prévoyaient l’injection de plus de 750 millions en nouveaux investissements culturels (sur des périodes de cinq ans).

Positif

Les premiers échos au volet culturel du budget étaient plutôt positifs, jeudi. L’Association québécoise de la production médiatique (AQPM) s’est notamment réjouie de voir prolongée l’aide qui permet de « défrayer une partie des coûts supplémentaires découlant de la mise en place des mesures sanitaires » sur les tournages.

Le Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI) a salué l’ajout de 15 millions sur deux ans dans le Programme d’aide aux festivals et événements touristiques — la somme est inscrite au volet touristique des investissements du gouvernement, mais elle aura aussi impact pour le secteur culturel.

De nombreux détails restant en suspens — où ira l’argent exactement, selon quels critères, etc. —, d’autres demeuraient toutefois prudents : le Regroupement des artisans de la musique a par exemple salué les investissements de Québec, tout en disant qu’il faudra s’assurer que l’argent ruisselle jusqu’aux artistes.

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