Une hausse de dépenses pour guérir le réseau de la santé

Le budget annonce par ailleurs la volonté de Québec de mettre fin aux diverses «primes COVID» octroyées aux travailleurs de la santé le 31 août prochain.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le budget annonce par ailleurs la volonté de Québec de mettre fin aux diverses «primes COVID» octroyées aux travailleurs de la santé le 31 août prochain.

Au sortir d’une pandémie qui a exposé les failles de ses services de santé, Québec mise sur une hausse des dépenses de 5,8 % dans ce portefeuille si on ne tient pas compte du sursaut causé par la COVID — afin d’amorcer le « renforcement » de son réseau.

Les dépenses en santé ne seront évidemment pas aussi élevées en 2021-2022 que l’an dernier, lorsque la COVID les a fait bondir de 20 %. Sauf qu’en excluant les mesures exceptionnelles liées à la pandémie, elles poursuivent leur croissance pour une année encore. Elle sera ramenée à 4 % dès 2022-2023.

Pour l’année en cours, Québec annonce des investissements qui tablent « sur les solutions adoptées pendant la crise pour bâtir un système plus efficace et plus performant », notamment pour les aînés. La santé demeure le poste budgétaire le plus important : les dépenses atteindront 52,4 milliards en 2021-2022, en incluant les dépenses liées à la COVID.

Le budget déposé jeudi par le ministre des Finances, Eric Girard, consacre 2,9 milliards à l’amélioration du réseau de la santé. Ce montant s’inscrit dans un bouquet de mesures qui aura totalisé 10,3 milliards entre 2020 et 2026. Le cadre financier du budget ne tient pas compte des montants associés au Transfert canadien en santé — duquel Québec espère tirer 6 milliards par année s’il est rehaussé —, mais il table sur une augmentation de ce transfert pour retrouver l’équilibre budgétaire.

Des montants alloués au réseau de la santé, l’amélioration « durable » des soins, par le truchement de la rémunération de 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires et de gestionnaires en CHSLD, reçoit la part du lion. Pas moins de 750 millions de dollars y sont consacrés à compter de cette année.

Québec réserve aussi 269 millions sur cinq ans à la bonification du crédit d’impôt remboursable pour maintien à domicile des aînés, qui passera de 35 à 40 % d’ici 2026. Il ajoute 126 millions pour bonifier l’aide fiscale pour les aînés vivant dans des logements.

Des projets totalisant 21 milliards de dollars pour le secteur de la santé sont aussi inscrits au Plan québécois des infrastructures, qui s’étale jusqu’en 2031. Québec n’entend pas s’en tenir à rafistoler ses infrastructures actuelles : il consacre 54 % de ce montant (11,3 milliards) à la « bonification du parc ».

Cela inclut la construction, l’agrandissement et le réaménagement d’hôpitaux et de CHSLD, de même que la « construction progressive des maisons des aînés », pour laquelle Québec réserve 2,6 milliards d’ici 2023, bien au-delà du milliard calculé en campagne électorale. Le budget annonce aussi l’ajout de 500 lits et places d’hébergement « en attendant » l’ouverture de ces maisons. L’an dernier, Québec visait plutôt l’ajout de 900 lits dans les CHSLD d’ici 2025.

Québec consacre aussi 105 millions par année, sur cinq ans, pour « améliorer l’accès aux services de première ligne ». Il s’engage notamment à créer une plateforme de prise de rendez-vous en ligne pour bonifier l’offre de soins pour les 650 000 Québécois qui sont toujours sans médecin de famille. Le virage numérique du réseau de la santé, que la pandémie a précipité, reçoit 22 millions par an afin d’être encore « accéléré ». Chaque année jusqu’en 2026, Québec réserve 52 millions afin de « rehausser les services en santé mentale » et 5 millions pour prévenir le suicide.

Les primes COVID bientôt abolies

Le budget permet en outre de jeter un regard sur les coûts engendrés par la pandémie, qui a fait exploser le budget de la santé de 20 % l’an dernier.

La colonne des « dépenses exceptionnelles » atteint les 6,5 milliards. Elle inclut le traitement des tests de dépistage, la hausse générale des services et la vaccination, qui aura coûté 400 millions à elle seule. Suivent les dépenses de 2,8 milliards liées à l’achat de matériel et d’équipement de protection individuelle.

 

Le budget annonce par ailleurs la volonté de Québec de mettre fin aux diverses « primes COVID » octroyées aux travailleurs de la santé le 31 août prochain. Ces mesures de reconnaissance des « efforts additionnels » des travailleurs de la santé auront coûté 2,8 milliards.

Signe que la pandémie n’a pas fini d’éprouver le réseau de la santé, Québec entend déposer sous peu un « plan de rattrapage » des chirurgies. Celui-ci « visera à éliminer le retard lié à la pandémie en matière de chirurgies et d’examens diagnostiques sur un horizon de 18 à 24 mois ».

Fait à noter : le ralentissement des activités des médecins, comme les chirurgies, a permis une baisse de dépenses de 4 milliards. À terme, en 2026, la pandémie aura eu un impact financier de 11,9 milliards sur le réseau de la santé, prévoit le budget Girard.

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