Lutte contre le racisme: le ministre Lafrenière promet d’inclure la sécurisation culturelle dans la loi

Le ministre québécois responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le ministre québécois responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, s’est engagé mercredi à intégrer « très bientôt » la notion de sécurisation culturelle dans la loi, mais il a refusé d’associer la multiplication des cas de racisme à Joliette à du « racisme systémique ».

Le Devoir a publié mercredi les témoignages de trois femmes atikamekw qui racontent avoir subi du racisme lorsqu’elles se sont présentées à l’hôpital de Joliette, là où est morte en septembre Joyce Echaquan sous les insultes racistes de personnel soignant. Leurs témoignages s’ajoutent à celui de Jocelyne Ottawa, mais aussi de Georges-Hervé Awashish, décédé à l’hôpital de Chicoutimi en octobre.

« Ce qu’on voit à Joliette, quand on parle de racisme systémique, bien, c’est ça », a réagi la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade. « Tant et aussi longtemps que tu ne [le] reconnais pas et que tu penses que ce sont des problèmes qui sont isolés, bien, tu vas avoir de la difficulté à trouver une réponse à ces problématiques-là », a-t-elle ajouté.

Sa collègue de Québec solidaire, Manon Massé, y a aussi vu une illustration de l’empreinte laissée par le « racisme systémique ». « Les Autochtones […] n’ont pas le sentiment d’être en sécurité avec le système policier, avec le système judiciaire, avec le système de santé », a-t-elle déploré.

Comme elle, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a rappelé l’importance qu’il accorde à l’inclusion de la notion de « sécurisation culturelle » dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux. Il a aussi proposé la création d’un processus de plainte distinct pour les Autochtones. « Là, en ce moment, le mécanisme de plaintes, ce sont les médias », a-t-il observé.

En entrevue au Devoir, le ministre Lafrenière a réitéré l’intention du gouvernement Legault — déjà exprimée par l’adoption d’une motion — d’inclure la sécurisation culturelle dans la loi. Il s’agit là de l’une des recommandations du rapport Viens, remis au terme de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec. « On y travaille fort », a-t-il assuré. La sécurisation culturelle vise entre autres à créer des environnements sécurisants et accueillants pour la population autochtone, qui a un historique funeste avec les systèmes de soins québécois et canadien.

Le système n’est pas « malade »

Le ministre a une fois de plus marqué son opposition à la reconnaissance du racisme systémique. Le concept est reconnu par les libéraux, les solidaires, quelques élus péquistes et, en privé, par certains élus caquistes.

« De dire, parce qu’il y a plus qu’un cas, que c’est le système qui est malade, moi, je suis en désaccord là-dessus », a-t-il déclaré. « On a plus de 300 000 personnes dans le réseau de la santé. Ils font des millions d’interventions. Dans la grande majorité des cas […], le système de la santé fait une méchante bonne job, mais il y a des cas où ils l’échappent, où ils ne font pas un bon travail. Et c’est dans ce temps-là qu’à Joliette, par exemple, le système a pris la relève et a réagi », a-t-il fait valoir.

M. Lafrenière a aussi rappelé que le CISSS de Lanaudière a récemment annoncé la création d’un poste de Commissaire adjoint aux plaintes et à la qualité des services offerts aux communautés autochtones, entre autres mesures pour mieux accompagner les Autochtones qui fréquentent ses services. Dans le réseau de la santé, les commissaires ne traitent cependant pas des plaintes visant des médecins, puisque celles-ci sont soumises à un processus distinct.

L’élu a en outre rappelé sa volonté d’étendre les mesures mises en place à Joliette à d’autres communautés, en tenant compte des particularités de chacune d’elles. Il s’est aussi dit sensible à la nécessité de mettre sur pied « un processus dans lequel ils [les Autochtones] vont être à l’aise, dans lequel ils vont avoir confiance ». « Mais je ne suis pas sûr que c’est la réponse à tout, a-t-il reconnu. Ça va être une multitude de choses, une multitude d’actions qui vont répondre à ça, pas juste une. »

Dans une portion de son rapport coiffée du sous-titre « Un système de plaintes défaillant », le juge Viens a noté que « la sous-utilisation du régime d’examen des plaintes s’explique d’une part par la méconnaissance qu’ont les Autochtones des procédures et des mesures mises à leur disposition et d’autre part, par les résultats peu satisfaisants obtenus par ceux qui ont porté plainte ». Le rapport a aussi souligné « la crainte des personnes autochtones de subir des représailles lorsqu’elles portent plainte contre un professionnel ».

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