​Manque de places en garderie: «Pas un enjeu de femmes, mais un enjeu de société»

«Ce n’est pas un enjeu de femmes, c’est un enjeu de société», a insisté la cheffe libérale Dominique Anglade.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne «Ce n’est pas un enjeu de femmes, c’est un enjeu de société», a insisté la cheffe libérale Dominique Anglade.

Les partis d’opposition ont une fois de plus pressé le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, à accélérer la création de places en service de garde, pendant que des parents des 51 000 enfants qui sont sur les listes d’attente ont organisé deux manifestations à l’Assemblée nationale mercredi.

« Ce n’est pas un enjeu de femmes, c’est un enjeu de société », a insisté la cheffe libérale, Dominique Anglade. « Comment pourrions-nous mettre de l’argent dans un stade de baseball, pendant que la sécurité des femmes, au Québec, n’est pas assurée, parce qu’on sous-finance les organismes et qu’on n’a pas de place en garderie ? » a demandé le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, en faisant aussi référence aux enjeux entourant la lutte contre la violence conjugale.

« Dans le Québec où je veux vivre, ni les hommes ni les femmes ne devraient avoir à choisir entre fonder une famille et avoir une vie professionnelle », a aussi écrit l’élue solidaire Christine Labrie sur sa page Facebook, en racontant les problèmes qu’elle a elle-même vécus quand elle s’est mise à la recherche d’une place en service de garde pour ses enfants.

En matinée, des parents faisant partie du mouvement « Ma place au travail » se sont rendus devant le parlement avec leurs enfants pour former une haie de poussettes. Dans les derniers jours, plusieurs mères ont décrit les nombreuses démarches qu’elles ont entreprises dans l’espoir de trouver une place en service de garde pour leurs petits — et dans l’espoir de pouvoir retourner au travail. En milieu de journée, la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec a organisé un second rassemblement afin que des places déjà existantes — mais non subventionnées — soient converties par le ministère.

Des attentes pour le budget

Sur sa page Facebook, le mouvement « Ma place au travail » a interpellé le ministre afin que le budget présenté jeudi contienne des « solutions rapides, concrètes qui ne nuiront en aucun cas aux conditions de travail des éducatrices et au bon développement de ce qu’on a de plus précieux : nos enfants ».

Interpellé par la péquiste Véronique Hivon mardi, le ministre Lacombe a rappelé que le réseau des CPE souffre en outre d’une pénurie de main-d’œuvre. Une « baisse marquée d’inscriptions » aux programmes de techniques d’éducation en petite enfance a été remarquée. « On a relancé le réseau, on a redonné espoir », a-t-il affirmé. « Dans les prochains jours, on aura de bonnes nouvelles », a-t-il promis. Faute de mieux, son ministère s’est jusqu’ici tourné vers le recrutement d’éducatrices non qualifiées.

Le ministre s’est engagé au cours des deux dernières années à créer 15 000 places dans les services de garde. Pour le moment, il est parvenu à en créer 2500. « J’ai fait tout ce que je pouvais, mais force est de constater que ce n’est pas assez », a-t-il reconnu récemment dans une entrevue à Radio-Canada. Il a par la suite annoncé des allègements administratifs qui ont fait passer le nombre d’étapes nécessaires au développement des places de 17 à 9.

« Je pense que, là, il faut vraiment que le ministre et le gouvernement dans son ensemble cessent de trouver des slogans de communication et passent à l’action. L’action, c’est investir, recruter et réagir », a encore demandé M. St-Pierre Plamondon mercredi. « Le phénomène de la fermeture des garderies et des places vacantes en CPE est connu depuis des années. Et d’autres gouvernements, dont le gouvernement du Parti québécois, ont été capables de créer des milliers de places. »

« Les femmes ont été frappées trois fois plutôt qu’une dans la pandémie, et là, ce que l’on voit [avec les services de garde], c’est un recul, a aussi affirmé Mme Anglade. Je pense qu’il faut en être pleinement conscients et se dire qu’il va falloir qu’il y ait des mesures très concrètes qui soient présentées dans le budget pour qu’on soit capables d’aller de l’avant. »

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