Prévention de la violence conjugale: seulement deux régions ont reçu leur financement

«Si on a besoin de plus d’argent, on va en mettre», a promis la ministre Isabelle Charest.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne «Si on a besoin de plus d’argent, on va en mettre», a promis la ministre Isabelle Charest.

Les maisons d’hébergement de seulement 2 des 17 régions administratives du Québec ont reçu le financement alloué dans le cadre du plan d’action pour prévenir la violence conjugale, contrairement à ce qu’a affirmé la ministre Isabelle Charest en point de presse mercredi avant-midi. Ces sommes avaient d’abord été annoncées dans le budget en mars 2020. 

« L’argent est arrivé dans les deux régions principales, soit Capitale-Nationale et Montréal, a confirmé au Devoir son attachée de presse, Alice Bergeron. On continue de mettre de la pression pour que l’argent descende rapidement sur le terrain. »

Quelques heures plus tôt, les ministres Geneviève Guilbault et Isabelle Charest avaient incité les femmes victimes de violence à aller chercher de l’aide. Mme Charest avait alors indiqué que les maisons d’hébergement de deux régions au Québec n’avaient toujours pas reçu le financement supplémentaire de 30 % prévu dans le plan d’action.

« Il reste deux régions qui n’ont pas eu ce rehaussement de financement là qui aurait dû être fait il y a bien, bien des années, mais on est en train de finaliser ça », avait affirmé la ministre responsable de la Condition féminine, sans préciser de quelles régions il s’agissait.

Or, ce sont plutôt 15 régions qui attendent toujours. Les maisons d’hébergement du Bas-Saint-Laurent, de Lanaudière et des Laurentides devraient recevoir leur part cette semaine, selon l’attachée de presse de Mme Charest. L’argent versé par le gouvernement est bloqué dans l’appareil administratif des centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) et des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS).

« Un rappel a été fait la semaine dernière aux présidents-directeurs généraux des CISSS et des CIUSSS afin que l’aide se rende plus vite sur le terrain », a fait valoir Mme Bergeron.

« C’est inacceptable, s’est exclamée la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. Au jour un des rencontres avec le premier ministre, j’expliquais que la pandémie allait avoir des impacts pour les femmes notamment à cause du confinement. »

Québec solidaire demande au gouvernement de créer sans tarder un secrétariat au sein du ministère du Conseil exécutif qui serait responsable de la mise en œuvre des 190 recommandations du rapport sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale dévoilé en décembre. Il s’agit en fait d’une des pistes d’action contenues dans le volumineux document.

Une motion de la députée Christine Labrie en ce sens n’a pas obtenu le consentement de l’Assemblée nationale pour être débattue. Le gouvernement caquiste a plutôt déposé sa propre motion pour dénoncer la violence conjugale sans offrir de nouvelles actions concrètes.

Or, il est grand temps que le financement se rende aux maisons d’hébergements qui sont les seules à pouvoir assurer la sécurité des femmes fuyant la violence de leur conjoint, selon la directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse.

« On a tout étudié en long, en travers, en diagonale, mais là maintenant ça prend la volonté politique d’investir les budgets et de mettre en place les mesures qui sont assez simples à appliquer », a-t-elle réagi.

« Souvent, les mesures sont pelletées d’un plan d’action l’autre », a-t-elle déploré.

La ministre Charest fait preuve de bonne volonté, mais ses pouvoirs sont limités, selon Mme Monastesse. « Le Secrétariat à la Condition féminine peut bien superviser l’actualisation des mesures, mais c’est quand même un secrétariat, a-t-elle fait remarquer. Comme dit le rapport de 190 recommandations, l’une d’entre elles est vraiment d’avoir une entité rattachée directement au cabinet du premier ministre et qui voit à l’actualisation de toutes ces mesures, de tous ces rapports qui sont sortis. »

Une priorité pour Québec ?

Le premier ministre François Legault avait écrit sur les réseaux sociaux en décembre que le gouvernement faisait une priorité de la lutte contre la violence conjugale. Le plan d’action annoncé à l’époque par les ministres Guilbault et Charest s’échelonne de 2020 à 2025 et est accompagné d’une enveloppe de 180 millions de dollars, dont 120 millions doivent servir à financer les maisons d’hébergement pour les femmes qui en sont victimes et à adapter leurs services. Cet argent avait déjà été prévu dans le budget présenté dix mois plus tôt. Le nouveau plan d’action s’ajoutait alors à celui déjà en cours depuis 2018 pour lutter contre la violence conjugale et qui arrivera à échéance en 2023.

La ministre Charest a également rappelé mercredi que des fonds d’urgence de 19,9 millions ont déjà été versés pour venir en aide aux victimes de violence conjugale dans le cadre de la pandémie. « Si on a besoin de plus d’argent, on va en mettre », a-t-elle promis, en précisant avoir l’oreille attentive du premier ministre François Legault.

Celui-ci avait réitéré la veille que le gouvernement comptait appliquer toutes les recommandations du rapport sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, une initiative transpartisane. Il avait également laissé entendre que de nouvelles sommes seraient octroyées dans le budget de jeudi.

« Donc, on travaille sur les maisons d’hébergement, sur la publicité, sur le financement des organismes entre autres qui sont en appui aux hommes violents et aux femmes, avait-il dit. Et sans vouloir dévoiler ce qu’il y aura dans le budget jeudi, on va continuer à investir. »

Sept féminicides sont récemment survenus en six semaines au Québec. La dernière victime, Rebekah Harry, a succombé à ses blessures mardi après avoir été hospitalisée pendant plusieurs jours. Son conjoint, Brandon McIntyre, a été arrêté. Il demeure détenu jusqu’à son retour en cour vendredi.

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