Pauline Marois appuie la Loi sur la laïcité de l’État

La Loi 21 n’est ni «motivée par le racisme» ni «le résultat d’une quelconque islamophobie», insiste Pauline Marois.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La Loi 21 n’est ni «motivée par le racisme» ni «le résultat d’une quelconque islamophobie», insiste Pauline Marois.

L’ex-première ministre Pauline Marois prend fait et cause pour la Loi sur la laïcité de l’État, y voyant un an et neuf mois après son adoption par l’Assemblée nationale « un gage de cohésion et d’intégration sociales ».

La Loi 21, dont le sort juridique est actuellement entre les mains de la Cour supérieure, a « un potentiel […] fédérateur et porteur » semblable à « une autre de nos lois progressistes qui font notre fierté » ; la Charte de la langue française, estime-t-elle. « Comme la Charte de la langue française, elle sera un jour, j’en ai l’intime conviction, célébrée. Et comme elle, elle saura assurer une certaine paix sociale », écrit-elle dans la préface d’un recueil de rapports d’expertise sollicités par le procureur général du Québec afin de soutenir la validité de la Loi 21 devant la Cour.

« La capacité du Québec, son droit de faire ses propres choix » est « en jeu » actuellement, s’inquiète l’ancienne élue péquiste, qui a siégé plus de 27 ans à l’Assemblée nationale. « Tous, au Québec, devraient se porter à la défense de ce droit », fait-elle valoir, tout en se disant convaincue que « le Québec ne peut développer son plein potentiel que s’il affirme son identité et qu’il cultive ce qui en fait une nation unique et ouverte sur le monde ».

Selon Pauline Marois, les élus de l’Assemblée nationale se sont acquittés de leur « devoir » en adoptant, « après autant d’années et de débats », le « compromis » avancé par le ministre responsable de la Laïcité, Simon Jolin-Barrette, en juin 2019. « Il ne fait aucun doute qu’il appartient à l’Assemblée nationale de décider comment doivent être régis les rapports entre l’État du Québec et les religions qui sont présentes sur son territoire. Il va sans dire que je n’occulte pas le rôle des tribunaux dans le débat qui nous occupe, rôle que certains ont une propension à magnifier, mais j’insiste sur le devoir qui était celui des élus parce que trop nombreux sont ceux qui le dévalorisent et manifestent une méfiance envers eux », écrit-elle dans l’ouvrage coiffé du titre « La laïcité : le choix su Québec ».

Pauline Marois dit « préf[érer] – et de loin – cette loi [21], même si elle ne va pas aussi loin qu[‘elle l’aurait] souhaité, à l’attentisme, encore plus au laisser-faire et à l’approche du “cas par cas” des tribunaux ». « La Loi sur la laïcité de l’État ajoute une pierre de plus à l’édifice que le Québec érige en matière de laïcité, une construction qui marque une différence légitime par rapport au reste du Canada, une construction qui n’est pas terminée, une construction à laquelle j’ai pu, comme élue, fièrement contribuer », poursuit l’ancienne première ministre, dont le gouvernement a déposé la Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État (projet de loi 60).

Ni raciste, ni islamophobe

La Loi 21 n’est ni « motivée par le racisme » ni « le résultat d’une quelconque islamophobie », insiste Pauline Marois. « D’aucuns déplorent les excès de langage auquel se sont adonnés certains détracteurs, mais aussi des citoyens intolérants qui acceptent mal le pluralisme religieux et convictionnel, des excès qui ont parfois donné lieu à des dérapages regrettables et hautement condamnables. Ayant été l’une des cibles de ces vitupérations, je suis bien placée pour en témoigner », mentionne-t-elle dans l’ouvrage de plus de 700 pages édité par le « Secrétariat à l’accès à l’information et à la réforme des institutions démocratiques ». Le document disponible en ligne renferme les rapports d’expertise de Marc Chevrier, Yannick Dufresne, Marthe Fatin-Rouge Stefanini, Gilles Gagné, Yvan Lamonde, Benoît Pelletier et Patrick Taillon présentés au juge Marc-André Blanchard.

Par ailleurs, Pauline Marois trouve « incompréhensible que la laïcité soit absente » du programme de formation de l’école québécoise. « [L] a transmission des valeurs qui fondent la société québécoise — dont la laïcité — fait partie des missions de l’école. Si croire en un dieu est tout à fait légitime, ne pas y croire est une option tout aussi respectable », juge l’ancienne chef de gouvernement. Elle invite le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à profiter de la refonte du programme d’études Éthique et culture religieuse pour « corriger le tir ».

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