Québec promet des « projets » contre le racisme anti-autochtone

«Tout le gouvernement est mobilisé pour augmenter l’offre de logement autochtone», a assuré le ministre Benoit Charette.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Tout le gouvernement est mobilisé pour augmenter l’offre de logement autochtone», a assuré le ministre Benoit Charette.

Se disant « sensible » aux épisodes de discrimination vécus par les personnes autochtones qui tentent de trouver du logement en milieu urbain, le ministre responsable de la lutte contre le racisme, Benoit Charette, souligne la nécessité d’un « travail de pédagogie » et affirme que « différents projets » seront bientôt annoncés pour remédier à la situation.

« Ce sont toujours des situations qui sont désolantes », affirme d’emblée Benoit Charette en entrevue, vendredi, réagissant à l’article du Devoir qui faisait état d’Autochtones en quête d’un logis qui se heurtaient au racisme de propriétaires. Rappelant que le problème est déjà bien documenté dans le rapport du Groupe d’action contre le racisme, qu’il doit maintenant mettre en œuvre, il reconnaît que « c’est effectivement plus difficile pour certains membres de certains groupes minoritaires de se trouver un logement, ce qui demeure complètement inacceptable ».

Benoit Charette se dit « déjà sensibilisé à la question » et assure que des démarches ont déjà été entreprises en ce sens. « Tout le gouvernement est mobilisé pour augmenter l’offre de logement autochtone », assure-t-il.

Programme AccèsLogis

Le ministre reconnaît que certains programmes de la Société d’habitation du Québec (SHQ) et des offices municipaux d’habitation (OMH) ne répondent pas aux besoins spécifiques des Autochtones, qui ont souvent des familles trop nombreuses pour les appartements disponibles.

Il invite donc les organismes autochtones à proposer des projets qui répondent aux besoins spécifiques de leur communauté par le programme AccèsLogis, un programme porté par des organismes communautaires. Il affirme que le gouvernement travaille activement à « faire connaître ce programme-là, à faire des alliances et à établir des partenariats nécessaires avec les groupes concernés ».

Déjà, quelques projets sont en préparation, ce qui devrait constituer « une réponse intéressante à ce que vivent malheureusement certaines familles », assure-t-il.

« À travers le programme AccèsLogis, notamment, on va travailler avec les organismes communautaires qui doivent eux-mêmes déposer leur projet pour augmenter l’offre et on est certains de pouvoir annoncer certains projets au cours d’un avenir rapproché », résume le ministre.

Mais au-delà de ces programmes, il y a tout un « travail de pédagogie qui doit se poursuivre auprès du grand public et de certaines instances », reconnaît le ministre. « C’est un article qui nous confirme que le travail est nécessaire et qu’on doit travailler fort à mettre en place les différentes recommandations. »

Il veut également s’assurer que les Autochtones ne sont pas forcés de se loger uniquement dans des logements communautaires, mais qu’ils puissent avoir accès eux aussi à n’importe quel logement. « Il y a un travail de pédagogie qui doit être fait […] pour que tout locateur sache que c’est interdit de faire de la discrimination sur cette base-là et pour mieux faire connaître les réalités de ces familles-là. »

Il est grand temps que le gouvernement du Québec arrête d’y aller à la pièce et développe une action structurante, cohérente, une stratégie pour le développement de logement social et accessible pour les gens des Premières Nations et les Inuits

 

Une stratégie exigée

En conférence de presse, vendredi matin, Québec solidaire a évoqué des « besoins criants » en matière de logement pour les personnes autochtones. « On le sait, ça nous a été révélé [dans l’article du Devoir] ce matin on ne peut plus crûment : les préjugés sont au rendez-vous et les impacts sur les familles autochtones sont majeurs », soutient Manon Massé.

« Il est grand temps que le gouvernement du Québec arrête d’y aller à la pièce et développe une action structurante, cohérente, une stratégie pour le développement de logement social et accessible pour les gens des Premières Nations et les Inuits, ajoute la députée de Québec Solidaire. Il faut que le gouvernement du Québec développe cette stratégie et y mette l’argent puisque nos frères et nos sœurs autochtones en ont profondément besoin. »

Interrogé sur la possibilité de créer une telle stratégie, le ministre Charette répond qu’à ce stade-ci, il « n’exclut rien d’emblée ».

Leur collègue Greg Kelley, du Parti libéral, estime pour sa part qu’une stratégie sur le logement pour les Autochtones est une « bonne idée » et affirme qu’il va appuyer sa collègue Manon Massé dans cette démarche.

Selon lui, il est grand temps que le gouvernement prenne des « actions concrètes » pour mettre en œuvre les recommandations du groupe de recherche sur le racisme. « Il faut multiplier les exemples, comme le projet de logement autochtone à Val-d’Or, affirme-t-il. Il faut également regarder comment on peut obtenir une décision plus rapidement [quand une personne porte plainte] en cas de discrimination. »

Par courriel, la porte-parole pour la lutte au racisme du Parti québécois, Méganne Perry Mélançon, s’est dite « choquée » par les témoignages d’Autochtones qu’elle a lus vendredi. « Il faut développer une offre de logement qui répond spécifiquement aux besoins des communautés, notamment en matière d’espace et de coûts , écrit la députée. Il importe également de renforcer les initiatives de médiation entre les propriétaires et les locataires qui proviennent de la diversité et d’établir des mécanismes de sanction des propriétaires qui font de la discrimination. »

 

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