Québec dépensera 21 milliards en 4 ans pour lutter contre la COVID-19

La vérificatrice générale (VG) Guylaine Leclerc tourne son attention vers les mesures déployées par le gouvernement québécois — au coût de 21 milliards de dollars jusqu’ici — afin d’enrayer laCOVID-19 et atténuer ses effets.

À elle seule, la facture des équipements de protection individuelle (EPI) s’élèvera à plus de 4,3 milliards, estime-t-elle.

La quasi-totalité des achats de masques, gants, blouses et lunettes de sécurité a été effectuée après la déclaration d’état d’urgence sanitaire par le Conseil des ministres, le 13 mars 2020, qui a suspendu les processus d’appel d’offres normaux pour l’acquisition d’EPI entre autres choses. L’équipe de la VG se permettra tout de même de vérifier si le ministère de la Santé ainsi que les CIUSSS et CISSS se sont, par exemple, assurés d’une « distribution équitable des équipements en fonction des besoins » et d’un « équilibre entre l’assouplissement des règles, en vue d’acquérir rapidement les équipements nécessaires, et l’obtention d’un juste prix ».

« Si on était certains que les masques ont tous été achetés au bon prix, avec un bon fournisseur, que les stocks sont bien comptabilisés, qu’ils ont été distribués adéquatement, bien, on n’irait pas. Alors, c’est certain que tous les mandats qu’on fait, c’est parce qu’on a des préoccupations. Elles peuvent s’avérer ou non, mais c’est notre rôle de le[s] faire », a déclaré Mme Leclerc en conférence de presse, mercredi.

Un audit des mesures

La vérificatrice générale a donné un aperçu mercredi de sa stratégie d’audit des « importantes mesures » prises par l’État québécois pour pallier les conséquences de la COVID-19. Son équipe a sélectionné neuf sujets d’audit ayant « une grande valeur ajoutée », laissant de côté ceux qui seront examinés par le Bureau du coroner, le Commissaire à la santé et au bien-être et le Protecteur du citoyen.

En plus du stockage, de l’achat et du déploiement des EPI, la VG se penchera sur l’interruption des activités chirurgicales non urgentes qui a eu pour effet d’allonger les listes d’attente. Elle s’attardera tout particulièrement aux « reports de cas prioritaires » et à leur « impact sur la qualité de vie de ces patients ».

Guylaine Leclerc ne négligera pas pour autant la santé mentale, dont les « difficultés d’accès et de continuité des soins » se sont « accentuées » depuis l’arrivée de la COVID-19 en sol québécois. Les membres de son équipe s’assureront de l’« accessibilité aux services de première ligne en santé mentale et aux services de psychiatrie » ainsi que de la « continuité des services et soutiens dans la communauté », à commencer pour les personnes souffrant de troubles graves.

La vérificatrice générale aura aussi à l’œil les mesures d’aide aux entreprises touchées par la pandémie totalisant 2,75 milliards offertes par Investissement Québec et le ministère de l’Économie et de l’Innovation. Elle s’assurera d’un « traitement équitable » des demandes d’aide et l’instauration de « mécanismes de reddition de comptes pour s’assurer que ces mesures atteignent leurs objectifs ».

La VG se préoccupera aussi des « disparités des pratiques d’enseignement à distance » entre les établissements d’enseignement depuis le début de la pandémie. « Un nombre plus élevé d’élèves de troisième, quatrième et cinquième secondaire éprouvent des difficultés, principalement en écriture et en mathématiques, depuis le début de la pandémie », note-t-elle. Face à l’accroissement du taux d’échec, elle se questionne sur la stratégie de « rattrapage des retards causés par la fermeture des écoles ».

Les « constats » et les « recommandations » qui résulteront des travaux d’audit permettront à l’État québécois d’« améliorer certains des processus en place », est persuadée la vérificatrice générale.

Mme Leclerc a défendu sa stratégie d’auditer les comptes et le fonctionnement de l’État québécois en temps de crise à visière levée. « Notre but, c’est qu’ils gèrent adéquatement. Notre but, ce n’est pas de les prendre par surprise », a-t-elle expliqué après avoir déposé son dernier rapport à l’Assemblée nationale. Qui plus est, la diffusion des priorités d’audit favorise la transmission d’informations pertinentes de la part d’agents de l’État pendant l’enquête et non après-coup, estime-t-elle. « Si quelqu’un veut contribuer parce qu’il est au courant de quelque chose, bien, c’est bien plus facile », a-t-elle dit

Par ailleurs, l’équipe de la VG gardera en tête la « situation de crise » dans laquelle les membres du gouvernement et les fonctionnaires étaient au moment où ils ont ordonné l’enseignement à distance ou suspendu les chirurgies non urgentes par exemple. « C’est toujours facile a posteriori de critiquer, hein ? Alors, ce qu’il faut que nous fassions, c’est qu’a posteriori on regarde la situation a priori et dans quelle mesure est-ce que, malgré la situation d’urgence, on a mis des contrôles qui étaient adéquats compte tenu de la situation d’urgence », a résumé Mme Leclerc lors de son passage sur la colline Parlementaire.

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