Crédits de solidarité amputés malgré la pandémie: il y aura enquête sur la situation, selon le ministre Girard

Le ministre des Finances, Éric Girard, a reconnu que Revenu Québec a «manqué de souplesse» en coupant dans les chèques de crédit de solidarité de certains prestataires de l’aide sociale.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre des Finances, Éric Girard, a reconnu que Revenu Québec a «manqué de souplesse» en coupant dans les chèques de crédit de solidarité de certains prestataires de l’aide sociale.

Revenu Québec a manqué « de souplesse » en amputant de moitié les crédits de solidarité de certains prestataires de l’aide sociale, a reconnu le ministre des Finances, Eric Girard, en réaction à l’article du Devoir à ce sujet.

Mardi matin, Le Devoir révélait que des chèques de crédit de solidarité avaient été amputés de moitié par Revenu Québec en dépit du moratoire sur le recouvrement annoncé en novembre. Chantal Latendresse, mère célibataire de trois enfants atteinte de fibromyalgie, relatait s’être fait réduire son chèque de 50 %. Une situation dénoncée par le Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui avait recensé six autres cas du même genre.

Le gouvernement « manque d’empathie », a déploré la députée libérale de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, lors de la période de questions.

« D’un côté, le ministre annonce un moratoire sur le recouvrement des dettes et, de l’autre côté, son collègue des Finances coupe dans le crédit d’impôt de solidarité sociale. Cette incohérence-là fait mal à du vrai monde. Est-ce que ce Conseil des ministres se parle ? »

« C’est possible qu’il y ait eu un manque de souplesse, la situation [fait l’objet d’une] enquête, a rétorqué le ministre des Finances. On se parle, on va au fond des choses. »

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a quant à lui déclaré que le cas de Mme Latendresse était à l’étude et que des sommes lui avaient été remboursées. « On a redressé l’erreur qui a été commise, et on va continuer de le faire. »

Report du moratoire ?

Le moratoire sur le recouvrement des dettes à l’aide sociale a été annoncé en novembre par le ministre Boulet. Renouvelé après trois mois, il est en vigueur jusqu’au 31 mars.

Avec cette mesure, le gouvernement souhaitait éviter que des personnes vulnérables aggravent leur situation dans le contexte de la pandémie et s’exposent à des risques de contamination.

Il craignait en outre que des prestataires ayant reçu de la PCU soient pénalisés deux fois (par Québec et par Ottawa), le fédéral n’ayant pas encore établi de mécanisme clair de recouvrement.

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui avait dénoncé ces coupes mardi, s’est réjoui de la demande d’enquête promise mardi par le ministre Girard. « On espère qu’elle ne sera pas trop longue et que la situation sera rétablie », a déclaré sa porte-parole Virginie Larivière.

On ignore à l’heure actuelle combien de personnes au total ont vu leur chèque amputé ces derniers mois, mais au moins sept personnes dont c’est le cas sont entrées en contact avec le Collectif. Ce dernier se demande en outre pourquoi certaines personnes ont été pénalisées et pas d’autres, et ce, à partir de quels critères.

L’organisme qui doit rencontrer le ministre Boulet mercredi souhaite désormais que ce dernier prolonge la durée du moratoire au-delà du 31 mars. « On ne demande pas d’annulation de dette », fait valoir Mme Larivière, « mais tant qu’Ottawa n’aura pas établi d’entente de remboursement, il faut qu’il y ait un moratoire ».

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