La Santé publique demande aux aînés de rester prudents

Les Québécois de 65 ans et plus qui seront bientôt tous vaccinés doivent attendre avant de relâcher les mesures de protection, prévient le directeur de la santé publique Horacio Arruda, qui se méfie toujours des variants.

« Ce n’est pas parce que vous êtes vacciné que vous êtes protégé tout de suite », a déclaré le Dr Arruda en point de presse mardi. « Ça peut prendre jusqu’à trois semaines avant d’avoir la protection et ça dépend aussi de votre condition physique. »

Et au-delà de trois semaines ? Le directeur de la santé publique n’a pas voulu se prononcer, tout en gardant ses distances avec le modèle américain qui fait beaucoup jaser depuis les récentes annonces des Centres for Disease Control and Prevention.

« La solution CDC qui a été apportée, c’est à l’étude, mais on pourrait en avoir une autre aussi », a dit le patron de la Santé publique. Lundi, l’organisme avait indiqué que les Américains ayant reçu les deux doses du vaccin Pfizer pourraient se rendre visite les uns les autres à l’intérieur, sans masque ni distanciation.

Au Québec, les résidents des CHSLD sont toujours en attente de la seconde dose et il faudra attendre environ 13 semaines avant que cette dernière soit donnée, a indiqué M. Arruda, soit dans plus de trois mois, en juin.

Par contre, on pourrait recevoir des amis le vendredi soir à la maison avant cela. « Ça pourrait être même avant que les gens aient reçu leurs deux doses », a-t-il soutenu.

Mesures « agressives » à l’école

Chose certaine, le premier ministre, François Legault, a hâte d’avoir de bonnes nouvelles à annoncer aux Québécois sur ce plan. En point de presse, il a dit mettre beaucoup de pression sur la Santé publique et le ministre de la Santé à cet égard.

« Une fois que tous les 65 ans vont être vaccinés, j’espère qu’on va pouvoir recommencer à avoir de la visite à la maison », a-t-il dit.

Avec l’arrivée massive de vaccins en provenance d’Ottawa, le ministre de la Santé, Christian Dubé, espère pouvoir vacciner tous les 65 ans et plus du Québec, d’ici la mi-mai.

Comme l’a rappelé le premier ministre, les 65 ans et plus comptent pour 80 % des hospitalisations causées par la COVID-19 et 95 % des décès provoqués par la maladie.

Quoique prudent, le ministre de la Santé, Christian Dubé, juge que la propagation des variants dans la région de Montréal a été bien contenue. « On est passés au Québec, de 14 % des tests positifs qui sont des variants à 18 %. C’est quand même presque la moitié de ce que c’est en Ontario. Ça veut dire que Montréal, particulièrement, puis il faut féliciter l’équipe de Mme Drouin, ils ont réussi à contenir les variants jusqu’à maintenant », a-t-il dit.

Les autorités attendent toutefois de mesurer l’incidence du retour de la relâche scolaire sur la propagation du virus pour lâcher du lest. Si les cas se multiplient, les actions seront promptes et plus « agressives », a promis le Dr Arruda.

Le premier ministre, François Legault, juge déplorable que des parents gardent leurs enfants à la maison pour protester contre le port obligatoire du masque à l’école.

En point de presse mardi, il a dit trouver cela « très triste ». « Ça n’a pas de bon sens que des parents gardent leurs enfants à la maison parce qu’on demande aux enfants de porter le masque. »

Comme le révélait Le Devoir mardi, près de 3000 parents québécois ont pris cette décision au retour de la semaine de relâche.

Le premier ministre a souligné qu’il ne fallait pas sous-estimer la capacité d’adaptation des enfants, en plus de rappeler qu’il avait fait beaucoup, ces derniers mois, pour s’assurer que les enfants puissent rester à l’école.

Reprise du sport ?

Le gouvernement ne compte pas, par ailleurs, accéder à la demande des citoyens qui ont manifesté dimanche pour réclamer un accès étendu aux activités sportives. « La Santé publique n’est pas prête à aller plus loin dans le sport », a déclaré M. Legault.

La ministre responsable du Sport, Isabelle Charest, doit toutefois présenter vendredi un « plan graduel » de reprise des activités sportives pour « les prochaines semaines ».

Le gouvernement rappelait en outre mardi un bien triste anniversaire. Il y a un an, François Legault annonçait que le Québec allait se mettre sur pause pendant « quelques semaines » afin de faire face au nouveau coronavirus. Le premier anniversaire de la pandémie sera d’ailleurs souligné lors d’une commémoration spéciale prévue jeudi au Parlement, en hommage aux victimes de la COVID-19.

« Il y en a qui m’ont rappelé qu’on avait mis le Québec sur pause pour quelques semaines et là, ça fait un an », s’est rappelé le premier ministre en point de presse mardi. En douze mois, pas moins de 10 493 personnes ont été emportées par la maladie au Québec.

Dubé «sensible» à la vaccination chez les allophones

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, veut s’assurer que les allophones ne restent pas dans l’angle mort de la campagne de vaccination contre la COVID-19 sans aller jusqu’à promettre davantage de ressources pour les organismes communautaires. « Si les variants entrent dans ces quartiers-là, ça va faire des ravages », a dénoncé le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, lors de la période des questions en faisant allusion aux quartiers multiculturels de Montréal. « Nous sommes très, très, très sensibles à cette question-là », a affirmé M. Dubé. Il a ajouté que le gouvernement est déjà en discussion avec certains organismes communautaires et qu’il offre son aide toutes les semaines à la directrice de santé publique pour la région de Montréal, Mylène Drouin. Le ministre a aussi indiqué qu’« il se fait un traçage supplémentaire dans certaines communautés » pour suivre les variants. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a traduit certains de ses feuillets d’information en 21 langues. Certains organismes ont toutefois souligné qu’un certain nombre d’allophones sont également analphabètes et qu’il serait préférable que des compatriotes entrent en contact avec eux pour les convaincre de se faire vacciner.

Mylène Crête

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