Québec utilisera finalement les tests rapides

Le gouvernement du Québec s’apprête à utiliser les tests de dépistage rapide pour détecter des cas de COVID-19 en cas d’éclosion, alors que l’arrivée des variants du virus au Québec suscite beaucoup d’inquiétude. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, dévoilera la semaine prochaine les endroits où ils seront utilisés.

« Ça peut s’appliquer dans les écoles, ça peut s’appliquer dans des entreprises, a-t-il affirmé en conférence de presse jeudi. Mais ce que je vous dis c’est qu’en ce moment, on n’a rien contre, puis maintenant on est capable [de les utiliser]. »

Il s’agit d’un changement de ton sur la question des tests rapides dont l’usage fait débat au sein de la communauté scientifique. Le Devoir rapportait à la fin janvier que seulement 13 000 des 2,6 millions de tests livrés par le gouvernement fédéral en octobre avaient été utilisés. Ce chiffre a augmenté quelque peu depuis. Selon le ministère de la Santé, 24 000 tests de dépistage rapide avaient été employés au 5 février, soit toujours moins de 1 % de leur nombre total.

« Ils ne sont plus dans les entrepôts comme on entend, a soutenu le ministre Dubé. Ils sont rendus dans nos établissements, prêts à intervenir aux endroits où on en a besoin. »

Les partis d’opposition et plusieurs experts pressaient le gouvernement depuis des semaines de se servir de ces tests rapides pour détecter les cas de COVID-19 asymptomatiques dans les écoles ou les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), comme c’est déjà le cas dans plusieurs provinces. Or, il ne s’agit pas de l’utilisation privilégiée par le gouvernement, qui veut les déployer seulement lorsqu’il y a des foyers d’infection.

« En cas d’éclosion, c’est parce qu’on a des symptomatiques et le meilleur endroit où on peut utiliser les tests rapides, c’est quand il y a un grand nombre de symptomatiques », a-t-il indiqué. Le ministre a invité les entreprises intéressées à contacter le gouvernement. Les tests rapides pourraient alors être effectués par une unité mobile de dépistage ou même par leur propre personnel.

Fiabilité variable

Un rapport d’expert publié à la mi-janvier mettait en garde le gouvernement contre une « implantation précipitée de ces tests » puisqu’ils « pourraient ne pas diagnostiquer jusqu’à 30 % des personnes infectées. »

Les tests de dépistage rapide sont divisés en deux catégories : ceux qui fonctionnent par amplification des acides nucléiques, comme les ID NOW de la compagnie Abbott, et ceux qui détectent les antigènes, comme le Panbio d’Abbott et le BD Veritor Plus System. Ils permettent tous d’obtenir un résultat en 15 minutes ou moins, mais leur fiabilité varie.

Les ID NOW sont déjà utilisés dans certains centres de dépistage parce qu’ils donnent très peu de faux négatifs, à condition de les offrir à des personnes qui ont des symptômes depuis moins de 7 jours. Les tests antigéniques produisent davantage de faux négatifs et de faux positifs, de sorte que leur résultat doit être confirmé par un test traditionnel analysé en laboratoire. Le Québec a reçu seulement 240 000 tests ID NOW et près de 2 millions de tests antigéniques Panbio.

« Ce qui a été long à faire — mais c’est réglé depuis déjà le début de janvier —, c’était dans quelles circonstances on pouvait les utiliser de façon appropriée sans créer un problème », a souligné M. Dubé.

« Maintenant qu’on a fait le travail, qu’on connaît les indications, ils vont être utilisés, mais à la bonne place, au bon moment, avec la bonne indication », a précisé le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

« On espère que cette fois-ci sera la bonne », a réagi la députée de l’opposition officielle Marie Montpetit, en invitant le gouvernement à déployer les tests massivement.

« On est encore en retard et rien n’indique encore qu’on utilisera les tests à grande échelle. Le dépistage est le nerf de la guerre », a fait valoir le député du Parti québécois Joël Arseneau. 

Legault préoccupé

Si les tests rapides permettent de détecter l’infection qui cause la COVID-19 pour isoler sans délai les gens porteurs du coronavirus, ils ne peuvent pas détecter les variants. Il faut utiliser la méthode de criblage pour faire un premier tri et, par la suite, le séquençage qui est plus précis.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a demandé à la Santé publique d’augmenter rapidement le criblage des tests de dépistage de la COVID-19 pour détecter les nouveaux variants. Il s’attend à ce que tous les tests positifs à la COVID-19 effectués à Montréal puissent être criblés d’ici la semaine prochaine. Si l’apparition d’une souche hautement transmissible est soupçonnée dans d’autres régions, les prélèvements seront envoyés au Laboratoire de santé publique à Montréal, en attendant que cette capacité d’analyse soit développée ailleurs au Québec.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre François Legault n’avait pas caché sa préoccupation par rapport à l’arrivée des variants. « C’est inquiétant, les variants, avait-il dit. C’est très, très, très inquiétant. » Il n’exclut pas d’empêcher les Ontariens d’entrer sur le territoire québécois durant leur semaine de relâche pour limiter la propagation du virus. Plus de 200 cas de COVID-19 causés par les nouveaux variants britannique, brésilien et sud-africain ont été détectés en Ontario.



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