Affaire Camara: les Québécois peuvent «se fier» au juge Dionne, insiste Guilbault

Le juge Dionne devra retracer le fil des événements entre l’interpellation de Mamadi III Fara Camara (en photo avec sa conjointe) pour une infraction au Code de la sécurité routière le 28 janvier dernier, son arrestation et son accusation à tort de tentative de meurtre d’un policier et sa libération après six jours d’incarcération.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Le juge Dionne devra retracer le fil des événements entre l’interpellation de Mamadi III Fara Camara (en photo avec sa conjointe) pour une infraction au Code de la sécurité routière le 28 janvier dernier, son arrestation et son accusation à tort de tentative de meurtre d’un policier et sa libération après six jours d’incarcération.

Malgré les réserves de l’opposition, le juge et ancien directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) Louis Dionne est tout désigné pour faire la lumière sur la gestion de l’affaire Camara par le SPVM et le DPCP, selon la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

À ses yeux, M. Dionne est « tout à fait un candidat approprié » pour retracer le fil des événements entre l’interpellation de Mamadi III Fara Camara pour une infraction au Code de la sécurité routière le 28 janvier dernier, son arrestation et son accusation à tort de tentative de meurtre d’un policier et sa libération après six jours d’incarcération.

« Nous avons une grande confiance en son impartialité et en sa capacité à mener une enquête neutre, totalement indépendante. Il est juge depuis 2013. Donc, je pense que s’il y a une profession où l’indépendance, la séparation des pouvoirs et la neutralité sont des qualités omniprésentes au quotidien, c’est bien quand on est juge », a soutenu Mme Guilbault mercredi avant-midi.

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale s’expliquent mal pourquoi l’ancien patron des procureurs aux poursuites criminelles et pénales a été sélectionné pour mener l’enquête sur l’affaire Camara.

La députée péquiste Véronique Hivon s’interroge aussi sur les raisons pour lesquelles le DPCP a, selon ses propres mots, « fait des représentations » au ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, afin que l’« examen indépendant sur les circonstances ayant conduit aux décisions prises dans ce dossier [Camara] aux différentes étapes du processus judiciaire au regard des normes et principes juridiques applicables » soit conduit par Louis Dionne. « N’est-ce pas particulier qu’un organisme suggère lui-même la personne qui devrait l’examiner, d’autant plus qu’on parle ici de quelqu’un qui est un ancien DPCP ? » a demandé Mme Hivon.

Profilage racial sous la loupe ?

Québec solidaire a demandé au gouvernement de « modifier son approche afin de rendre l’enquête conforme aux demandes de M. Camara, en y ajoutant la question du profilage racial et qu’elle se tienne de façon publique », mais en vain.

La population québécoise peut « se fier » au juge Dionne afin d’« évaluer l’ensemble des actions qui ont été prises par le SPVM », et ce, à la lumière des « meilleures pratiques en la matière », a assuré Mme Guilbault à la presse, après avoir été questionnée sur l’inclusion du profilage racial dans l’enquête confiée à M. Dionne.

« Pensez-vous que M. Camara a fait l’objet de profilage racial ? Pensez-vous qu’[un] Tremblay du Lac-Saint-Jean aurait subi le même traitement ? » a par la suite lancé un journaliste. « On n’est pas en mesure de répondre à cette question-là actuellement », a répondu du tac au tac la vice-première ministre.

« C’est pour ça qu’on a nommé rapidement une personne pour faire l’enquête, puis examiner ce qui s’est fait, et nous livrer des conclusions et des recommandations, s’il y a lieu, pour éviter […] que des situations comme ça se reproduisent. Parce que ça n’a pas vraiment de bon sens quand on pense que quelqu’un passe six jours en prison, alors qu’il ne devrait pas être en prison », a-t-elle ajouté.

Tensions

Louis Dionne a été désigné DPCP en 2007 après avoir assumé les responsabilités de sous-ministre de la Justice (2003-2005) et de sous-ministre de la Sécurité publique (2005-2007). Il a connu des relations difficiles avec les procureurs dont il avait la charge.

L’Association des procureurs aux poursuites criminelles et pénales (APPCP) avait même réclamé sa démission, affirmant que le lien de confiance avec celui-ci avait été rompu en marge des négociations pour le renouvellement de leur convention collective.

M. Dionne a quitté ses fonctions plus de cinq ans avant la fin de son mandat. Il a été nommé juge de la Cour du Québec (2011), puis juge de la Cour supérieure (2013).

 

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