L’opposition à Québec exige une enquête sur l’affaire Mamadi Camara

Faussement accusé de tentative de meurtre, Mamadi III Fara Camara a retrouvé sa liberté mercredi à la suite d’un important revirement de situation.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Faussement accusé de tentative de meurtre, Mamadi III Fara Camara a retrouvé sa liberté mercredi à la suite d’un important revirement de situation.

Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a volé à la rescousse du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui s’est retrouvé sous le feu des critiques après avoir accusé à tort Mamadi III Fera Camara, un homme sans histoire, de tentative de meurtre d’un policier.

« Je peux vous assurer qu’au moment où le Directeur des poursuites criminelles et pénales a su qu’il y avait d’autres informations, il y a eu un arrêt des procédures. Donc, les policiers ont fait leur travail. Le DPCP [aussi] », a-t-il fait valoir jeudi avant-midi, après avoir dit « pos[er] personnellement toutes les questions » nécessaires. « Le DPCP a agi selon tous les plus hauts standards », a-t-il ajouté.

Mercredi après-midi, Mamadi III Fera Camara a été libéré des accusations pesant sur lui après la mise au jour de nouvelles informations sur l’agression de l’agent de police Sanjay Vig survenue il y a près d’une semaine à Montréal pour laquelle il a été accusé.

M. Jolin-Barrette a qualifié de « malheureux » les « événements » ayant bouleversé la vie de M. Camara depuis son interpellation pour une infraction au Code de la sécurité routière le 28 janvier dernier dans le quartier Parc-Extension. Il a dit prendre en considération la demande des partis d’opposition d’ordonner la tenue d’une enquête sur la mise en accusation et la détention de Mamadi III Fera Camara. « C’est une avenue qui est explorée actuellement », a indiqué l’élu caquiste sur le parquet du Salon bleu.

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale réclament l’entrée en scène du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI). Il en va de la confiance de la population à l’égard des institutions de la justice, selon le député libéral — et ex-policier — Jean Rousselle. « Imaginez-vous, il a passé six jours en prison, fut accusé publiquement d’un crime qu’il n’avait pas fait. Il a été suspendu de son emploi. Depuis hier midi, les questions fusent de toutes parts. Pourquoi ça a pris six jours ? Comment assurer qu’une telle erreur n’arrive plus jamais ? » a-t-il demandé en Chambre.

L’« histoire » de M. Camara, qui a été détenu en prison quelques jours avant d’être relâché mercredi, est une « histoire franchement épouvantable », a lancé la cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, Dominique Anglade. « Je pense à cette personne qui a été arrêtée, qui a été détenue pendant plusieurs jours, je pense à sa femme enceinte de jumeaux, puis je me dis : c’est épouvantable », a-t-elle déclaré lors d’un point de presse.

Le chargé de laboratoire à Polytechnique a-t-il été victime de profilage racial ? « La question se pose, mais, encore une fois, il faut aller au fond des choses pour avoir les réponses à toutes ces questions, et il faudra qu’il y ait réponse à cette question-là », a répondu Mme Anglade.

La porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, partage l’interrogation de la cheffe libérale. « Le profilage racial, c’est inquiétant dans une société comme la nôtre. La question se pose. On veut que lumière soit faite », a-t-elle déclaré.

Pour y arriver, le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois réclament la tenue d’une enquête.

Aux yeux du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, « seulement une enquête peut nous donner l’heure juste sur ce qui s’est réellement produit » dans la foulée de l’agression de l’agent de police Sanjay Vig dans le quartier Parc-Extension à Montréal, le 28 janvier dernier. « Les faits [portés à l’attention du public] semblent pour le moins ahurissants », a-t-il mentionné, n’écartant pas non plus la thèse du profilage racial.

L’avocat a souligné à gros traits le caractère exceptionnel de la privation de liberté dont Mamadi III Fara Camara a fait l’objet au fil des derniers jours. « Ne prenons pas à la légère une histoire comme celle-là. On est dans une société de règles de droit », a-t-il insisté.

D’autres détails suivront.

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