Legault veut donner un peu d’air aux commerçants

Québec cherche à faire des compromis en envisageant la vente de biens non essentiels. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Québec cherche à faire des compromis en envisageant la vente de biens non essentiels. 

Le premier ministre François Legault jonglait encore lundi avec des scénarios visant à donner un peu d’air aux commerces non essentiels, en prévision d’une annonce qui doit avoir lieu ce mardi au sujet des « assouplissements » des mesures de santé publique.

La réouverture des musées, des salles de sport ou des salles de spectacle a été écartée d’emblée. Le couvre-feu risque de demeurer en place au-delà du 8 février. Reste à déterminer de quelle façon les commerces non essentiels pourront reprendre leurs activités.

En point de presse jeudi, le premier ministre a lui-même tempéré les attentes qu’il avait créées, en précisant que « la majeure partie des mesures vont rester ». Il a aussi partagé une publication sur Facebook samedi pour illustrer la complexité de la décision qu’il a à prendre. « Ce qui me guide dans le contexte actuel, c’est la prudence », a-t-il rappelé.

 

Des décisions délicates

Son entourage s’est réuni lundi et devait encore rencontrer des représentants de la Santé publique, ce mardi, pour discuter des assouplissements qui seront annoncés à la population à 17 h et devant entrer en vigueur le 8 février. Déjà, la volonté de proposer des mesures différenciées par région s’est installée : le bureau du premier ministre insiste sur l’état particulier dans lequel se trouve Montréal. La situation, « plus délicate », commande des « restrictions plus importantes », fait valoir un proche de M. Legault.

Viennent ensuite les interrogations au sujet du couvre-feu. « Si on l’enlève, il faut le faire pour de bon, parce qu’on ne peut pas le remettre », illustre cette même source.

La population, qui appuie fortement le couvre-feu selon un récent sondage CROP, s’est habituée à cette mesure. « Il fonctionne bien, le couvre-feu, et puis, je pense qu’il réussit aussi à rejoindre une clientèle qui était peut-être difficile à convaincre dans les maisons », a d’ailleurs affirmé le premier ministre jeudi.

Dans les faits, son entourage jauge encore mal l’effet de cette mesure sur la baisse des cas de COVID-19. Si les contacts sociaux ont bel et bien diminué au cours des dernières semaines, l’effet isolé du couvre-feu sur ce changement dans les habitudes demeure difficile à évaluer, admettent ses proches.

 

Là où Québec cherche à faire des compromis, c’est dans la vente de biens non essentiels. « Je comprends qu’un habit de neige pour un enfant qui n’en a plus […], c’est pas mal proche d’être essentiel », a reconnu François Legault la semaine dernière. Pour aider les commerçants à tenir le coup, ses équipes cherchent à permettre aux détaillants qui ont une porte donnant sur l’extérieur d’accueillir des clients. Les centres commerciaux posent toutefois problème, puisque leurs aires communes peuvent entraîner des rassemblements.

Au bord de la faillite

Les commerçants de biens non essentiels avaient bon espoir lundi de pouvoir bientôt respirer un peu plus librement. « Le gouvernement semble nous avoir écoutés, on verra si on sera exaucés », a déclaré au Devoir la porte-parole du Conseil québécois du commerce de détail, Karina Serei. « Ce qu’on voudrait, c’est le droit à une réouverture complète », a-t-elle ajouté, en expliquant que les commerçants se trouvent aujourd’hui pris à la gorge par des stocks qu’ils n’arrivent pas à écouler et les factures pour la nouvelle marchandise commandée en vue du retour de la belle saison.

Selon le dernier sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) auprès de ses membres, le tiers d’entre eux manquera de liquidités avant le mois de juin et presque un sur cinq envisage sérieusement la faillite. « La situation est encore plus difficile pour certains, comme les restaurants, les bars et les gyms », observe son vice-président pour le Québec, François Vincent.

« Pour nous, il semble bien que le supplice va se continuer », dit François Meunier, vice-président à l’Association Restauration Québec. Il rappelle que la réouverture des restaurants, pendant deux mois cet été, n’a pas aggravé la propagation de la pandémie.

Il suggère à Québec de permettre la réouverture des salles à manger en échange de nouvelles réductions du nombre de clients et de la tenue de registres plus stricts dans les bars. Les autres commerçants se montrent aussi disposés, notamment, à réduire à trois le nombre maximal de clients permis dans les plus petits magasins et à ne les accueillir que sur rendez-vous.

Quant à l’aide financière du gouvernement, elle doit s’adapter à l’ampleur des pertes de revenus infligées aux commerçants et cesser de prendre la forme de prêts, parce qu’il n’est plus possible de demander aux entrepreneurs de s’endetter encore plus, affirme la FCEI.

1,3 million de dollars de contraventions en deux semaines

Près de 850 constats assortis d’amendes totalisant environ 1,3 million de dollars ont été remis pour infraction à la Loi sur la santé publique au cours des deux dernières semaines au Québec, selon le ministère de la Justice. Les policiers ont délivré 782 « constats portatifs » après avoir constaté la plupart du temps une entorse au couvre-feu de 20 h à 5 h, à l’interdiction de rassemblement privé intérieur ou extérieur, ou encore à l’obligation du port du couvre-visage. Des dizaines de rapports d’infraction générale ont aussi été remis afin de signaler d’autres violations aux décrets et aux arrêtés ministériels. Depuis le début de la pandémie, les forces de l’ordre ont remis pas moins de 5027 constats pour infraction à la Loi sur la santé publique (7,4 millions). Près de 40 % d’entre eux ont été distribués dans le district judiciaire de Montréal (2,9 millions).

Marco Bélair-Cirino


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