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Christian Dubé troublé par la mort d’un patient autiste à l’Hôpital Notre-Dame

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a déclaré lundi attendre des réponses « rapidement » au sujet des dysfonctionnements de l’Hôpital Notre-Dame, où un homme autiste est décédé seul parce qu’il avait été laissé sans surveillance.

« Ce qu’on a lu ce matin dans Le Devoir est profondément troublant. Une enquête interne a été déclenchée par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Nous souhaitons des réponses rapidement », a fait savoir son cabinet. Le ministre n’a pas annoncé, dans l’immédiat, d’autres mesures pour remédier à la situation qui prévaut à l’Hôpital Notre-Dame.

Au Devoir, douze employés et ex-employés de cet établissement de santé ont dit craindre pour la sécurité des usagers qui y séjournent. Ils ont notamment exposé le cas d’un adulte autiste de 52 ans placé sous curatelle publique qui est mort, seul, après avoir arraché le matériel respiratoire auquel il était rattaché. Ils ont aussi rapporté que du matériel périmé était utilisé à l’hôpital, en plus de mettre en lumière le manque de formation des infirmières et infirmiers envoyés en renfort dans le département des soins intensifs.

« S’il s’avère qu’il y a des problèmes majeurs aux soins intensifs de l’Hôpital Notre-Dame, nous agirons pour rétablir la situation », a affirmé le cabinet du ministre de la Santé. « Nous ne ferons aucun compromis pour assurer la sécurité des patients et du personnel au front. »

Les révélations du Devoir ont choqué des organismes de défense de personnes ayant un handicap et suscité des réactions au sein de la classe politique.

La critique libérale en matière de Santé, Marie Montpetit, a demandé davantage d’actions de la part du ministre Dubé. « La situation rapportée est vraiment inacceptable. Ce qui est très préoccupant, c’est la quantité de problèmes qui sont décrits », a-t-elle affirmé. « Une enquête interne, c’est une chose. Moi, je pense que le ministre de la Santé, dans la situation, a la responsabilité d’envoyer d’urgence une équipe d’intervention pour gérer la situation pour non seulement faire enquête sur ce qui s’est passé dans le cas précis de la personne qui est décédée, mais s’assurer de la sécurité des soins intensifs à l’heure actuelle », a-t-elle plaidé.

En données

L’élue solidaire Manon Massé a qualifié les faits rapportés de « profondément troublants ». « C’est notre système qui est malade, c’est épeurant », a-t-elle déclaré. « On est rendus dans une situation où il n’y a pas de lousse », a-t-elle ajouté, en citant des représentants syndicaux avec qui elle s’est entretenue.

Le député péquiste Joël Arseneau a salué le courage des « lanceurs d’alerte ». « Je ne pensais pas découvrir cette espèce de magasin des horreurs », s’est-il désolé. « Les réponses de la direction de l’hôpital, malheureusement, on doit encore les mettre en doute. […] Soit [les gestionnaires] nient l’évidence, ou encore ils sont déconnectés de ce qui se passe sur le terrain et, dans les deux cas, c’est inquiétant », a-t-il ajouté.

Il a lui aussi demandé au ministre Dubé de s’intéresser à la situation au moyen d’une enquête qui servirait, d’une part, à « valider les faits » et, d’autre part, « à voir si c’est une situation exceptionnelle à l’Hôpital Notre-Dame ou si le même genre de médecine de guerre est pratiqué ailleurs ».

Des organismes sous le choc

À l’organisme Sans oublier le sourire (SOS), l’équipe est sous le choc. L’homme de 52 ans était un membre de SOS et participait depuis de nombreuses années à des activités, notamment au club de marche. « C’était quelqu’un de souriant, très simple, agréable et surprenant, dit la coordonnatrice, Marianne Dupéré. Il parlait énormément du camp de vacances auquel il participait. Il était relativement en bonne santé. Il marchait bien avec nous. »

 

Marianne Dupéré dit avoir « froid dans le dos » en pensant aux conditions dans lesquelles il est décédé. « Nous sommes tous sans mots, dit-elle. La moitié de nos membres n’ont pas de famille. Savoir qu’un des nôtres est parti de cette façon, c’est dur. » Selon elle, il aurait dû recevoir de l’accompagnement à l’hôpital. Elle ne jette toutefois pas la pierre au personnel sur place. « Le problème, ce n’est pas l’employé qui était là, dit-elle. C’est le manque de ressources pour accompagner ces gens à l’hôpital et subvenir à leurs besoins. »

La directrice générale de la Société québécoise de la déficience intellectuelle, Anik Larose, est « outrée » par la mort de cet homme de 52 ans. « C’est totalement inadmissible, dit-elle. C’est ce qu’on anticipait et, malheureusement, c’est ce qui est arrivé. » À son avis, les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme doivent absolument être accompagnées en centre hospitalier. « Elles peuvent se désorganiser à l’hôpital, un milieu hautement anxiogène en temps de COVID-19 », souligne-t-elle.

La Société québécoise de la déficience intellectuelle dit avoir récemment interpellé le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) au sujet de l’accompagnement, à l’hôpital, des gens ayant une déficience intellectuelle. « On nous a dit que si les centres hospitaliers font une demande à leur CIUSSS ou CISSS, ils peuvent avoir un soutien de la part de la direction du programme de DI-TSA [pour s’occuper de ces patients] », rapporte Anik Larose. Le Devoir a contacté le MSSS à ce sujet, mais n’a obtenu aucune réponse.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, lui, n’a pas voulu commenter le dossier. Une enquête interne est en cours. « Les premières personnes qui seront mises au courant des détails de cette enquête, ce sont les membres de la famille, a dit le porte-parole Jean-Nicolas Aubé. Nous sommes déjà en contact avec eux. »

L’inquiétude est grande au Comité des usagers du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED) de Montréal, qui fait partie du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Les cas de COVID-19 se multiplient dans les ressources intermédiaires et les ressources de type familial, qui hébergent des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme sur le territoire du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Une vingtaine d’éclosions sont en cours, un sommet depuis le début de la pandémie, selon les plus récentes données du CIUSSS.

« Il y a eu trois ou quatre décès dernièrement », dit la présidente du Comité des usagers Danielle Gaudet. Qu’un patient meure ainsi à l’Hôpital Notre-Dame « n’a pas de maudit bon sens », conclut-elle.

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