Normes resserrées pour les masques dans le réseau de la santé

Les hôpitaux font face à de nombreuses éclosions. Mercredi, 127 étaient en cours, soit 13 de plus qu’il y a deux semaines, d’après le ministère de la Santé et des Services sociaux.
Jacques Nadeau Le Devoir Les hôpitaux font face à de nombreuses éclosions. Mercredi, 127 étaient en cours, soit 13 de plus qu’il y a deux semaines, d’après le ministère de la Santé et des Services sociaux.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) resserre ses recommandations quant au port du masque dans le réseau de la santé. Les travailleurs doivent désormais porter des masques chirurgicaux dont le degré de protection est supérieur lorsqu’ils soignent un patient atteint de la COVID-19 ou suspecté de l’être. Un masque médical est désormais nécessaire pour les patients en consultation externe.

Ces recommandations ont été faites le 7 janvier. Dans son avis, l’INSPQ souligne que « plusieurs études démontrent que le fait de contrôler la source (port du masque par l’usager infecté) diminue l’expulsion de particules respiratoires ». « Des données démontrent une diminution significative de la transmission nosocomiale avec le port universel du masque chez les usagers et les TdeS [travailleurs de la santé] », précise-t-on.

Pour réduire les contaminations, l’INSPQ recommande que les usagers en service ambulatoire (consultation externe) portent maintenant un masque chirurgical plutôt qu’un couvre-visage.

Les travailleurs de la santé, qui donnent des soins à des patients infectés ou suspectés de l’être, doivent quant à eux revêtir un masque chirurgical dit de niveau 2 et non de niveau 1. Selon l’INSPQ, les masques médicaux de niveau 2 sont efficaces à 98 % pour filtrer les bactéries et les particules submicroniques à 0,1 micromètre, contre 95 % et plus pour ceux de niveau 1.

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Les employés qui ne sont pas en contact avec des malades potentiellement atteints de la COVID-19 peuvent continuer à porter des masques de niveau 1.

Réactions mitigées

Dans une note de service datant du 20 janvier, dont Le Devoir a pu prendre connaissance, le CIUSSS des Laurentides indique à son personnel qu’il mettra ces nouvelles recommandations en application. « Afin de faciliter la logistique de distribution des masques et considérant les réserves actuelles suffisantes, le CISSS des Laurentides distribuera pour l’instant uniquement des masques de procédures de niveau ASTM 2 [niveau 2] ou supérieur », signale-t-il.

Le Syndicat des travailleuses et des travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux-CSN salue cette nouvelle mesure, mais la juge insuffisante. « Les masques de niveau 2 constituent une protection supérieure pour les travailleurs, reconnaît son président Dominic Presseault. Mais on se questionne pourquoi on va à petits pas. Les études démontrent de plus en plus que la COVID se propage via les aérosols. Le masque de procédure ne protège pas contre les aérosols. »

Dominic Presseault croit que les travailleurs de la santé devraient porter des N99, fabriqués par l’entreprise québécoise Dorma Filtration. Ces masques réutilisables procurent une protection plus grande encore que les N95, actuellement réservés pour les interventions générant des aérosols, comme l’intubation. « Le réseau de la santé, on y goûte, fait-il valoir. On pourrait être mieux équipés pour affronter ce virus. »

La présidente du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CISSS de Laval-CSN, Marjolaine Aubé, est indignée des dernières recommandations de l’INSPQ. « Ça nous prend des N95 ! dit-elle. Tout le monde se contamine. »

Elle signale qu’au début de janvier, son syndicat a déposé 20 plaintes à la CNESST concernant des installations du CISSS de Laval dont les systèmes de ventilation, dit-elle, sont déficients. La Cité-de-la-Santé et le CHSLD Idola Saint-Jean font partie des établissements visés. « Les taux de contamination sont élevés, dit Marjolaine Aubé. Beaucoup de personnes se plaignent de maux de tête et d’étourdissements. »

Au Québec, près de 3000 travailleurs de la santé sont actuellement absents, parce qu’ils sont atteints de la COVID-19 ou sont en processus de dépistage, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Les hôpitaux font face à de nombreuses éclosions. Mercredi, 127 étaient en cours, soit 13 de plus qu’il y a deux semaines, d’après le MSSS.

Pour la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé publique et de médecine préventive du CHUM, exiger le masque chirurgical chez les patients en consultation externe est « une bonne idée » pour réduire les éclosions dans les milieux de soins et plus largement, la transmission communautaire. « Cela augmentera la protection de tout le monde, dit-elle. Quand une personne porte un couvre-visage, on ne sait pas s’il est efficace. »

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