Québec étudie ses options pour que les voyageurs soient mieux surveillés

La situation actuelle irrite le gouvernement Legault, qui estime que le fédéral doit «intensifier ses efforts et sa contribution» afin de s’assurer que les voyageurs respectent la quarantaine.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La situation actuelle irrite le gouvernement Legault, qui estime que le fédéral doit «intensifier ses efforts et sa contribution» afin de s’assurer que les voyageurs respectent la quarantaine.

Insatisfait de la manière dont les autorités fédérales font le suivi des voyageurs qui reviennent au Canada et doivent se placer en quarantaine, le gouvernement Legault dit qu’il est en discussion avec Ottawa pour faire renforcer les mesures en place — quitte à assumer une partie de cette responsabilité fédérale.

Le ministère québécois de la Sécurité publique « envisage effectivement diverses options pour assurer la rigueur du respect de la quarantaine », indiquait-on jeudi. Au cabinet de la ministre Geneviève Guilbault, on mentionne « qu’à ce stade, tout ce qu’on peut dire est que nous continuons d’évaluer les façons d’effectuer un meilleur suivi des voyageurs, et on poursuit les discussions avec le fédéral ».

Mais selon nos informations, les corps policiers du Québec pourraient être appelés à jouer un rôle plus actif dans le suivi des voyageurs à partir de début février. La situation actuelle irrite le gouvernement Legault, qui estime que le fédéral doit « intensifier ses efforts et sa contribution » afin de s’assurer que les voyageurs respectent la quarantaine.

 

Le Devoir mettait en lumière jeudi le flou entourant le processus en place, qui est sous la responsabilité de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Les deux reconnaissent ne pas avoir un portrait précis de l’ensemble des efforts qui sont faits sur le terrain.

La GRC soulignait par exemple qu’elle ne peut intervenir pour faire appliquer le décret fédéral que sur son territoire de compétence policière. Et qu’ultimement, ce sont les policiers locaux qui « déterminent les mesures appropriées d’application de la Loi » sur la mise en quarantaine.

Sauf que des appels aux services de police des Villes de Montréal et de Québec, de même qu’à la Sûreté du Québec (SQ), montrent que ces trois corps policiers entendent la chose différemment. « L’application [du décret qui oblige une quarantaine] relève de la GRC », indiquait la SQ jeudi. « Il peut arriver qu’on nous demande assistance, mais c’est leur mandat. »

   

Ainsi, aucun de ces trois corps de police ne possède de statistique sur les interventions qu’ils ont pu faire en lien avec le respect de la quarantaine. Selon les données de l’ASPC, depuis le 23 décembre et à travers le pays, un total de trois contraventions ont été distribuées à des voyageurs pour non-respect de la mesure.

Clarifier

Pour le Bloc québécois, la situation « soulève des inquiétudes ». « Si les services de police locaux et la GRC se renvoient la balle, c’est au fédéral de clarifier le rôle de chacun », estime Kristina Michaud, porte-parole en matière de Sécurité publique. « Mais trois contraventions depuis Noël, alors qu’on sait que des milliers de Canadiens sont revenus au pays [après des voyages dans le Sud], c’est très peu. »

Mme Michaud dit avoir parlé à des voyageurs qui s’étonnaient eux-mêmes de l’absence de suivi après leur retour. « Ils ont rempli un formulaire [un plan de quarantaine] sans parler à personne, n’ont pas reçu d’appel [d’agents de l’ASPC], ni de visite. Il y a assurément plus à faire pour surveiller les quarantaines. »

Mis à part sur la question du test négatif à la COVID-19 que doivent maintenant présenter les voyageurs avant de monter dans un avion à destination du Canada, le premier ministre Trudeau a jusqu’ici résisté aux différents appels pour raffermir le processus de surveillance des voyageurs de retour. Il juge que le Canada a déjà « des mesures extrêmement fortes en place par rapport à la quarantaine ».

   

Les plus récentes données du gouvernement fédéral montrent par ailleurs que le virus est présent sur les vols aériens. Ainsi, entre le 27 décembre 2020 et le 10 janvier 2021, au moins 56 vols en provenance ou à destination de Montréal avaient à bord une personne atteinte de la COVID-19. À l’échelle nationale, on a noté 315 cas d’exposition potentielle sur des vols en provenance ou à destination du Canada durant la même période. L’essentiel des cas ont été enregistrés avant le 7 janvier, date d’entrée en vigueur de la mesure sur les tests.

 

Les Canadiens enclins à interdire les voyages

Un sondage mené en ligne auprès de 1601 personnes par la firme Angus Reid a découvert que 65 % des répondants interdiraient non seulement aux Canadiens de sortir du pays, mais aux autres citoyens du monde d’entrer au Canada. À l’inverse, un répondant sur quatre (26 %) pense qu’on devrait maintenir le statu quo, c’est-à-dire ne pas interdire les voyages tout en les décourageant fortement. 9 % pensent qu’on devrait laisser les Canadiens libres de leurs choix sans formuler de recommandations à propos des voyages. À travers le pays, ce sont les Québécois qui sont les plus favorables à une interdiction de voyager (73 %), suivis de près par les Ontariens (71 %), tandis que les Albertains (48 %), les Saskatchewanais (53 %) et les Manitobains (55 %) y sont les plus réfractaires au pays.

 

Hélène Buzzetti


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