Entre 42 et 90 jours pour la deuxième dose des vaccins contre la COVID-19

Québec continuera de donner la deuxième dose de vaccin contre la COVID-19 dans un délai maximal de 90 jours, mais accepte toutefois d’assouplir quelque peu sa stratégie après avoir essuyé les critiques du gouvernement fédéral. Certaines personnes pourraient donc recevoir cette deuxième injection plus tôt que prévu… à condition qu’il y ait des approvisionnements additionnels.

La Santé publique recommande maintenant d’administrer la deuxième dose dans un délai de 42 à 90 jours. « Dans notre contexte, c’est la meilleure stratégie, car on doit composer avec très, très peu de vaccins — comme vous le savez — et on est engagés dans une course contre la montre », a défendu le ministre de la Santé, Christian Dubé, en conférence de presse. Il était accompagné du conseiller médical stratégique à la Direction générale de la santé publique, Richard Massé, et du directeur de la campagne de vaccination contre la COVID-19 au Québec, Daniel Paré.

Le but du gouvernement demeure d’immuniser le plus grand nombre de personnes vulnérables pour sauver le maximum de vies et pour réduire la pression sur le système de santé durement éprouvé. « Sauver des vies, c’est un impératif moral ; réduire la pression, c’est une nécessité, a expliqué le ministre. Et plus on va avoir de doses, plus on va être capables de diminuer le délai entre la première et la deuxième dose. »

Christian Dubé s’est dit insatisfait du rythme de livraison des vaccins, mais a toutefois reconnu que le gouvernement fédéral faisait ce qu’il pouvait. « Nous sommes conscients de tout le travail effectué par le [major] général [Dany] Fortin, a-t-il dit. […] C’est une question de chiffres. Ce n’est pas une question de qualité du service. »

Le Québec a obtenu plus de la moitié des 80 800 doses de vaccins attendues cette semaine, ce qui porte le nombre total de doses reçues depuis le début de la campagne de vaccination à 162 175. Au 13 janvier, 115 704 personnes avaient été vaccinées, soit environ les deux tiers des résidents des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et plus de 25 % du personnel soignant. Le gouvernement veut commencer à vacciner les personnes dans les résidences privées pour aînés à compter du 25 janvier.

Sauver des vies, c’est un impératif moral; réduire la pression, c’est une nécessité.

La décision de reporter la deuxième dose de 90 jours soulève une vive controverse depuis le début de l’année. Certains experts estiment que le gouvernement du Québec a fait le bon choix. D’autres craignent que cela entraîne des répercussions négatives comme une mutation du virus qui rendraient les vaccins inefficaces.

« Ça fait partie des risques qui sont regardés, mais le virus n’a pas attendu que le vaccin soit là pour commencer à muter », a fait valoir le conseiller médical stratégique à la Direction générale de la santé publique, Richard Massé.

La ministre fédérale Anita Anand a affirmé à plusieurs reprises que cette décision pourrait nuire à l’approvisionnement. Les fabricants des vaccins contre la COVID-19, Pfizer/BioNTech et Moderna, préconisent de donner la deuxième dose dans un intervalle de 21 à 28 jours.

À l’instar de l’Organisation mondiale de la santé, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a recommandé mardi de ne pas dépasser les 42 jours, soit six semaines, entre les deux doses lorsque cette option « s’avère nécessaire » vu la situation épidémiologique. Pourtant, en conférence de presse, l’administrateur en chef adjoint de la santé publique du Canada, le Dr Howard Njoo, a refusé de condamner l’approche du Québec. « Ce n’est pas à moi d’être en accord ou en désaccord avec les provinces ou territoires », a-t-il réagi.

Il a rappelé que les données sur l’efficacité du vaccin au-delà d’un intervalle d’injection de 42 jours sont absentes. « Après 42 jours, on ne sait pas. On n’a pas de données », a-t-il dit. Il a aussi rappelé qu’on ne connaît pas « la durabilité de la protection » contre la COVID-19 au-delà de l’intervalle recommandé par les fabricants de 21 ou 28 jours. « On sait que c’est mieux avec deux doses, mais avec une dose, on ne sait pas », a rappelé le Dr Njoo.

Certaines des premières personnes vaccinées au CHSLD Maimonides, où un foyer d’éclosion existait déjà, ont quand même attrapé la COVID-19 par la suite. Le Dr Richard Massé a indiqué qu’une évaluation était en cours. « C’est une possibilité que le vaccin soit moins efficace chez les gens plus âgés, mais on n’est pas capable d’affirmer cette chose-là », a-t-il avancé en faisant allusion au manque de données. Le ministre Dubé a appelé, quant à lui, les résidents et le personnel soignant qui ont reçu le vaccin à continuer de suivre les mesures sanitaires.

Deux des trois partis d’opposition à Québec ont réclamé davantage de transparence du gouvernement Legault. « Il faut suivre la situation de très près pour s’assurer que les personnes vaccinées sont bien protégées », a rappelé la députée libérale Marie Montpetit.

« Nous demandons au gouvernement de faire preuve de toute la transparence nécessaire sur cette question, et de présenter un plan détaillé, public et rigoureux quant à son suivi de l’immunité et de la vaccination », a demandé le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

Le Parti québécois estime plutôt que le gouvernement québécois prend « un risque calculé ». « L’avis du comité d’immunisation du Québec est sérieux, la balance des inconvénients penche du côté d’un délai maximal visé de 90 jours entre la première et la deuxième dose, a déclaré le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau. Le fédéral doit cependant cesser de menacer le Québec sur le plan des approvisionnements. »

Avec Hélène Buzzetti

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