Moins d'appareils de loterie vidéo, plus de profits

Québec — Rien n'y fait: en dépit de l'abolition de 1000 appareils de vidéopoker et de la réduction du nombre de sites où ils se trouvent, Loto-Québec a tiré des revenus records en 2003-04 de ces machines qui représentent la principale cause du jeu pathologique.

L'explication? C'est que les nouveaux appareils de vidéopoker, munis de dispositifs censés réduire le jeu pathologique, incitent davantage les consommateurs à jouer. Ces appareils dernier cri représentent maintenant 97 % du parc de machines de vidéopoker de Loto-Québec et remplacent des appareils conçus en 1994. «Vous avez un meilleur produit et moins de bris. Il y a la curiosité des consommateurs pour le nouveau produit. Même, dans certains cas, on croit que ça nous a créé une nouvelle clientèle», a indiqué hier le porte-parole de Loto-Québec, Jean-Pierre Roy.

Dans son rapport annuel 2003-04, Loto-Québec fait état d'un revenu net en provenance des appareils de loterie vidéo de 1,128 milliard, une hausse de 4,8 % par rapport à l'année précédente. En fait, de tous les secteurs d'activité de Loto-Québec, seul le vidéopoker a connu une croissance significative. Les loteries ont affiché une baisse de revenus de 1,2 % et ceux des trois casinos ont glissé de 2,5 %.

Selon M. Roy, la diminution du nombre de bars qui abritent des vidéopokers a également contribué à la bonne performance du secteur, un fait surprenant. Loto-Québec a instauré un programme de retrait volontaire des appareils qui permettait aux tenanciers de toucher un an de commissions contre le retrait de leurs appareils. Ainsi, 559 appareils ont été récupérés en 2003-04. Ils ont été distribués dans les bars qui ont pu atteindre la limite maximale de cinq machines par établissement. Or ces bars sont plus «performants».

Le nombre de sites où l'on trouve des vidéopokers a chuté de 8 % en un an, pour atteindre 3362. Le nombre d'appareils est resté sensiblement le même, soit 14 293.

Rappelons qu'en mai 2001, le gouvernement Landry avait lancé «une offensive gouvernementale pour contrer le jeu pathologique» et demandé à Loto-Québec de réduire de 15 300 à 14 300 le nombre d'appareils de vidéopoker. La ministre des Finances d'alors, Pauline Marois, prévoyait une baisse des revenus tirés de cette activité de 75 millions tandis que Loto-Québec avançait le chiffre de 38 millions. Or les revenus de la loterie vidéo ont augmenté depuis, passant de 1,053 milliard en 2001-01 à 1,128 milliard en 2003-04.

Dans son plan de développement 2004-05, présenté en mai dernier, que le gouvernement Charest n'a pas encore approuvé, Loto-Québec proposait de réduire de 31 % le nombre de sites dotés d'appareils de loterie vidéo et de créer cinq salons de jeu: dans la couronne nord de Montréal, à Québec, à Trois-Rivières, à Sherbrooke et à Mont-Tremblant. Ces cinq salons de jeu seraient exploités par Loto-Québec, qui projette d'empocher les mêmes revenus de la loterie vidéo qu'à l'heure actuelle malgré le retrait de 730 machines.

Selon une étude de l'Institut national de recherche scientifique, 8,9 % des usagers des appareils de vidéopokers sont des joueurs pathologiques, trois fois plus que pour les machines à sous situées dans les casinos. Au Québec, les joueurs compulsifs comptent pour 2,1 % de la population et 95 % de ces joueurs compulsifs sont accros aux vidéopokers.

Loto-Québec plaide que le Québec abrite, avec l'Alberta, le plus faible nombre d'appareils de vidéopoker par habitant parmi toutes les autres provinces. La dernière étude de Robert Ladouceur, du Centre québécois d'excellence pour la prévention et le traitement du jeu de l'Université Laval, indique que le nombre de joueurs pathologiques est stable au Québec malgré la hausse des revenus tirés des vidéopokers, a rappelé M. Roy. Les experts estiment que le coût du jeu pathologique pour la société québécoise est de 2,5 milliards alors que les profits de Loto-Québec s'élèvent à 1,44 milliard, ce qui comprend 500 millions tirés de loteries inoffensives.

Selon Jean Métayer, fondateur du Regroupement des citoyens et citoyennes contre l'expansion des jeux de hasard et d'argent et membre de la coalition Emjeu, Loto-Québec «jette de la poudre aux yeux» avec son plan de développement. «L'offre va être là quand même», prédit-il.

En déplaçant les machines de vidéopoker des quartiers défavorisés vers les villes de banlieue, la société d'État «va rendre accros les gens des banlieues, craint M. Métayer. Ils sont brillants: ils vont aller chercher une plus grande clientèle comme ils l'ont fait en sortant les machines des bars minables pour les installer dans les salles de bingo.»

Dans le rapport annuel de Loto-Québec, le nouveau p.-d.g libéral, Alain Cousineau, signale que la société d'État entre dans «une phase de maturité» après une période de croissance intense dans les années 90. «Il faut donc se rendre à l'évidence: Loto-Québec est entrée dans une ère de croissance modérée. Maintenir le niveau de notre bénéfice net sans accroître l'offre de jeu représente dès lors un défi de taille», écrit M. Cousineau dans son message.