Vers un reconfinement du Québec

L’imposition d’un couvre-feu, qui pourrait prendre la forme d’une obligation de rester à domicile du milieu de la soirée jusqu’au petit matin, a fait débat au cabinet du premier ministre mardi. La mesure permettrait de mieux contrôler les rassemblements clandestins.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’imposition d’un couvre-feu, qui pourrait prendre la forme d’une obligation de rester à domicile du milieu de la soirée jusqu’au petit matin, a fait débat au cabinet du premier ministre mardi. La mesure permettrait de mieux contrôler les rassemblements clandestins.

Le premier ministre François Legault imposera mercredi soir de nouvelles restrictions pour juguler la pandémie, qui apparaît irréfrénable alors que la « pause du temps des Fêtes » tire à sa fin.

Son équipe envisage de repousser le retour en classe des élèves du primaire d’une semaine, au lundi 18 janvier, et celui des élèves du secondaire de deux semaines, soit au 25 janvier. Elle laisserait toutefois les services de garde éducatifs à l’enfance — CPE, garderies, services de garde en milieu familial — ouverts.

Le gouvernement québécois compte aussi prolonger la fermeture des commerces « non prioritaires » jusqu’au 8 février, en plus d’« imposer le télétravail » au plus grand nombre d’entreprises possible.

L’imposition d’un couvre-feu, qui pourrait prendre la forme d’une obligation de rester à domicile du milieu de la soirée jusqu’au petit matin, a fait débat au cabinet du premier ministre mardi.

La publication d’un sondage Léger montrant que près d’un Québécois sur deux a rendu visite à des membres de sa famille ou des amis durant la période des Fêtes — une fois (33 %), deux ou trois fois (11 %) et plus de trois fois (2 %) — en a convaincu plus d’un au sein du gouvernement de la nécessité d’imposer de nouvelles règles. Les « recommandations » de la Santé publique ne sont plus suivies à la lettre comme elles l’étaient au printemps dernier, a souligné à gros traits un conseiller politique consulté par Le Devoir.

L’imposition d’un couvre-feu pourrait être une bonne idée, selon la cheffe du département de santé publique et de médecine préventive du CHUM, Marie-France Raynault. À son avis, il permettrait de mieux contrôler les rassemblements clandestins — à condition que la Sécurité publique et tous les corps policiers fassent respecter ce couvre-feu. « Symboliquement, ça passe un message », mentionne-t-elle.

On est [...] préoccupés et il y a un sentiment de frustration. Au Québec, on est les seuls à exclure le secteur manufacturier des services essentiels.

 

« Un couvre-feu sans amende ? Bien inutile… », a fait valoir le député libéral, Gaétan Barrette dans une frappe préventive sur Twitter. Officiellement, ni le Parti libéral ni les autres partis d’opposition n’ont voulu prendre position sur l’établissement d’un couvre-feu tant que la mesure ne sera pas annoncée par le gouvernement. Avec ses « ballons d’essai », le gouvernement « contribue à l’anxiété générale de la population », a déploré la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

Si le gouvernement Legault va de l’avant, il devra faire preuve de plus de transparence, selon le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. « Si jamais le gouvernement y va avec des mesures inusitées, qu’on n’a pas vues auparavant, il se doit d’expliquer en quoi c’est une recommandation de la Santé publique et en quoi cette recommandation est fondée sur des données probantes », a-t-il soutenu.

Secteur manufacturier

Comme au printemps dernier, le confinement pourrait aussi sonner la mise sur pause d’entreprises des secteurs manufacturier et de la construction. Cette perspective effraie Véronique Proulx, p.-d.g. de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ). « On est excessivement préoccupés et il y a un sentiment de frustration. Au Québec, on est les seuls à exclure le secteur manufacturier des services essentiels. »

Le président et chef de la direction du Conseil du patronat, Karl Blackburn, craint que les nouvelles mesures soient inefficaces parce que peu ciblées et pénalisantes pour des milieux qui s’en tirent bien face à la COVID-19. La dernière vigie de l’Institut national de santé publique du Québec indiquait le 23 décembre que les secteurs les plus touchés par le coronavirus étaient l’industrie des aliments et les commerces de détail.

Le ministère de la Santé a recensé 18 047 nouvelles personnes positives à la COVID-19 au cours de la dernière semaine, c’est-à-dire en moyenne 2578 personnes par jour.

La situation dans les établissements de santé s’est détériorée depuis l’appel au sens des responsabilités des Québécois fait par les quatre chefs politiques — François Legault (CAQ), Dominique Anglade (PLQ), Manon Massé (QS) et Paul St-Pierre Plamondon (PQ) — le 22 décembre dernier.

Le nombre de « lits » occupés par des patients atteints de la COVID-19 — le « chiffre le plus inquiétant » selon le premier ministre — a bondi, passant de 1055 à 1317 (+262), dont 194 aux soins intensifs (+57), au fil des deux dernières semaines. « On pense que 2000-2500 lits, c’est comme un maximum qu’on peut utiliser actuellement », avait affirmé François Legault il y a 14 jours, tout en précisant qu’« il n’est pas prévu, dans aucun scénario, de choisir à l’urgence entre certains patients qui doivent être traités de façon urgente. »

Avec Guillaume Bourgault-Côté, Marie-Eve Cousineau, Clémence Pavic et Marie-Michèle Sioui

Québec rapportait mardi 2508 nouveaux cas de COVID-19, ainsi que 62 décès. 17 décès sont survenus dans les 24 dernières heures, 41 entre le 29 décembre et le 3 janvier, 3 avant le 29 décembre et un à une date inconnue. La Presse canadienne

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