Publicités gouvernementales: les oppositions demandent à Québec d’être plus transparent

«La vérificatrice générale devrait regarder toutes ces dépenses», disait mardi la députée libérale Marwah Rizqy.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne «La vérificatrice générale devrait regarder toutes ces dépenses», disait mardi la députée libérale Marwah Rizqy.

Les informations dévoilées par le gouvernement sur les coûts de la «plus vaste campagne de communication jamais répertoriée dans l’histoire du Québec» sont incomplètes et soulèvent plus de questions qu’autre chose, estiment le Parti libéral du Québec et le Parti québécois.

«La vérificatrice générale devrait regarder toutes ces dépenses», disait mardi la députée libérale Marwah Rizqy. «Parce que présentement, il semble que personne [à Québec] n’a surveillé les dépenses réellement justifiées, versus celles grossièrement exagérées.»

Dimanche, le ministère du Conseil exécutif a dévoilé quelques détails de la campagne publicitaire mise sur pied pour aider à la lutte contre la COVID-19. Québec affirme avoir dépensé en moyenne 13 millions chaque mois depuis avril en placement média — l’achat d’espaces publicitaires.

Mais cette somme ne comprend pas les frais de production des différents messages publicitaires, précisait le communiqué. Celui-ci donnait «par souci de transparence quelques exemples de coûts de production», mais sans ventilation. Les neuf exemples listés totalisaient près de deux millions.

D’autres cas ont été dévoilés par Radio-Canada lundi. On apprenait notamment qu’une dépense de 27 000$ a été faite pour associer les comédiens (et influenceurs) Sarah-Jeanne Labrosse et Pier-Luc Funk à la campagne du gouvernement. Une autre, de 34 500$, a servi à la production d’une courte chanson par la rappeur Koriass.

Pas de détails

Mais là comme ailleurs, les dépenses ne sont pas détaillées. Quelle part a été versée en cachet? Quels honoraires ont été retenus par l’agence de publicité Cossette — qui a obtenu en mai un contrat gouvernemental de 15 millions par année pour s’occuper de la conception des messages liés à la pandémie? Le ministère n’a pas répondu mardi aux demandes de précision du Devoir.

«Déjà, au point de départ, le gouvernement a choisi une firme qui appartient à des intérêts étrangers», fait valoir Marwah Rizqy, en rappelant que Cossette a été vendue à une compagnie chinoise (en 2014), puis revendue à des Américains (en 2019). «Il y a une incohérence dans le message» qui fait la promotion de l’achat local, dit-elle.

«Ça soulève deux enjeux, estime le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon. Celui de la transparence, d’abord. Parce que l’information sort au compte-gouttes, et qu’il y a lieu de se demander si on va apprendre l’existence de contrats faramineux» qui n’apparaissent pas dans le compte-rendu volontaire de Québec.

Mais à son avis, il y a aussi une «forme de déception pour le grand public». «On était sur l’impression que les intervenants prenaient la parole dans un esprit de service public», note-t-il. «Personne n’a rien contre le fait de rémunérer du temps. Mais les gens seront déçus de voir l’ampleur des montants octroyés, qui cadrent mal avec l’impression que la société civile s’unissait.»

Sans plus de détails de la part du gouvernement, Marwah Rizqy soulève qu’il est impossible de juger de la pertinence des dépenses — quels sont les frais justifiables, en somme.

«Quand je vois 48 000 $ pour [des messages sur la persévérance scolaire avec le spécialiste Eugide Royer], j’aimerais comprendre de quoi on parle, dit-elle. Ce type de vidéo ne devrait pas coûter cher à produire: on ne parle pas de louer un musée avec le Cirque du Soleil, mais d’un homme devant une caméra dans une classe avec un peu d’éclairage.»