Ce n’est pas le temps d’aller dans le Sud, disent les chefs à l’unisson

Les passagers du vol 568 en partance de Québec vers la République dominicaine avaient le cœur léger, mardi.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Les passagers du vol 568 en partance de Québec vers la République dominicaine avaient le cœur léger, mardi.

Des centaines de Québécois se sont envolés pour une destination soleil mardi, sous les regards réprobateurs des chefs des quatre partis politiques présents à l’Assemblée nationale.

François Legault (Coalition avenir Québec), Dominique Anglade (Parti libéral du Québec), Manon Massé (Québec solidaire) et Paul St-Pierre Plamondon (Parti québécois) ont rappelé d’une seule voix mardi après-midi l’importance de respecter les règles sanitaires afin d’épargner le réseau de la santé d’une déferlante de patients atteints de la COVID-19.

Au même moment, les passagers du vol 568 en partance de Québec volaient le cœur léger vers la République dominicaine.

Les quelques voyageurs qui ont accepté d’échanger avec Le Devoir avant leur départ ont dit ne pas craindre de contracter la COVID-19 dans les Caraïbes. « Tant qu’à ne rien faire ici, aussi bien ne rien faire là-bas. Il n’y a pas de différence », a affirmé Éric, sur le point de s’envoler vers un tout-inclus dominicain avec sa femme et ses trois enfants. « Nous, de toute façon, on est dans une vie très active. On va au Costco toutes les semaines, on travaille, donc on s’est dit : notre risque n’est pas plus grand là-bas qu’ici », a renchéri sa conjointe, devant une borne d’enregistrement libre-service.

Un autre voyageur croisé par Le Devoir à l’intérieur de l’aéroport Jean-Lesage de Québec a fait valoir que « pogner [la COVID-19] icitte ou [la] pogner là-bas… ça revient pas mal au même, hein ».

La COVID-19 a jusqu’ici fait près de 3000 morts en République dominicaine. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis ont attribué au pays partageant l’île d’Hispaniola avec Haïti la cote de risque la plus élevée (4). « Les voyageurs doivent éviter tout voyage en République dominicaine », font-ils valoir.

François Legault a indiqué mardi que les milliers de Québécois qui se sont envolés, en pleine pandémie, pour une destination soleil se verront imposer des « mesures très sévères » de suivi de « leur quarantaine » à leur retour.

D’ailleurs, le Québec est disposé à épauler Ottawa afin d’assurer le respect de la quarantaine de 14 jours, a fait remarquer le premier ministre. « On se rappelle tous ce qu’on a vécu au début du mois de mars avec le retour du congé scolaire. Donc, on ne voudrait pas que ça se répète », a-t-il déclaré, tout en répétant qu’Ottawa — pas Québec — a l’autorité d’interdire les voyages d’agrément à l’extérieur des frontières canadiennes. « Aller dans un tout-inclus à Punta Cana ou à Cancún avec des buffets, puis des gens qui sont près les uns des autres, ce n’est sûrement pas souhaitable. On peut imaginer que, dans certains cas, c’est possible de respecter les consignes, mais disons que c’est tentant ou peut-être incitatif à ne pas respecter les consignes. Donc, ce n’est pas idéal. Et on ne le suggère pas », a-t-il ajouté.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, a affirmé de son côté que 179 agents de la Santé publique étaient déployés dans les principaux points d’entrée au pays pour rappeler aux arrivants les obligations de confinement. « Nous avons 100 téléphonistes qui font des appels auprès des gens revenant de voyage pour vérifier le respect de la quarantaine. […] IIs font 4300 appels par jour en personne et 3500 appels automatisés », a-t-il détaillé.

À l’instar des autres voyageurs interpellés par Le Devoir à l’aéroport Jean-Lesage, Christian Talbot s’est dit prêt à s’isoler à la maison à son retour. « On a un formulaire à remplir tous les jours, on va faire notre quarantaine », a dit l’habitué de la République dominicaine, accompagné de sa conjointe sur le point de vivre son « baptême » du Sud.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a dit « trouve [r] ça dur en tabarnouche » de voir des Québécois baisser la garde face à la COVID-19 sous le soleil des tropiques. « Il y a une poignée de monde seulement qui sont capable de se payer ça et, d’un autre bout, on ne peut même pas traverser une région, ici, même au Québec, je trouve ça difficile », a-t-elle affirmé mardi.

Démonstration d’unité

La suspension des travaux parlementaires a sonné une « espèce de trêve du temps des Fêtes », durant laquelle le premier ministre renseigne périodiquement les chefs des partis d’opposition sur la situation de la COVID-19. « C’est important qu’on soit ensemble, qu’on soit unis, pour carrément sauver notre réseau de la santé. […] On mène la bataille ensemble », a-t-il soutenu.

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, voit dans ces rencontres hebdomadaires organisées durant la relâche parlementaire des « exercices définitivement utiles » où les partis d’opposition posent leurs « questions » et présentent leurs « propositions » au gouvernement — un « substitut à la démocratie », quoi !

La cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, Dominique Anglade, a invité les Québécois à « garder confiance » et à « encore une fois, se serrer les coudes ».

Mme Massé a dit s’être affichée au côté du premier ministre, non pas parce qu’elle est « docile » ou « obéissante », mais plutôt « par solidarité » pour les travailleurs de la santé. « Si notre système craque […], ça va être vraiment dramatique », a-t-elle souligné.

Pas moins de 2183 nouvelles personnes positives à la COVID-19 ont été recensées au Québec en une journée. Il s’agit d’un « record », a fait remarquer M. Legault, le ton grave, mardi. À ses yeux, le nombre de personnes hospitalisées demeure toutefois « le chiffre le plus inquiétant » : 1055 personnes sont hospitalisées, dont 137 aux soins intensifs, alors que plus de 7000 travailleurs de la santé se trouvent en congé de maladie, selon les plus récentes données du ministère de la Santé.

À l’approche de Noël, le chef du gouvernement a réitéré son appel au sens des responsabilités des Québécois afin de freiner la progression de la COVID-19 durant la période des Fêtes — et non de l’accélérer. « Ce n’est pas le temps de trouver un truc pour [contourner les règles sanitaires et] ne pas se faire pogner. […] Ce n’est pas le temps de faire le party. […] Ce n’est pas le temps non plus — même si c’est permis — d’aller dans le Sud », a-t-il fait valoir. « C’est le temps d’être responsable. »

Avec Hélène Buzzetti

Des milliers de passagers arrivés de Grande-Bretagne

Environ 3753 passagers ont cherché à entrer au Canada après un vol direct en provenance du Royaume-Uni entre le 14 et le 20 décembre, soit juste avant la détection d’un variant du coronavirus (SRAS-CoV-2), dont la transmission serait de 40 % à 70 % plus importante, estime l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). Environ 1410 des 3753 passagers étaient des ressortissants étrangers, tandis que les autres étaient des citoyens canadiens ou des résidents permanents, précise l’ASFC. Par ailleurs, 312 passagers ayant commencé leur voyage au Royaume-Uni ont cherché à entrer au Canada à partir d’un autre pays d’Europe, et ce, toujours entre le 14 et le 20 décembre, ajoute-t-elle.

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4 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 23 décembre 2020 07 h 47

    Pendant que ça va mal au Québec, on invite l'opposition à partager les problèmes, afin d'en minimiser les retombées!

    Non pas que je mets en doute les messages livrés par les chefs de parti, c'est plutôt le manque de transparence du gouvernement de la CAQ qui n'a fait la place aux oppositions dés le début de la pandémie. Ainsi, nous aurions vite compris que le nombre de masques étaient insuffisants, sans que le Docteur Horacio Arruda joue la comédie pour protéger François Legaut qui s'est vite approprié le rôle d'un meneur tout azimut. Nul doute que le manque de transparence n'a pas aidé et que les Québécois s'en sont rendus compte! L'excès de paternalisme de François Legault ayant attend ses limites, comme pour la pandémie, la cote de prospérité tombera bien et cela s'explique facilement.
    Une forte proportion de Québécois vivent comme des apatrides désabusés d'un système qui ne leur convient pas mais qui sont bien car ici ils profitent d'avantages qu'ils n'auraient pas ailleurs. Coupez leur un lien avec l'extérieur et ils fuieront, peu importe les conséquences. Le patriotisme québécois ou la fierté d'être québècois passe après l'internanionalisme avec les conséquences que cela entraîne! À qui la faute, si ce n'est la majorité silencieuse, plus ou moins amorphe, qui se laisse guider, puisque rien ne les intéresse et des promesses futiles du gouvernement ils en ont que faire!
    François Legault récolte ce qu'il a semé depuis son mandat! Le chef d'entreprise n'a pas le contrôle de la situation et il ne l'aura jamais, tant que le Quéebec est sous le joug d'Ottawa! L'appel d'au secoiurs auprès de l'opposition c'est bien, mais trop tard et la division au sein de la population montre combien le manque d'un projet centralisateur nuit à l'avenir de notre société! Lla fierté a foutu le camp depuis que la CAQ est là! Vivement qu'un changemement s'opère sous le signe de l'union sans compromettre la langue et la culture françaises!
    Comme tous les citoyens n'ont pas les mêmes objectifs dans la vie et qu'il aurait été plus prudent d'interdire tout déplacement avant, par Ottawa bien sûr!

  • Thierry Ponette - Abonné 23 décembre 2020 09 h 12

    Aller au Sud

    Dans votre article du 23 décembre vous parler des touristes qui partent dans un tout inclu ( Punta Cana) pour un bref temps. Il y a aussi des voyageurs qui partent vers d’autres destination du Sud dans leur propre appartement et cela pour plusieurs mois. Ce n’est pas du tout la même situation. En somme j’estime que dans le dernier cas ( propre appartement) c’est comme rester chez soit au Québec.
    Thierry Ponette

  • Denis Carrier - Abonné 23 décembre 2020 09 h 39

    Moi, je reste chez moi

    Je viens d'accrocher mon calendrier 2021. Vous ne croirez peut-être pas, mais il y a aussi un 25 décembre en 2021!
    Alors, je garde mes déplacements pour CE 25 décembre. En attendant, j'invite mes proches ... à rester chez eux et à faire un zoom avec moi.

  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 23 décembre 2020 09 h 52

    La cohérence!

    Si les gouvernements veut vraiment que la population suive les règles, la base est la cohérence!
    Quant on sait que les pandémies arrivent par les voyageurs et que les gouvernements laissent les gens voyager (ils déconseillent simplement), j'y vois une incohérence.
    Quant les autorités n'interviennent pas ou ne donnent aucune amende à certaines communautés religieuses qui se rassemblent ou traversent la frontière librement, j'y vois une incohérence. (Ici mon reproche est envers les autorités).
    Plutôt que d'interdire les voyages, le gouvernement va investir des sommes supplémentaires pour essayer de limiter les dégâts à leur retour (de même qu'ils payent pour les tests de dépistage au départ). Ici, j'y vois encore une incohérence.
    Les gens n'ont pas le droit de se rassembler mais ils peuvent louer de très gros chalets...pourquoi ne pas interdire ce type de location...encore une incohérence.
    L'incohérence soulève la colère des gens et les gens en colère seront portés à défier les règles. Les gens se diront "pourquoi moi, je suivrais les règles alors d'autres font ce qu'ils veulent sans réelles conséquences"?