Le député Harold LeBel arrêté pour agression sexuelle

Le Parti québécois (PQ) est abasourdi après l’arrestation de l’un des siens mardi. Le député Harold LeBel fait l’objet d’une plainte pour agression sexuelle. Il devra comparaître au palais de justice de Rimouski en janvier.

L’élu a immédiatement été exclu du caucus péquiste, et ce, pour la durée de l’enquête, a indiqué le chef de la formation, Paul St-Pierre Plamondon. « Je prends très au sérieux les allégations qui ont mené à l’arrestation d’Harold LeBel, a-t-il dit lors d’un bref point de presse à Montréal.  Nous sommes évidemment sous le choc ce matin. Les raisons évoquées au soutien de son arrestation sont très graves. »

M. St-Pierre Plamondon a indiqué que « les violences sexuelles, toutes, doivent être combattues avec force. Personne n’est au-dessus de la loi ».

Le chef a mentionné que le PQ offrira sa pleine collaboration à l’enquête. Il a affirmé ne pas avoir plus d’informations que ce qui circulait dans les médias. Il ne pouvait ainsi dire si la présumée victime était membre de sa formation politique. Une ordonnance de non-publication émise par la cour nous empêche d’identifier celle-ci.

Celui qui était chef du Parti québécois en octobre 2017, Jean-François Lisée, a pour sa part soutenu ne jamais avoir eu vent d’allégations concernant Harold LeBel. « Rien du tout », a-t-il indiqué au Devoir. Carole Poirier, qui était whip au moment des faits allégués, a refusé de dire si elle avait été avisée de quoi que ce soit. « Pas de commentaires », a-t-elle simplement répondu. L’ex-chef parlementaire Pascal Bérubé a aussi choisi de ne pas s’exprimer sur cette affaire.

Le député de Rimouski n’a pas répondu à nos messages mardi. Il a été interrogé par les policiers de la Sûreté du Québec mardi matin, puis a été libéré avec promesse de comparaître. Il doit être de retour en cour le 11 janvier 2021 pour répondre à une accusation d’agression sexuelle.

Accompagnement des victimes

Son arrestation est survenue quelques heures avant le dévoilement du rapport du Comité d’experts pour l’accompagnement des victimes d’agression sexuelle et de violence conjugale. L’exercice non partisan a réuni des députées de chacun des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale.

« C’est sûr que d’un point de vue personnel, je suis sous le choc », a réagi la députée péquiste Véronique Hivon lors de la conférence de presse sur les conclusions de ce rapport intitulé Rebâtir la confiance.

« Mais j’espère que les événements de ce matin en lien avec ce qu’on dépose et ce qu’on propose aujourd’hui vont être porteurs d’espoir. […] J’espère qu’à travers ce qui se passe aujourd’hui, les victimes vont voir qu’il n’y a absolument personne qui est au-dessus des lois, que ce phénomène-là, il est très présent, trop présent dans notre société, qu’il faut le combattre avec toutes nos énergies, peu importe qui est en cause. »

Elle a affirmé n’avoir jamais eu vent de quelque geste déplacé que ce soit de la part d’Harold LeBel dans le cadre de son travail à l’Assemblée nationale.

« Ça prend énormément de courage pour dénoncer, a souligné la députée de Québec solidaire Christine Labrie.  La politique n’est pas exempte de violence sexuelle. Il n’y a aucun milieu qui est à l’abri de ça. »

« Je suis avec la victime présentement, a commenté à son tour la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest. L’objectif de ce rapport, c’est de rebâtir la confiance, donc de faire en sorte que les victimes vont vouloir dénoncer, vont avoir le sentiment qu’elles seront écoutées, qu’elles seront entendues et qu’elles seront soutenues, alors évidemment, c’est là que mes pensées sont dirigées. »

Le rapport du comité d’experts formule 190 recommandations pour améliorer l’accompagnement des femmes qui osent porter plainte à la police pour des violences sexuelles ou conjugales. Il propose notamment que toutes les plaintes faites à la police soient envoyées systématiquement au Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Pas le premier élu

Reconnu pour son amabilité, Harold LeBel est l’un des parlementaires les plus appréciés à l’Assemblée nationale. Il était l’un des intervenants principaux de la série documentaire Nos élus récemment diffusée à Télé-Québec, qui suivait différents parlementaires dans leur travail. En réaction à son arrestation, le diffuseur a annoncé mardi qu’il retirait les quatre épisodes de sa plateforme vidéo. La diffusion de la série était terminée et aucune rediffusion n’était prévue.

M. LeBel est l’un des militants de la première heure au PQ. Il a été élu pour la première fois en 2014 après avoir occupé plusieurs postes de conseiller politique et de directeur de cabinet durant une vingtaine d’années.

Il pourra continuer à siéger comme député indépendant puisque la « Loi sur l’Assemblée nationale ne contient pas de disposition particulière applicable lorsqu’un député est arrêté », a confirmé la porte-parole de l’institution, Julie Champagne. Seuls les députés condamnés à une peine d’emprisonnement de plus de deux ans pour un acte criminel perdent leur siège dans ce genre de situation.

Harold LeBel n’est pas le premier élu de l’Assemblée nationale à faire l’objet d’allégations de nature sexuelle. L’ex-élu libéral Gerry Sklavounos avait fait face à des allégations d’agression sexuelle en 2016 ; il n’a jamais été accusé. L’ex-libéral Jacques Chagnon a lui aussi dû se défendre d’allégations à son endroit — qu’il nie catégoriquement. Yves St-Denis, lui aussi un ex-élu libéral, a quant à lui été formellement accusé d’agression sexuelle en 2018. Il a été reconnu coupable l’année suivante et a été inscrit au registre des délinquants sexuels pour une vingtaine d’années. L’ex-élu libéral Pierre Paradis a aussi fait l’objet d’une enquête criminelle en 2017 en raison d’allégations de nature sexuelle le visant. Aucune accusation n’a été portée contre lui.

En juillet dernier, l’ex-chef du Parti québécois André Boisclair a plaidé non coupable à deux chefs d’accusation d’agression sexuelle, dont l’une armée. Les actes qu’on lui reproche auraient été commis le 8 janvier 2014, alors qu’il ne faisait plus partie du monde politique.

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