Québec désignera un ministre responsable de la Lutte contre le racisme

L’équipe de François Legault se donne moins de deux ans pour mettre en œuvre les 25 actions préconisées par le Groupe d’action contre le racisme (GACR).

Un nouveau ministre responsable de la Lutte contre le racisme s’en assurera. « Ça va être son travail de taper sur les doigts de ceux qui ne font pas leur travail », a fait remarquer la coprésidente du GACR, Nadine Girault, lundi après-midi.

La ministre des Relations internationales et de l’Immigration s’est dite convaincue que le gouvernement fera une « vraie différence pour les minorités visibles et les Autochtones » d’ici la fin de la législature, à l’automne 2022. « Notre approche est claire, pas de victimisation, pas de banalisation, ce qu’on vous présente aujourd’hui, c’est de l’action qui vise des résultats », a-t-elle fait valoir.

Le rapport du GACR, rédigé par sept élus caquistes, renferme 25 actions, c’est-à-dire 13 « mesures fortes pour [bâtir] une société sans racisme » et 12 « actions convaincantes pour répondre aux réalités autochtones ».

Le gouvernement entend interdire les interpellations aléatoires dans le code de déontologie des policiers du Québec, ce qui mettra fin aux cas de discrimination policière, selon lui. « Il faudra un motif clair de la part des forces de l’ordre et [qu’elles en informent] le citoyen au moment de l’interpellation », a expliqué le coprésident du GACR, Lionel Carmant.

Le gouvernement pressera aussi les corps de police d’embaucher des intervenants en services sociaux, afin de mettre sur pied des équipes de patrouille mixtes — comme le coroner Luc Malouin l’a recommandé dans la foulée de la mort d’Alain Magloire, en crise, sous les balles d’un policier, en février 2014. « [Cela] permettra la désescalade de plusieurs situations basées sur des perceptions ou des préjugés envers l’autre », a soutenu M. Carmant, avant de rappeler la « triste fin » de M. Magloire il y a près de sept ans. « Québécois d’origine haïtienne comme moi. Chercheur comme moi. Un homme dévoué à la cause des personnes en situation de handicap comme moi. »

Le GACR propose également l’ajout d’un programme de formation continue sur la question de la discrimination, du racisme et du profilage pour les policiers, mais aussi pour les agents des services correctionnels et les préposés au service d’ordre. Le projet « Immersion » du Service de police de la Ville de Longueuil, qui consiste à plonger des policiers dans des réalités qu’ils méconnaissent, apparaît « particulièrement efficace » aux yeux du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux.

Le GACR invite le gouvernement québécois à combattre le racisme dans l’accès à l’emploi et d’intensifier la lutte contre toute discrimination en matière d’habitation en facilitant le processus de plainte, entre autres choses.

Éducation

Le gouvernement veut miser sur l’éducation des jeunes pour faire battre en retraite le racisme. La révision en cours du programme Éthique et culture religieuse est l’occasion de mettre en lumière les réalités vécues par les minorités visibles et de mieux informer les élèves sur les questions de racisme et de discrimination, fait valoir le GACR dans son rapport. « Intervenir chez les jeunes est un domaine privilégié pour changer les choses parce que nous voulons bâtir au Québec une citoyenneté commune fondée sur l’ouverture », a souligné M. Carmant.

Une campagne nationale de sensibilisation sur les différents aspects du racisme et de la discrimination sera parallèlement lancée « pour s’attaquer à certains comportements individuels et limiter les maladresses blessantes et réduire l’incompréhension », a poursuivi sa consœur, Nadine Girault.

Afin de faire tomber les préjugés à l’égard des membres des Premières Nations et des Inuits, le gouvernement entend « assurer la sécurité culturelle des Autochtones au sein des services publics, mettre fin aux cas de discrimination policière, améliorer l’accès à la justice, améliorer les conditions de logement des Autochtones », tout en voulant « mieux faire connaître à tous les Québécois l’histoire, les cultures, l’héritage et la situation actuelle » des Autochtones. « Il n’y a pas de grand et de petit racisme », a souligné le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, en disant faire siens les appels à l’action de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (2019) et de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec (2019). « Les enfants doivent comprendre la complexité de l’histoire coloniale, mais aussi du patrimoine autochtone. Cela, c’est porteur de respect, porteur d’avenir, porteur d’espoir », a-t-il ajouté.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, craint que la « série de mesures » annoncées par le GACR lundi soit « sans effet durable si l’on ne s’attaque pas à démystifier les causes profondes du racisme et de la discrimination ».

Fin du « débat sémantique » ?

Les membres du GACR espèrent que le plan en 25 actions saura clore le « débat sémantique » sur la présence de racisme systémique au Québec — qu’ils se sont abstenus de reconnaître dans leur rapport de 55 pages. « Depuis plusieurs années, plusieurs consultations ont été menées, des rapports déposés, mais concrètement, rien n’a été fait, ce qui a entraîné un débat sémantique auquel nous souhaitons mettre un terme. Nous voulons unir et non diviser. Nous voulons aller au-delà du débat sémantique et débattre des solutions qui vont mettre fin au racisme sous toutes ses formes », a fait valoir le ministre délégué Lionel Carmant.

Rapidement, des dizaines d’organismes ont dénoncé l’absence de l’expression « racisme systémique » dans le rapport du GACR. « Ne pas reconnaître cet aspect du problème équivaut à ne pas comprendre les causes profondes du problème », croient-ils.

Le président de la Commission des droits de la personne, Philippe-André Tessier, a de son côté regretté « l’absence d’un cadre budgétaire pour la réalisation des 25 actions annoncées et d’une politique nationale [de lutte contre le racisme et la discrimination systémiques] ». L’« exercice » du GACR est, selon lui, « incomplet ».

 

À voir en vidéo

2 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 15 décembre 2020 05 h 44

    La gigue

    Pas de racisme systémique. Aurait fallu démontrer s'il y avait apartheid au Québec, comme le laisse entendre on sait qui ici. Pas de racisme systémique. La on sait qui ici va giguer en mangeant ses bas dans son safe space.

  • Léonce Naud - Abonné 15 décembre 2020 06 h 24

    Au Québec, une société déjà métisse

    La meilleure politique de lutte contre le racisme qu’un État peut adopter est précisément de ne tenir compte des «races» en aucune manière. Encourager les gens à vivre ensemble sans accorder d'importance à leurs différences, y compris en s’aimant les uns les autres sans tenir compte de la barrière Fédérale des soi-disant «races». On voit alors d’un bon œil les mariages mixtes qui produisent des enfants ni blancs, ni noirs, ni jaunes, ni rouges, ni verts, mais où toutes ces différences humaines se voient diluées et ne se remarquent plus guère. De cette façon, les différentes ethnies et cultures sont forcées de tenir compte de celles qui leur sont différentes et à se mélanger entre elles.

    Selon le racisme de type anglo-saxon, les gens doivent demeurer prisonniers à l’intérieur de leurs ethnies respectives, ne jamais vraiment partager entre eux, encore moins s’aimer les uns les autres, toujours maintenir une distance «de nation à nation» et par-dessus tout, ne jamais avoir ensemble des enfants qui ne soient pas de race «pure». Bref, l’apartheid anglo-canadien dans toute sa splendeur.

    En réalité, la nation québécoise est déjà largement métisse. Pour ne prendre que cet exemple, selon l’Abénaki Guy O’Bomsawin, «le Québec pullule de centaines de milliers de citoyens d’origine autochtone officieusement hors réserves, comme en témoignent le fait de voir dans de nombreuses municipalités un nombre étonnant de gens qui ont franchement les traits et la couleur de peau qui caractérisent les Amérindiens...à tel point, d'ailleurs qu'on se croirait au coeur d'une collectivité autochtone!» (Le Devoir, 9 janvier 2020).

    Guy O'Bomsawin constate simplement un métissage Québécois que passent sous silence la plupart des «antiracistes», ces gens qui respirent de la race plutôt que de l'oxygène. Hervé Le Bras, démographe et historien français, a remarqué que «le racisme le plus profond, c’est celui qui refuse le métissage.»