Tour de vis en vue au Québec en début de semaine prochaine

En point de presse, vendredi, la cheffe libérale Dominique Anglade a dit croire «qu’on s’en va vers un confinement [général], malheureusement».
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En point de presse, vendredi, la cheffe libérale Dominique Anglade a dit croire «qu’on s’en va vers un confinement [général], malheureusement».

À moins d’une amélioration d’ici là, le premier ministre François Legault annoncera « en début de semaine » prochaine un resserrement des mesures sanitaires, a-t-il laissé entendre vendredi.

« On ne peut pas tolérer qu’elle [la situation] demeure au niveau où elle est là », a-t-il affirmé en marge de son bilan de fin de session parlementaire. « Si la situation reste comme ça, on va être obligé d’ajouter des restrictions, à moins que les Québécois se mettent à respecter davantage les mesures qui sont déjà en place. »

Le premier ministre a ensuite évoqué la possibilité d’allonger la période pendant laquelle les élèves seront absents des classes et les employés de certaines entreprises, en télétravail. « Est-ce qu’on veut faire quelque chose avec les entreprises et avec les écoles pour plus de semaines que ce qu’on a déjà annoncé ? » a-t-il demandé.

On est rendus à presque 900 personnes hospitalisées. Donc, il faut prendre des mesures.

 

À ses côtés, le ministre de la Santé a souligné que 120 hospitalisations s’étaient aussi ajoutées au bilan quotidien. « Ça, c’est dur pour un réseau de la santé. […] C’est ça, la grande préoccupation », a déclaré Christian Dubé.

« On est rendus à presque 900 personnes hospitalisées. Donc, il faut prendre des mesures », a renchéri M. Legault. Déjà, Québec a annoncé vendredi le passage en zone rouge de la quasi-totalité des Laurentides.

En point de presse peu de temps après, la cheffe libérale Dominique Anglade a dit croire « qu’on s’en va vers un confinement [général], malheureusement ». « Je pense qu’il y a des mesures que l’on pourrait mettre en place tout de suite, qui feraient en sorte qu’au moins, on commencerait à limiter davantage la propagation du virus », a-t-elle ajouté en évoquant l’utilisation de tests rapides. À son avis, ces mesures auraient pu raccourcir la durée d’un éventuel confinement.

Un ministre embarrassant

En présentant leurs bilans, les partis d’opposition n’ont pas manqué de souligner que les travaux parlementaires se terminaient comme ils avaient commencé : par une situation embarrassante impliquant le ministre de l’Économie.

Peu habitué aux mœurs politiques, Pierre Fitzgibbon avait qualifié, en août, les données de la Régie de l’assurance maladie du Québec de « mine d’or » pour attirer les compagnies pharmaceutiques. Il a aussi été mis à mal par deux rapports de la commissaire à l’éthique pour avoir contrevenu aux règles de l’Assemblée nationale sur les conflits d’intérêts.

À ce sujet, « la caution du premier ministre est inexplicable », a réagi Dominique Anglade. Elle a en outre attiré l’attention sur le « manque d’empathie » de M. Fitzgibbon, qui a suggéré à un investisseur floué du projet Nemaska d’« en revenir de votre mauvais investissement et [d’]arrêter de blâmer les autres plutôt que vous-même ».

« La session se termine comme elle a commencé, c’est-à-dire sur bourde éthique monumentale », n’a pas manqué de souligner le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. « On n’a jamais vu un ministre montrer autant de dédain pour les règles éthiques les plus fondamentales de notre vie politique », a-t-il ajouté.

« S’il choisit d’être politicien, il y a des règles qui s’appliquent à tout le monde ici, et ces règles-là, elles s’appliquent également à M. Fitzgibbon », a fait valoir le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

François Legault s’est dit prêt à tolérer que M. Fitzgibbon contrevienne au code d’éthique jusqu’à la fin de son mandat. L’élu possède des intérêts dans deux entreprises faisant affaire avec le gouvernement, mais il n’est pas en mesure de les vendre « à prix raisonnable », a fait valoir le chef du gouvernement. « Je ne peux pas demander quelque chose qui est impossible », a-t-il fait valoir. Le ministre de l’Économie a déjà affirmé avoir pris des mesures appropriées pour éviter de se placer en conflit d’intérêts.

Reste que ses écarts de conduite ont jeté de l’ombre sur les réalisations du gouvernement en fin de parcours. Le premier ministre s’est enorgueilli d’avoir adopté 16 projets de loi au cours des trois derniers mois. Parmi eux : le projet de loi 66, « qui va nous permettre d’accélérer 180 projets d’infrastructure », s’est-il réjoui.

Les travaux se sont terminés par l’adoption à la dernière minute du projet de loi 72, fort attendu par les restaurateurs en zone rouge. Il leur permet de livrer de l’alcool avec les commandes pour emporter, une façon pour eux de faire un peu plus d’argent alors que leurs salles à manger sont fermées.

Plus de transparence

Les partis d’opposition ont continué de réclamer davantage de transparence au sujet des décisions gouvernementales et exigé, une fois de plus, une enquête publique et indépendante sur la gestion de la pandémie. « L’objectif, ce n’est pas de trouver des coupables. L’objectif, c’est de trouver la meilleure manière de préparer ce qui est difficilement prévisible », a assuré Mme Anglade, avant de reconnaître que son propre parti n’étant pas exempt de reproches.

Le PQ voudrait quant à lui être en mesure de faire la différence entre les avis de la Santé publique et les décisions politiques, comme la fermeture des restaurants.

« Malheureusement, parce que le gouvernement s’entête à agir de manière opaque, on en vient toujours à la conclusion que c’est la faute de la Santé publique », a déploré Paul St-Pierre Plamondon.

« Ce qui, pour nous, est toujours, disons, difficile dans la réalité de la gestion de la crise, c’est qu’on est encore devant un gouvernement qui n’est pas transparent, a regretté à son tour la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. […] La transparence est l’outil premier d’une démocratie. »

Le premier ministre a accepté, vendredi, de tenir des rencontres hebdomadaires avec les partis d’opposition durant l’ajournement des travaux parlementaires. Il a néanmoins balayé du revers de la main les critiques au sujet de la transparence. Son discours et la réalité sont « complètement conformes », a-t-il attesté. « Il n’y a pas de contradiction. 

En données

Québec a annoncé vendredi 1713 nouvelles infections à la COVID-19 et 53 nouveaux décès attribuables à la pandémie. Six des 53 nouveaux décès ajoutés au bilan sont survenus dans les 24 dernières heures, 36 ont eu lieu entre le 4 et le 9 décembre, 10 datent d’avant le 4 décembre et un autre est survenu à une date inconnue.

La Presse canadienne


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