Québec défend sa décision de fermer les restaurants

Ce dernier a révélé mercredi, en commission parlementaire, que la Santé publique n’avait pas recommandé la fermeture des salles à manger pour limiter la propagation de la COVID-19, mais qu’elle était «confortable» avec la décision de Québec.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Ce dernier a révélé mercredi, en commission parlementaire, que la Santé publique n’avait pas recommandé la fermeture des salles à manger pour limiter la propagation de la COVID-19, mais qu’elle était «confortable» avec la décision de Québec.

Le gouvernement Legault a défendu jeudi sa décision d’imposer la fermeture des salles à manger des restaurants en zone rouge. La Santé publique ne recommandait pas d’aller aussi loin, mais la « prudence » l’imposait, selon Québec. Des explications qui n’ont pas calmé la grogne des restaurateurs, dont certains appelaient jeudi à une forme de « désobéissance civile ».

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a soutenu jeudi que Québec avait été transparent dans ce dossier. « On ne s’est pas gênés de le dire, qu’il y a des moments où on a décidé […] d’être plus prudents et d’aller peut-être au-delà des recommandations qui étaient faites » par le directeur national de santé publique, Horacio Arruda.

Ce dernier a révélé mercredi, en commission parlementaire, que la Santé publique n’avait pas recommandé la fermeture des salles à manger pour limiter la propagation de la COVID-19, mais qu’elle était « confortable » avec la décision de Québec.

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe auprès de plusieurs restaurateurs. Mais elle n’a pas surpris le vice-président aux affaires publiques de l’Association Restauration Québec (ARQ), François Meunier. « Je suis frustré, oui, mais pas étonné », a-t-il dit en relevant que le gouvernement avait donné plusieurs indices indiquant que la fermeture des restaurants, des musées ou des salles de spectacles relevait d’une décision politique.

Avant même que les restrictions n’entrent en vigueur dans les premières zones rouges, le 1er octobre, le premier ministre Legault avait ainsi indiqué que si Québec fermait des activités, « ce n’est pas nécessairement parce qu’il y a eu des éclosions. Mais ce qu’on essaie de faire, c’est de limiter les contacts ».

Le 5 novembre, il précisait que « depuis le début de la pandémie, on a toujours accepté les recommandations pour des restrictions de la part de la Santé publique [nationale]. Même, dans certains cas, on est allés plus loin que ce que suggérait la Santé publique ».

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le vice-président aux affaires publiques de l’ARQ, François Meunier

Reste qu’à une exception près — l’annulation des rassemblements durant les Fêtes —, Québec n’a jamais clairement indiqué sur quelles décisions la Santé publique et le gouvernement ont pu diverger, notait jeudi la professeure Mireille Lalancette, spécialiste de la communication politique.

« Moi, ça m’a surpris d’entendre le Dr Arruda dire ça. Parce que depuis le début, ils sont en conférence de presse ensemble, ils se complètent la parole, ils donnent l’impression de travailler main dans la main. Alors d’apprendre ça vient poser un doute sur plusieurs autres décisions », relève-t-elle.

« Les fois où on est allés plus loin que la recommandation de la Santé publique, je l’assume pleinement », s’est justifié Christian Dubé jeudi. « Où est-ce qu’on serait aujourd’hui si on n’avait pas fermé les bars et restaurants ? On est à 1842 cas [soit environ deux fois plus que le 1er octobre]. On a des hospitalisations qui sont en hausse [près de trois fois plus qu’à l’époque]. J’ai 33 ou 34 décès encore aujourd’hui. »

Désobéir

M. Dubé a aussi fait valoir que « la recommandation de la Santé publique, ce n’était pas de garder les restaurants ouverts. La recommandation, c’était : “Il faudrait peut-être considérer une bulle à part, faudrait réduire le nombre de personnes qui vont entrer, il faudrait augmenter la distanciation entre les personnes” », a-t-il dit.

Il a ensuite soutenu que « les restaurateurs, quand [le ministre de l’Économie, Pierre] Fitzgibbon leur parlait, savez-vous ce qu’ils disaient ? “Bien, tant qu’à ça, aussi bien nous fermer !” C’est ça, le détail qui n’est pas connu ».

Or, M. Fitzgibbon lui-même ne semblait pas au courant de ce « détail » jeudi matin. Son cabinet a précisé en journée que le ministre Dubé faisait probablement référence à une rencontre tenue entre « une association » et du personnel politique.

Chose certaine, cette association n’était pas l’ARQ, indique François Meunier. « Nous n’avons pas été consultés » avant le 1er octobre, a-t-il dit. « Et on a appris [mercredi] que la Santé publique proposait d’avoir une seule bulle. »

M. Meunier estime que « le gouvernement avait légitimement le droit de nous fermer pour faire passer son message. Sauf que c’est sa responsabilité maintenant d’être là pour nous soutenir : on a été sacrifiés, il faut être aidés [au-delà des programmes en place]. Sinon, on ne survivra pas. »

Et c’est dans ce contexte tendu que le propriétaire du restaurant Joe Beef, à Montréal, David McMillan, a lancé jeudi un appel à la « désobéissance civile » qui a trouvé écho auprès de plusieurs restaurateurs. Comment ? En les incitant à vendre une bouteille de vin sans qu’elle soit accompagnée de nourriture — ce qui n’est pas permis présentement.

La mesure vise notamment à mettre de la pression pour que soit adopté le projet de loi 72, qui prévoit une disposition permettant aux restaurateurs d’offrir la livraison d’alcool avec un repas, lorsque commandé par l’entremise d’applications comme UberEats ou DoorDash. Mais comme il s’agit d’un projet de loi omnibus sur les organismes de sécurité publique, tout indique que son adoption ne pourra se faire avant février, au mieux. Ce qui ajoute « à la détresse » ambiante, dit François Meunier.

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