L’Assemblée nationale dénonce à l’unanimité les conditions d’Ottawa en santé

Le gouvernement Trudeau souhaite imposer aux provinces des normes nationales quant à la qualité des soins prodigués dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée pour personnes âgées.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le gouvernement Trudeau souhaite imposer aux provinces des normes nationales quant à la qualité des soins prodigués dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée pour personnes âgées.

Les députés de l’Assemblée nationale ont adopté à l’unanimité mercredi une motion présentée par la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, pour rejeter la volonté du gouvernement Trudeau d’imposer des normes nationales dans les centres d’hébergement pour aînés.

La motion demande à Ottawa « de s’engager à ne pas imposer de normes canadiennes dans les CHSLD et les centres d’hébergement pour aînés et d’augmenter les transferts en santé à hauteur de 35 % des coûts du réseau. » Elle prend soin de rappeler qu’il s’agit d’un « champ de compétence exclusif au Québec ».

À Ottawa, les députés n’ont pas fait preuve de pareille unanimité. Ils ont endossé une motion du Bloc québécois qui réclamait du gouvernement fédéral qu’il augmente « de façon significative et durable » le transfert en santé, mais ont dû se passer de l’appui des libéraux.

Les troupes de Justin Trudeau ont en effet toutes voté contre cette motion, renforçant ainsi l’impression que les premiers ministres provinciaux risquent de repartir bredouilles de leur rencontre avec leur homologue fédéral la semaine prochaine. Les provinces réclament une hausse immédiate du transfert fédéral pour la santé de 67 % (ou 28 milliards de dollars) et une hausse annuelle par la suite de 6 %. Cela représenterait 6 milliards $ supplémentaires par année au Québec. À l’heure actuelle, le transfert augmente plutôt de 3 % chaque année.

C’est la première fois que les troupes conservatrices d’Erin O’Toole s’affichent clairement en faveur d’une hausse du transfert fédéral en santé. Ce sont les conservateurs de Stephen Harper qui avaient réduit le taux de croissance du transfert à 3 %. Et jusqu’à présent, M. O’Toole avait seulement pris l’engagement de ne pas se montrer « paternaliste » envers les provinces en leur dictant des conditions d’utilisation de l’argent fédéral.

Cette position risque de plaire à Québec puisque la veille, le premier ministre François Legault, le ministre des Finances, Eric Girard, et l’ensemble des partis d’opposition avaient dénoncé les velléités du gouvernement Trudeau.

« Je ne vois vraiment pas ce que le fédéral connaît là-dedans puis ferait là-dedans », avait affirmé M. Legault en conférence de presse.

« Je pense qu’il va falloir être absolument vigilant sur la question des champs de compétence des provinces », avait réagi la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade.

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, y a plutôt vu l’échec du fédéralisme canadien. « La CAQ serait d’accord avec le Parti québécois sur le fait que ce n’est pas normal que le Canada empiète sur les droits des provinces, puis que le Canada ne nous renvoie pas notre argent, qui nous appartient, en matière de santé, avait-il dit. Mais la différence entre le Parti québécois puis la CAQ, c’est que la CAQ n’arrête pas de nous répéter que le fédéralisme canadien fonctionne. »

Québec solidaire s’était pour sa part inquiété de voir le gouvernement Legault compter autant sur l’argent du fédéral en santé. « On vit dans un monde caquiste, un monde de licornes », avait affirmé la co-porte-parole du parti, Manon Massé. Québec solidaire craint « le retour au cauchemar de l’austérité » qui ferait payer les employés du secteur publics et les citoyens.

Lors de sa récente mise à jour économique, Ottawa a couché sur papier son intention d’instaurer des normes nationales aux résidences pour personnes âgées qui s’accompagneraient d’un chèque d’un milliard de dollars, répartis sur deux ans. Cette somme servirait notamment à améliorer les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires.