François Legault se donne jusqu’au 11 décembre pour résilier le «contrat moral»

Le premier ministre François Legault se garde la possibilité de résilier le « contrat moral » des Fêtes au plus tard le 11 décembre prochain si le nombre de personnes hospitalisées après avoir été infectées par le coronavirus continue de croître.

Il se donne 10 jours pour décider s’il maintiendra ou retirera la permission de participer à un ou deux rassemblements de 10 personnes ou moins durant une période de quatre jours — les 24, 25, 26 et 27 décembre —, a-t-il annoncé mardi. « Je veux être transparent, puis je veux dire la vérité aux Québécois. Actuellement, on ne va pas dans la bonne direction. Le nombre d’hospitalisations, s’il continue à augmenter comme on le voit actuellement, malheureusement, ça ne sera pas possible d’avoir les deux rassemblements à Noël », a-t-il averti en conférence de presse.

M. Legault promet de dire aux Québécois s’ils doivent annuler leurs plans pour la période des Fêtes au plus tard le 11 décembre prochain, soit la dernière journée de travaux parlementaires prévue au calendrier 2020 de l’Assemblée nationale. Il a indiqué mardi ne pas avoir « pour l’instant […] regardé de scénario alternatif » selon lequel, par exemple, un seul rassemblement d’une poignée de personnes pourrait être permis dans les zones vertes, jaunes et orange, mais pas dans les zones rouges.

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, s’est dit à l’aise avec l’échéancier fixé par le gouvernement caquiste. « Comme le disait le premier ministre, [on va] en arriver à une décision le 11 [décembre]. Mais, actuellement, je n’ai pas le signal de mes experts […] de prendre une décision immédiatement », a-t-il dit mardi.

Actuellement, on ne va pas dans la bonne direction

À l’instar du premier ministre, le Dr Arruda s’est abstenu de mentionner le seuil d’hospitalisations ou de nouveaux cas quotidiens au-dessus duquel la Santé publique ne pourrait cautionner la tenue de rassemblements privés durant la période des Fêtes. « Quand on donne des chiffres […] c’est toujours dangereux. Parce qu’on pourrait être à 1100 [nouveaux cas par jour] avec des hospitalisations contrôlées, une capacité d’enquêter, puis on est corrects. Puis, on peut être à 900 [nouveaux cas par jour], par exemple, avec beaucoup d’impacts sur les hôpitaux, etc. Ça fait que le nombre d’hospitalisations va dépendre de la balance des délestages… ou pas de délestage, des capacités de recevoir un flux de patients supplémentaires, qui pourrait arriver en peu de temps… », a-t-il expliqué à la presse.

Fatigue dans le réseau

Le réseau de la santé québécois subit actuellement les assauts d’un « virus très coriace », a déclaré François Legault. Pas moins de 719 personnes déclarées positives à la COVID-19 sont hospitalisées — dont 98 aux soins intensifs —, rapportait le gouvernement québécois mardi.

En revanche, pas moins de 6542 professionnels de la santé sont en ce moment en congé de maladie ou en retrait préventif. Parmi ceux-ci, 1310 ont été déclarés positifs à la COVID-19. « Il faut bien le dire, après neuf mois, on a beaucoup de gens dans le réseau de la santé qui sont fatigués », a mentionné le chef du gouvernement.

Des hôpitaux sont « sur le bord d’atteindre la limite où il faudra délester plus d’activités » pour prendre en charge d’autres patients atteints de la COVID-19, a-t-il fait remarquer.

À l’approche de la période des Fêtes, le ministre de la Santé, Christian Dubé, craint de devoir suspendre davantage d’activités médicales dans des centres hospitaliers afin de libérer et de rediriger des professionnels vers les résidences privées pour aînés (RPA), où la COVID-19 fait des siennes. Les CISSS et les CIUSSS aux quatre coins du Québec sont confrontés à un dilemme : délester des activités et dépêcher des infirmières en renfort dans une RPA après une éclosion de cas même si, « en théorie, cette responsabilité relève des propriétaires et non du ministère » ou encore « laisser une RPA en difficulté » — ce qui serait irresponsable. « Le choix qu’on a n’est pas vraiment un choix : […] on va être obligés de délester [des activités] parce qu’il faut aller sauver des vies dans des RPA », a spécifié M. Dubé, précisant au passage que « le délestage a été minime » depuis le début de la seconde vague, dans la mesure où 80 % des activités, y compris les chirurgies, ont été maintenues dans le réseau.

Du 24 au 30 novembre dernier, le ministère de la Santé a recensé 49 décès dans ces établissements privés comparativement à 48 décès dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). « Dans les résidences privées pour aînés, les personnes ont plus d’autonomie. Donc, il y a beaucoup de gens qui entrent et sortent ; pas seulement le personnel, mais les résidents », a expliqué M. Legault. Il a demandé à la fois au personnel et aux résidents de respecter les règles de distanciation sociale, à commencer dans les espaces communs qui sont « très propices au développement d’éclosions » de COVID-19. « Donc, très, très, très important, dans les RPA, de faire attention ! »

Arruda appelé à s’expliquer

Par ailleurs, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, s’est dit prêt à répondre aux questions des élus de l’Assemblée nationale sur la gestion de la pandémie. « En tant qu’homme qui est là pour la population du Québec, si on me demande de me présenter, je vais, bien entendu, comme chaque fois [où on me l’a] demandé, me présenter », a-t-il dit en conférence de presse. La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, souhaite l’entendre en commission parlementaire afin de tirer au clair « comment se prennent les décisions au comité restreint du premier ministre », notamment en vue de la période des Fêtes.

François Legault s’est dit ouvert à ce que le Dr Arruda se prête à l’exercice. « On n’a rien à cacher », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : il suffit de trouver « le meilleur moment pour faire ça » dans l’horaire chargé du Dr Arruda.

Enfin, le chef du gouvernement a demandé mardi aux Québécois de jouer de « prudence » durant leur magasinage à l’approche de Noël, en gardant une distance de deux mètres avec toute autre personne et en portant le masque en tout temps. « On essaie de savoir ce qu’on veut avoir, on va l’acheter, puis on sort. On n’est pas là pour faire des grosses jasettes avec le voisin qu’on n’a pas vu depuis deux mois », a-t-il précisé.

En données

Québec signale mardi 1177 nouveaux cas de COVID-19 dans la province, de même qu’une hausse des décès et des hospitalisations. 28 nouveaux décès ont été rapportés: 3 survenus dans les 24 dernières heures, 22 entre le 24 et le 29 novembre, un avant le 24 novembre et 2 à une date inconnue. On dénombre donc 143 548 personnes infectées et 7084 décès au Québec depuis le début de la pandémie. 

La Presse canadienne
 



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