Financement des garderies contesté - Les éducatrices en milieu familial emboîtent le pas aux garderies privées

Après les garderies privées, c'est maintenant au tour des éducatrices en milieu familial de fulminer contre le gouvernement.

Ces dernières déplorent que leur enveloppe budgétaire n'ait pas été indexée au coût de la vie, contrairement aux années antérieures, ce qui représente un manque à gagner d'environ 50 cents par jour et par enfant. C'est parce que le gouvernement attend de conclure les négociations avec les syndicats avant de leur octroyer l'indexation attendue.

«C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. On nous a empêchées de nous syndiquer, mais on nous dit d'attendre que les syndiqués obtiennent leur augmentation pour avoir notre dû, cela ne marche plus. C'est inacceptable. On nous niaise», s'exclame la directrice générale de l'Association des éducatrices en milieu familial (AEMF), Nathalie D'Amours, dont les membres gagnent en moyenne 15 000 $ par année. Elle souligne que les éducatrices en milieu familial ne reçoivent du gouvernement que 17 $ par jour pour les frais de garde et 7 $ des parents, n'ayant pas droit à des subventions pour leurs frais généraux.

Son association, qui représente le quart des 12 000 responsables de services de garde (RSG) en milieu familial, avait appuyé la loi 8 adoptée en décembre dernier, qui leur a accordé le statut de travailleuse autonome, ce qui équivalait à leur retirer le droit à la syndicalisation. «Que ce soit la rémunération en tant qu'honoraires pour les contractuelles ou en salaire pour les salariées, tout cela ne fait pas partie de ces règles budgétaires, parce que l'enveloppe globale n'a pas été finalisée, compte tenu de la négociation [avec les syndicats représentant les éducatrices des centres de la petite enfance]», explique la ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance, Carole Théberge.

«C'est la preuve que la loi 8 dépouille les gens de la capacité de négocier», affirme pour sa part la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance (FIPEQ-CSQ), Sylvie Tonnelier.

Flouées

Les RSG se sentent flouées, ayant l'impression que le gouvernement n'est pas prêt à négocier des améliorations de leurs conditions d'exercice, contrairement à ce qu'il a laissé entendre lors de l'adoption de la loi 8. «Quand on a abordé la question au comité de suivi avec le sous-ministre, Pierre Lamarche a eu le culot de dire: "Si vous prenez une orientation intransigeante, il sera difficile pour moi de parler pour vous auprès de la ministre"», a relaté Mme D'Amours. L'association des garderies privées avait rapporté des propos similaires la semaine dernière. «Je n'étais pas là, je ne peux pas vous dire si cela s'est fait», a répondu la ministre, qui n'endosse pas une telle attitude.

L'AEMF dénonce le contrôle tatillon exercé par certains CPE sur les services de garde en milieu familial, pour lequel ils reçoivent 41 millions par année. «C'est comme s'il y avait 963 lois et règlements différents. Il y a des abus de contrôle. [...] À 4000 $ la visite, cela fait beaucoup d'argent», fait valoir Mme D'Amours, qui suggère une formule d'encadrement sur une base régionale qui ramènerait cette somme à 10 millions. «On a l'impression de s'être fait mener en bateau. On a osé croire que le gouvernement serait assez mature pour reconnaître le phénomène du travail autonome. On vit une grande désillusion», ajoute Mme D'Amours.

La ministre souligne que le gouvernement a déjà adopté un règlement permettant aux RSG de se faire remplacer en cas d'absence. «On voudrait toujours aller plus vite. Mais quand on touche à des lois et des règlements, il y a des calendriers qu'il faut respecter», affirme Carole Théberge, invitant l'association à continuer de siéger aux comités de travail.

L'AEMF reproche également au gouvernement de ne pas financer ses activités au même titre que les associations de CPE. «On nous dit: "On veut bien négocier avec vous, si vous le faites bénévolement"», dénonce Mme D'Amours. La ministre rétorque que la question fait toujours l'objet de discussions.

Mme Théberge ne prend par ailleurs pas très au sérieux les menaces de certaines garderies privées de se retirer du programme de places à 7 $, plusieurs dizaines d'entre elles ayant postulé pour développer les 12 000 nouvelles places. «Ce serait priver les familles d'un service adapté, en ce sens qu'il n'oblige pas les parents à avoir une grande liquidité», soulignant que les dispositions adoptées récemment s'appliquaient à l'ensemble des familles et pas seulement à celles qui n'ont pas recours aux places à 7 $.