Pour Legault, le cas d’un ado martyrisé à Granby est «gênant pour le Québec»

«Notre gouvernement va faire tout ce qui est possible d’être fait pour protéger les enfants, protéger les jeunes, s’assurer que ça n’arrive plus ce genre d’affaires là», a martelé François Legault jeudi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Notre gouvernement va faire tout ce qui est possible d’être fait pour protéger les enfants, protéger les jeunes, s’assurer que ça n’arrive plus ce genre d’affaires là», a martelé François Legault jeudi.

Un nouveau cas sordide de maltraitance d’enfants à Granby a suscité l’indignation de la population et de la classe politique jeudi. Le gouvernement Legault promet de « tout faire » pour éviter qu’un tel drame se reproduise.

« C’est gênant pour le Québec d’entendre des histoires d’horreur comme celle-là », a réagi le premier ministre François Legault.

« C’est arrivé avant que la DPJ de l’Estrie soit en tutelle. Évidemment, Lionel Carmant est déjà en train de réformer toute la DPJ. On a déjà ajouté du personnel », a-t-il ajouté.

Son gouvernement attend « dans les prochains jours » un rapport préliminaire de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent. « Notre gouvernement va faire tout ce qu’il est possible d’être fait pour protéger les enfants, protéger les jeunes, s’assurer que ça n’arrive plus ce genre d’affaires là », a martelé François Legault.

Une mère de trois enfants de Granby a été condamnée à huit ans de prison le 13 novembre dernier pour les sévices infligés à son fils aîné. Elle le battait notamment avec une tige de métal.

Malgré au moins dix signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) depuis 2008, la mère n’a jamais perdu la garde de l’adolescent.

Si bien que le dossier de l’ado a été fermé quelques mois seulement avant qu’il ne soit découvert fortuitement par un huissier venu expulser la famille de son logement, en février 2019. Son état physique était catastrophique.

Histoire d’horreur

Louis Martin garde un souvenir indélébile de cette journée haute en émotions. « Ce ne sont pas des choses qu’on est habitués à côtoyer », laisse-t-il tomber au bout du fil.

À son arrivée sur place, l’huissier de la firme Gaumond et associés est accueilli à la porte par un bambin de trois ans, en couche. Plusieurs ecchymoses lui couvrent le corps.

Une fois à l’intérieur du logement insalubre plongé dans la pénombre, son attention est attirée par les pleurs d’un poupon. Après avoir interpellé la mère, visiblement absente, une voix « affaiblie » lui parvient du salon : l’adolescent de 17 ans repose sur le divan.

Enveloppé dans des couvertures, le corps rachitique, son visage est tuméfié. Il souffre de malnutrition sévère, au point de risquer la mort. Il est incapable de se nourrir ou même de se tenir debout, et plusieurs de ses os sont fracturés.

Louis Martin se souvient d’un enfant « stressé et apeuré » ayant du mal à communiquer. Il a donc appelé la police, qui a joint à son tour la DPJ. Les enfants, retirés à leur mère, ont été conduits à l’hôpital. « Il était hors de question qu’on lui permette de partir en taxi avec ses enfants comme elle voulait le faire », raconte M. Martin.

« Un processus d’enquête interne a été réalisé à la suite de l’événement, et a contribué à apporter des correctifs qui sont en place depuis quelques mois » au sein de la DPJ, précise par courriel le CIUSSS de l’Estrie–CHUS.

Des élus préoccupés

Cette histoire a fait grand bruit à Québec jeudi. « Ça arrache le cœur, a reconnu le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé. Ça se passe encore à Granby, c’est malheureux pour cette ville-là. »

« Mme Laurent nous avait prévenus qu’elle pourrait faire des rapports d’étape et tout de suite demander d’appliquer certaines mesures. Si c’est le cas, on siège encore quelques semaines, qu’elle nous le demande et on va le faire », a-t-il plaidé.

La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, espère que la commission Laurent va déposer son rapport « le plus rapidement possible » pour que « des mesures concrètes puissent être prises ». Elle craint que d’autres cas de maltraitance d’enfants passent sous le radar.

« Il y a des choses qu’on peut mettre en place avant d’attendre d’avoir le rapport », a fait valoir de son côté la députée de Québec solidaire Christine Labrie, qui rencontre vendredi des responsables de la DPJ de l’Estrie.

« Ce qui m’inquiète notamment, c’est qu’on nous a avisés dans les dernières semaines qu’il y avait une hausse des signalements à la protection de la jeunesse et qu’ils avaient des inquiétudes quant à [leur capacité à] les traiter », a-t-elle ajouté.

La commission Laurent doit présenter ses recommandations finales d’ici le 30 avril 2021.

Prévention

De son côté, Simon Lapierre, professeur à l’École de service social de l’Université d’Ottawa, estime qu’il faut injecter des ressources supplémentaires pour épauler les intervenants « à bout de souffle ». Et pas juste en Estrie, mais partout au Québec, car le problème est « d’ordre systématique ».

Il y a aussi un urgent besoin de formation, ajoute celui qui s’explique mal comment le cas de l’adolescent martyrisé à Granby, victime de sévices physiques, est passé entre les mailles du filet. Le traitement des signalements ne doit pas se résumer à quelques coups de téléphone, dit-il.

Québec doit s’attaquer en priorité à la « pression indue » sur le système de protection de la jeunesse qui croule sous les signalements, insiste quant à lui Camil Bouchard, ex-député péquiste et auteur du rapport «Un Québec fou de ses enfants» publié en 1991. À la lecture de cette nouvelle histoire de maltraitance, il a été « saisi », en venant au bord des larmes.

Pour soulager le système, l’embauche de travailleurs sociaux, d’ailleurs difficiles à recruter, n’est pas la solution selon lui. Il faut plutôt mettre les bouchées doubles pour améliorer « les programmes en prévention auprès des familles les plus vulnérables », plaide-t-il. « On peut faire ça demain matin. »

M. Bouchard suggère ainsi que les directeurs régionaux de santé publique soient chargés de veiller au grain quant à l’efficacité de ces programmes. La loi leur permet déjà de convoquer « tout le monde autour de la même table pour examiner ce qui se passe de bien ou de mal », fait-il valoir.

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