Le gouvernement veut voir l’autonomie alimentaire du Québec grimper

Le ministre Lamontagne a lancé un défi à la population: au moment de faire l’épicerie, substituer chaque semaine pour 12$ de produits alimentaires provenant de l’étranger par des produits québécois, puisque la hausse anticipée de la production locale doit se traduire par une hausse correspondante d’achat local.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le ministre Lamontagne a lancé un défi à la population: au moment de faire l’épicerie, substituer chaque semaine pour 12$ de produits alimentaires provenant de l’étranger par des produits québécois, puisque la hausse anticipée de la production locale doit se traduire par une hausse correspondante d’achat local.

Le Québec est loin d’être autosuffisant sur le plan alimentaire. Environ la moitié des produits alimentaires qu’il consomme provient de l’étranger. Par un ensemble de mesures annoncées jeudi, le gouvernement Legault souhaite corriger le tir et accroître son autonomie en ce domaine, au moins de quelques points de pourcentage.

C’est ce qu’a affirmé jeudi le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, en conférence de presse, en détaillant les moyens entrepris pour y arriver, avec 157 millions de dollars de mesures axées autour de la robotisation du secteur, de l’automatisation de la production alimentaire et des campagnes d’information favorisant l’achat de produits du Québec.

Dans un deuxième temps, le ministère de l’Agriculture doit annoncer bientôt sa stratégie visant la hausse de la production de fruits et légumes en serre. Le gouvernement s’est engagé à doubler sa production annuelle de culture en serre, toujours dans le but de diminuer la dépendance du Québec envers les produits étrangers.

À cette occasion, le ministre a lancé un défi à la population : au moment de faire l’épicerie, substituer chaque semaine pour 12 $ de produits alimentaires provenant de l’étranger par des produits québécois, puisque la hausse anticipée de la production locale doit se traduire par une hausse correspondante d’achat local.

Au bout d’un an, cela pourrait entraîner l’ajout d’1 milliard de dollars dans la chaîne de production et de transformation alimentaires, a-t-il indiqué. Voilà « un petit geste qui peut demander peu d’effort, mais qui peut rapporter gros à notre économie », selon le ministre.

Le Québec aurait actuellement « à peu près 51 % d’autonomie » alimentaire. Si cet objectif de hausse de l’achat local est atteint, cela ferait « bouger l’aiguille à 55-56 % », a-t-il calculé.

M. Lamontagne qualifie de « légende urbaine » le préjugé voulant que, dans bien des cas, les aliments du Québec coûtent plus cher que ceux provenant de l’étranger. Il croit qu’au contraire les prix des denrées du Québec sont « très, très compétitifs ».

Selon les calculs du ministre, si tout se passe bien, les mesures annoncées pourraient se traduire par la création de 3800 emplois dans toute la chaîne de production et de transformation des aliments dans les prochaines années.

Un des facteurs limitant la croissance du secteur est le manque de main-d’œuvre et le faible taux de productivité. Québec injectera 92,5 millions de dollars, d’ici deux ans, pour remédier à cette situation.

Par ailleurs, la Financière agricole sera mise à contribution en vue d’accélérer les investissements agricoles, même dans des secteurs à risque élevé et dans le cas d’entreprises en démarrage. Québec octroie 24 millions de dollars à cette fin. Le gouvernement dépêchera sur le terrain, en régions, 48 conseillers en financement chargés de donner le coup de pouce financier nécessaire.

Pour favoriser l’achat local, Québec veut consacrer 23,4 millions à la stimulation de la demande pour des produits alimentaires québécois. Des campagnes publicitaires et des activités de promotion en magasins viendront valoriser l’appellation « Aliments du Québec ».

«De la musique à nos oreilles» pour l'UPA 

Les annonces du ministre sont « de la musique à nos oreilles », a commenté le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, présent à la conférence de presse.

À l’UPA, « depuis plusieurs années, on invite les Québécois à consommer québécois », a-t-il fait valoir. M. Groleau a rappelé que la pandémie de COVID-19 avait fait réaliser à bien des gens à quel point certains secteurs de la vie quotidienne étaient reliés au sentiment de sécurité et que l’alimentation était l’un d’eux.

L’important à ses yeux consiste à constater que « le secteur agroalimentaire est déjà identifié comme un des secteurs qui permettra de relancer notre économie après la pandémie ». Il est d’avis que le Québec pourrait augmenter sa production agricole de 30 %, en créant potentiellement 21 000 emplois supplémentaires dans ce domaine.

M. Groleau a identifié certaines filières privilégiées pour d’éventuelles expansions : la production bovine, celle de l’agneau, des oléagineux et des légumineuses, notamment.