Garda dénonce une mise en demeure de la CDPQ

La dispute tourne autour du géant britannique G4S, présent dans 85 pays et qui compte plus de 533 000 salariés.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La dispute tourne autour du géant britannique G4S, présent dans 85 pays et qui compte plus de 533 000 salariés.

Le conflit s’envenime entre GardaWorld et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui sont dans des camps lorgnant chacun le numéro un mondial de la sécurité G4S: la CDPQ a servi un avertissement à la multinationale à l’effet qu’il pourrait y avoir des conséquences judiciaires.

C’est l’entreprise établie à Montréal qui a révélé, mardi, avoir reçu une mise en demeure au lendemain d’une entrevue accordée à Radio-Canada dans laquelle son fondateur, président et chef de la direction, Stéphane Crétier, a une fois de plus adressé des reproches à la Caisse de dépôt. «La Caisse appartient à tous les Québécois, a affirmé l’homme d’affaires, dans un communiqué, en dénonçant une tentative d’intimidation. Si j’avais voulu vivre dans un état autoritaire, j’aurais acheté une maison en Biélorussie.».

La dispute tourne autour du géant britannique G4S, présent dans 85 pays et qui compte plus de 533 000 salariés - au moins cinq fois plus que GardaWorld.

À la fin octobre, après plusieurs offensives, l’entreprise québécoise a officialisé son offre hostile de 5,2 milliards $ CAN. Peu de temps après, Allied Universal Security Services, dont la CDPQ est le deuxième actionnaire avec une participation d’environ 35 %, est passée à l’offensive, sans succès, avec une proposition évaluée à environ 5,7 milliards.

Depuis, les deux parties se sont échangé des reproches sur la place publique.

En critiquant de nouveau la CDPQ, M. Crétier a demandé l’intervention du premier ministre François Legault en estimant que le bas de laine des Québécois lui mettait des bâtons dans les roues en étant le deuxième actionnaire en importance d’une entreprise américaine qui a également tenté d’acquérir G4S. L’homme d’affaires avait fait valoir qu’il ne faut «pas perdre ce combat-là» pour G4S alors que le secteur de la sécurité est en pleine consolidation.

C’est GardaWorld qui a partagé la missive de la CDPQ qui lui sert un avertissement, alors que le grand patron de l’entreprise doit accorder une entrevue au diffuseur public. La Caisse a fait valoir que la démarche de M. Crétier s’inscrivait comme une «nouvelle salve du procès d’intention que livre Garda à la Caisse sur la place publique depuis plusieurs semaines».

«La Caisse ne saurait tolérer cette nouvelle tentative d’intimidation qui s’inscrit dans les manœuvres tactiques déployées par Garda dans le cadre de son (offre) en cours au Royaume-Uni», écrit Sophie Lussier, la cheffe des affaires juridiques de la CDPQ. Elle a ajouté que l’institution se réservait «tous les droits et recours pour le préjudice subi en raison de propos mensongers tenus par Garda et ses représentants sur la place publique». On y précise aussi qu’une première demande demandant à GardaWorld de cesser ses attaques publiques avait été acheminée le 9 novembre.

«La Caisse fait des déclarations publiques basées sur des faits, a indiqué son porte-parole Maxime Chagnon dans une déclaration, mardi. Nous attendons la même chose de l’ensemble des entreprises avec lesquelles nous transigeons et si nous devons intervenir, c’est pour leur rappeler leurs obligations de s’en tenir aux faits.»

La CDPQ était sur les rangs afin d’épauler la multinationale en matière de financement dans ses efforts pour acquérir G4S — par l’entremise d’une offre en actions privilégiées de plus de 1 milliard $ US, selon les informations colligées plus tôt ce mois-ci par La Presse Canadienne.. La multinationale québécoise avait finalement opté pour un syndicat bancaire ainsi qu’une proposition de la société d’investissement américaine HPS Investment Partners.

Interrogé mardi en conférence de presse à Montréal, le premier ministre François Legault avait signalé ne pas avoir l’intention d’intervenir dans la dispute entre GardaWorld et la CDPQ.

En date du 31 décembre dernier, la Caisse évaluait son placement dans Allied Universal à plus de 1,5 milliard $, selon les informations figurant dans son dernier rapport annuel. En février 2019, l’institution avait été impliquée dans une transaction lui permettant de devenir le plus important actionnaire de la société américaine. Le fonds d’investissement américain Warburg Pincus a toutefois repris le premier rang depuis.

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