Catherine Fournier en mission pour rassembler les souverainistes

Quelque 20 mois après avoir claqué la porte du Parti québécois, Catherine Fournier dit ne pas regretter sa décision.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelque 20 mois après avoir claqué la porte du Parti québécois, Catherine Fournier dit ne pas regretter sa décision.

Catherine Fournier l’assure : l’organisation qu’elle lance cette semaine pour rallier les souverainistes du Québec « n’a aucune prétention à occuper le rôle classique d’un parti politique traditionnel, ni maintenant ni jamais ». Car, pour bâtir les ponts dont elle rêve, une approche non partisane s’impose, croit-elle.

Quelque 20 mois après avoir claqué la porte du Parti québécois — un geste qui avait profondément secoué la formation —, Catherine Fournier ne regrette pas sa décision. Au contraire.

« Ma position comme députée indépendante m’a permis de prendre un pas de recul sur la politique partisane, et aussi sur la façon de faire de la politique », disait-elle lundi en entretien avec Le Devoir, à la veille du lancement du livre-manifeste du projet Ambition Québec (PAQ).

« Je respecte énormément celles et ceux qui font le choix de s’investir au sein du PQ, mais je persiste à croire qu’il ne peut plus jouer le rôle de grand véhicule de rassemblement qu’il a joué par le passé, dit-elle. Je crois en fait que la voie “partisane” sera un cul-de-sac tant et aussi longtemps qu’on délégitimisera les autres souverainistes et qu’on prétendra que le rassemblement ne peut se faire que sous une seule bannière, sans chercher à travailler avec les autres partis ou organisations qui partagent le même objectif. »

Or, cette idée de rassemblement des forces souverainistes est au cœur de la mission de l’organisme à but non lucratif que Mme Fournier, 28 ans, a mis sur pied avec une douzaine de collaborateurs. Le livre qui jette les bases du projet parle de « mobiliser la population québécoise autour d’un idéal de société non partisan au sein duquel chaque personne est invitée à prendre part au projet d’un Québec » indépendant.

Assemblées citoyennes

Concrètement ? Il n’est pas question de présenter des candidatures politiques sous cette bannière, dit Catherine Fournier. Le projet est tout autre : ses concepteurs parlent de « favoriser la fondation d’assemblées citoyennes locales dans les municipalités, qui agiront comme lieux de consultation et de concertation dans la démarche de concrétisation du projet de pays ».

À travers cette démocratie locale, on souhaite ensuite « bâtir des liens entre des citoyens partageant des valeurs et des idées communes », mais qui n’adhèrent pas nécessairement à un programme politique donné.

« Le PAQ propose un changement de paradigme en mobilisant la population autour du projet de pays à partir des échelons que sont les régions, les municipalités et les communautés, pour contribuer à sa réalisation d’ici quelques années », résume le document de présentation.

L’un des premiers chantiers du PAQ — qui ne veut pas être associé à une étiquette idéologique, dit Catherine Fournier — sera d’aboutir à une « proposition de base » pour une Constitution. Pour cela, on travaillera à partir des travaux déjà réalisés autour de cette question, notamment les consultations menées par l’Institut du Nouveau Monde et le metteur en scène Christian Lapointe.

Mises ensemble et lancées sur la place publique, les idées discutées par les participants au projet Ambition Québec contribueront — du moins, c’est ce que souhaite la députée Fournier — à « créer un engouement autour du projet de pays ».

La stratégie visant à structurer le mouvement en partant de la base s’inspire directement de ce qui a été fait en Catalogne. « Ils ont réussi là-bas à bâtir un soutien populaire à partir des villes et des villages, remarque Catherine Fournier. Et quand la discussion est devenue nationale, le mouvement était bien implanté partout — je vois ça comme une sorte d’entrepreneuriat politique. »

Élargir le cercle

Le projet concrétise la réflexion entamée par Catherine Fournier après l’élection de 2018, et esquissée dans un livre qu’elle a fait paraître il y a un an. Selon elle, l’approche inclusive et non partisane du PAQ serait « le meilleur moyen de rejoindre de nouvelles cohortes d’électeurs dont l’engagement est plus en faveur des causes que des partis ».

« Je veux qu’on puisse élargir le cercle » des gens qui s’intéressent à la souveraineté, dit-elle. « On veut vraiment accepter le fait que les souverainistes peuvent appartenir à différentes familles : on va tenter de dégager à travers ça ce qui peut rassembler. »

Elle évoque un mouvement « complémentaire » aux groupes qui existent déjà — et qui sont réunis sous le parapluie des Organisations unies pour l’indépendance. « Selon moi, un seul parti ou une seule organisation de la société civile ne peut pas avoir une approche qui rassemble tout ce monde, à l’heure où les gens s’engagent de plus en plus “à la carte”. Il faut prendre acte de cela. »

« Dans ce contexte, poursuit-elle, il est légitime de se dire qu’on va avoir plusieurs approches pour réussir à rallier différents groupes de gens. […] Le rassemblement, c’est d’accepter de combiner les approches, de faire partie d’une équation plus large que son parti ou que son organisation, pour arriver à la réalisation du projet collectif que nous avons en commun. »

En ce sens, « les péquistes (comme les solidaires) font partie de l’équation, mais ils ne sont pas les seuls », affirme Catherine Fournier.

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