Québec prévoit un déficit pour une relance compétitive

Le gouvernement Legault injectera 1,5 milliard de dollars pour relancer l’économie mise à mal par la pandémie. La mise à jour du ministre des Finances, Eric Girard — échelonnée sur trois ans au lieu de cinq —, contient une série de mesures pour aider les Québécois à faire face à la COVID-19 et confirme un déficit de 15 milliards de dollars pour l’année financière en cours.

« Nous devons stimuler la croissance économique, a-t-il déclaré en conférence de presse. Nos entreprises doivent être plus compétitives, plus productives, nous devons rehausser les compétences de nos travailleurs, c’est ainsi que nous fermerons l’écart de richesse avec le Canada. »

Le ministre garde donc le cap malgré tout sur cet objectif que s’était donné le gouvernement Legault en début de mandat. De la somme consacrée à la relance économique, 459 millions de dollars serviront à former la main-d’œuvre pour qu’elle puisse réintégrer le marché du travail, 477 millions de dollars viseront à stimuler la croissance économique, 300 millions de dollars seront alloués au Plan pour une économie verte dont l’annonce est attendue lundi et 247 millions de dollars serviront encourager la production de biens québécois et à l’achat local.

« On parle de numériser les entreprises, stimuler les exportations, soutenir les secteurs stratégiques comme l’aéronautique, l’aluminium, les sciences de la vie, investir en recherche soutenir les régions », a énuméré le ministre.

La baisse du produit intérieur brut (PIB) réel — qui ne tient pas compte de l’inflation — est de 6 % au lieu des 6,5 % prévus en juin. Les revenus de l’État se sont donc quelque peu améliorés grâce à la reprise d’une partie de l’économie après le déconfinement printanier, l’aide fédérale pour financer certaines dépenses liées à la pandémie et les faibles taux d’intérêt qui ont fait diminuer le coût du service de la dette.

Ça fait 25 ans au Québec qu’on fait des efforts pour rétablir les finances publiques et cette loi-là [la Loi sur l’équilibre budgétaire], nous avons l’intention de la respecter

M. Girard s’attend à un rebond de l’économie en 2021 avec une hausse de 5 % du PIB réel puisqu’il n’y aura pas d’autre confinement à grande échelle comme celui du printemps qui avait stoppé 40 % de l’économie pendant huit semaines. « Dans la deuxième vague, c’est moins de 5 % de l’économie qui est mise sur pause », a-t-il indiqué.

Il prévoit toujours un déficit de 15 milliards de dollars en 2020-2021, après un versement de 2,7 milliards de dollars au Fonds des générations. Ce déficit diminuerait à 8,3 milliards de dollars en 2021-2022 et à 7 milliards de dollars en 2022-2023. Le ministre des Finances s’est engagé à retourner à l’équilibre budgétaire dans cinq ans, soit en 2025-2026 « sans couper dans les services et sans augmenter les taxes et impôts ». Il limiterait plutôt la croissance des dépenses à 3,5 %, voire 3 %.

« Ça fait 25 ans au Québec qu’on fait des efforts pour rétablir les finances publiques et cette loi-là, nous avons l’intention de la respecter […] », a-t-il affirmé en prenant soin de préciser que la priorité actuelle de répondre à la crise sanitaire. La pandémie a coûté 13 milliards de dollars à l’État québécois depuis le mois de mars.

M. Girard compte, entre autres, sur une augmentation du Transfert canadien en matière de santé qu’il voudrait voir passer de 22,2 % à 35 %, ce qui représenterait une somme additionnelle de 6,2 milliards de dollars en 2021-2022. Or, les négociations entre les provinces et le gouvernement fédéral n’ont pas encore commencé.

 

Il prévoit toujours, par ailleurs, une provision de 4 milliards de dollars pour les imprévus liés à la pandémie.

Équilibre hasardeux

Les libéraux ont accusé le ministre des Finances d’être « conservateur dans les dépenses, mais jovialiste dans les prévisions ». Ils demandaient une aide directe pour les PME dont la survie est menacée.

« Vous avez posé la question : est-ce que vous avez l’impression que le gouvernement laisse tomber certains pans [de l’économie] ? Ce n’est pas qu’on a l’impression, là, c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui sur le terrain », a répété la cheffe libérale, Dominique Anglade.

L’ancien ministre des Finances Carlos Leitão a ajouté qu’il était hasardeux de s’engager à un retour à l’équilibre budgétaire sur cinq ans comme le prévoit la loi puisque la pandémie est trop imprévisible.

Québec solidaire a également appelé le ministre Girard à modifier la Loi sur l’équilibre budgétaire pour éviter « une nouvelle ronde d’austérité ». « On n’est pas dans une situation où on peut tout simplement s’encarcaner dans une loi si cette loi ne correspond pas aux circonstances — et les circonstances sont totalement exceptionnelles », a affirmé le député Vincent Marissal.

Le chef du Parti québécois a accusé le ministre Girard de s’en remettre au bon vouloir d’Ottawa. « Le problème n’est pas dans la loi qui prévoit qu’en cinq ans on doit revenir à l’équilibre budgétaire, a-t-il affirmé. Le problème, c’est qu’on ne contrôle pas nos leviers fiscaux et que ce sera Justin Trudeau et Ottawa qui décideront si, oui ou non, il y a moyen de boucler le budget. »

 

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