Québec pourrait refermer les écoles

Québec envisage de suspendre les classes pour une « période bien définie », avant ou après Noël, en raison de la situation préoccupante dans les écoles.

« Depuis deux jours, on a fermé 324 classes de plus. Donc il y a une situation qui est inquiétante », a déclaré le premier ministre François Legault jeudi en point de presse. Au total, 1214 classes étaient fermées en raison d’éclosions de COVID-19 en date du 11 novembre.

« Je vous confirme, c’est vrai qu’on est en train de regarder cette possibilité-là. Ça ne veut pas dire qu’on va le faire et on n’a pas décidé pour quelle période on pourrait le faire », a ajouté le chef du gouvernement.

Il a rappelé que « les derniers endroits » qu’il souhaitait fermer étaient les écoles. Mais désormais, il ne peut plus « exclure aucune option ». Pour cela, il compte discuter avec les syndicats et évaluer l’option d’allonger l’année scolaire ; de « voir s’il y aurait une possibilité de prolonger les cours au mois de juin, peut-être même juillet ».

Sa proposition a fait bondir les syndicats.

Le 20 octobre, François Legault évoquait la possibilité d’alléger certaines mesures, pour les jeunes ou les personnes seules par exemple. Or voilà qu’il a prévenu les Québécois que « les prochaines semaines vont être tough ».

« On pensait encore, il y a quelques semaines, qu’on serait capables de casser la vague avec les mesures qu’on avait. Là, on n’a pas réussi à la diminuer. Ça, c’est certain », a déclaré M. Legault. S’il choisit de fermer les écoles pendant un certain temps, il tâchera « de prévenir les parents le plus longtemps à l’avance », a-t-il assuré. « On va essayer de trouver les meilleurs moyens pour limiter les inconvénients pour les parents. »

Deux foyers à Noël ?

À ses côtés, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a confirmé que Québec étudiait bel et bien la possibilité de limiter les rassemblements du temps à Fêtes afin qu’ils ne regroupent pas plus de deux foyers. « J’espère ne jamais en arriver à ça », a tout de même souhaité le médecin, père de trois enfants avec qui il ne pourrait fêter Noël si ce scénario se concrétisait. « Le choix de Sophie », a soufflé le premier ministre pour souligner le caractère affligeant d’un tel choix.

« Bien oui [c’est une option qui est étudiée], mais encore faut-il définir ce que sont les foyers et [quel est] le nombre de personnes, est-ce qu’on va diviser… a énuméré le Dr Arruda.  On n’a pas terminé nos discussions. […] On va essayer de trouver un Noël familial, adapté et en santé. »

La possibilité de fermer les écoles a déçu les oppositions, qui ont une fois de plus suggéré au premier ministre de réduire le nombre d’élèves présents en classe. « Nous proposons un plan de retour en classe progressif. Il serait pertinent de penser à réduire la taille des groupes, comme l’INSPQ l’a mentionné dans une étude. Il faut aussi offrir l’option de cours en ligne pour ceux qu’ils le souhaitent », a suggéré la députée libérale Marwah Rizqy.

En données:

Québec a recensé jeudi 1365 nouveaux cas et déploré 42 décès, dont 9 survenus dans les 24 heures précédentes. Le nombre d’hospitalisations était de 583, dont 86 patients aux soins intensifs.

« Avant d’envisager des scénarios comme celui-là, le gouvernement devrait commencer par essayer de mettre en œuvre les solutions qu’on propose pour limiter la propagation dans les écoles, à commencer par la ventilation des classes et la réduction du nombre d’élèves par classe », a aussi réagi l’élue solidaire Christine Labrie.

« Pourquoi si peu de prévisibilité dans le domaine de l’éducation et pourquoi ne pas essayer de [nouveaux] moyens avant d’arriver à la fermeture ? » a aussi demandé la députée péquiste Véronique Hivon.

En point de presse, François Legault a affirmé que la pénurie de personnel enseignant ne permettait pas l’enseignement en demi-classes, d’autant plus compliqué avec « les plus jeunes ».

Or « ce n’est pas vrai que ça demande deux fois plus d’enseignants », a répliqué Véronique Hivon. Une demi-classe à la maison pourrait suivre, en virtuel, les activités d’une demi-classe en présence à l’école, a-t-elle illustré.

Pas de soutien

Bien que de l’aide supplémentaire aux élèves vulnérables ait été promise durant la pandémie, comme des orthopédagogues, beaucoup d’enseignants l’attendent encore, affirme la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Selon une consultation qu’elle a réalisée le mois dernier, à laquelle 1500 de ses membres ont participé, plus de 80 % des répondants du réseau public n’ont pas constaté d’augmentation des services offerts dans leur école depuis le début de l’année scolaire. Pire, certains (environ 40 % d’entre eux) ont rapporté une diminution. Seuls 10 % des répondants se disent satisfaits des mesures mises en place dans leur établissement pour soutenir les élèves qui ont besoin de rattrapage. Résultat: sans aide, la tâche des enseignants est trop lourde.

 

La Presse canadienne

2 commentaires
  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 13 novembre 2020 06 h 42

    Reprendre les mois d'éducation perdus

    Il faudra que l'école rende justice à sa mission.
    Où sont les mois perdus d'éducation depuis le début de la pandémie?

    On sait que certains réchignent, CSS inclus, quand la mission de l'école et ses exigences leur sont rappelées,
    mais pour l'intérêt supérieur de l'enfant, peut-être les syndicats d'enseignants devront-ils y mettre un peu plus du leur?

  • Gilles Delisle - Abonné 13 novembre 2020 09 h 11

    La pandémie, comme en temps de guerre

    On s'attend à ce que les syndicats de profs soent capables de discuter d'aménagements possibles et nécessaires pour les enfants et de ne pas crier au scandale, à chaque fois que le gouvernement avance certains aménagements possibles pour la meilleure éducation possible à nos enfants. Quand la nation est comme en temps de guerre, tout le monde doit mettre l'épaule à la roue et ne pas seulement revendiquer comme en temps de négociation d'un nouveau contrat collectif.