L’UPAC est en crise existentielle, reconnaît son grand patron

Le commissaire de l'UPAC, Frédérick Gaudreau
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le commissaire de l'UPAC, Frédérick Gaudreau

Neuf ans après sa création, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) traîne déjà un « lourd passif » et son existence même est « remise en question », reconnaît son plus haut dirigeant dans une lettre qu’il publie jeudi dans Le Devoir.

« L’UPAC traverse présentement une forme de crise existentielle, écrit le commissaire à la lutte contre la corruption, Frédérick Gaudreau.  Nous sommes confrontés à une analyse judiciaire faite en fonction de décisions prises à une autre époque. Nous sommes jugés sur la base de pratiques antérieures et de comportements répréhensibles de personnes qui ont maintenant quitté l’UPAC. »

Frédérick Gaudreau est arrivé à la tête de l’UPAC en octobre 2019, un an après la démission de son prédécesseur, Robert Lafrenière, dont la fin de mandat a été marquée par des départs, des secousses et des revers devant les tribunaux.

Devant les médias mercredi, il a présenté un sondage mené par l’UPAC faisant état du peu de confiance que les Québécois accordent à son corps de police, devenu indépendant en 2018.

Le coup de sonde de Léger a permis d’interroger 1000 Québécois au mois d’août, avant l’avortement de l’un des dossiers les plus médiatisés de l’UPAC, à savoir le procès des ex-ministres libéraux Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté en raison de délais déraisonnables.

Il permet de constater qu’un peu plus du tiers des Québécois (36 %) qui connaissent l’UPAC ne lui font pas confiance. Il met aussi en évidence le fait que 47 % de ces Québécois jugent l’organisation « dépendante » du pouvoir politique et que 37 % d’entre eux ne croient pas que ses enquêtes sont menées « selon les règles de l’art ».

Parmi les effets les plus négatifs sur la perception de l’UPAC se trouvent « les décisions rendues par les autorités judiciaires », qui minent l’opinion du quart des personnes connaissant le corps de police.

Sans ambages, le commissaire Gaudreau a reconnu avoir une pente à remonter. « Mon but, ce serait que 100 % des gens aient confiance en nous. Mais je crois aux licornes, peut-être », a-t-il lancé.

36%
C’est la proportion de Québécois connaissant l’UPAC qui ne font pas confiance à l’organisation, selon un récent sondage.

Dans la lettre transmise au Devoir, il insiste sur l’importance « fondamentale » de faire la distinction entre « l’institution et les individus qui la composent ». « Le redressement de l’UPAC est amorcé depuis déjà deux ans. Il faudra encore un certain temps pour que les résultats de ce virage soient perceptibles, mais le travail est en cours », écrit-il.

La chasse aux fuites

Sa lettre fait aussi état de « décisions du passé » qui viennent « encore aujourd’hui nous hanter ». « Nous devons en assumer les conséquences, mais nous avons également le devoir de nous relever et de tourner la page », écrit le commissaire, sans identifier de décisions précises.

En point de presse, il a montré du doigt l’enquête sur les fuites journalistiques qui a été lancée par son prédécesseur et qui a mené à l’arrestation, en octobre 2017, du député Guy Ouellette. Il a établi un lien entre cette chasse aux sources et l’arrêt des procédures prononcé en faveur de Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté et leurs quatre coaccusés.

« J’ai lu deux fois plutôt qu’une le jugement […] sur l’arrêt des procédures. Et en aucun cas, on ne remet en question l’enquête qui a été faite dans ce dossier-là », a souligné M. Gaudreau. « On remet en question par contre l’enquête sur les fuites. Et c’est ça qui est venu sabrer le fait qu’on puisse aller à procès dans ce dossier-là. C’est mon opinion », a-t-il déclaré.

Le jugement rendu en septembre affuble l’enquête sur les fuites du qualificatif « bidon ». Il souligne en outre qu’une entité — dont le nom est caviardé — a tenté de « duper » le juge et la poursuite. Le commissaire Gaudreau n’a pas pu assurer jeudi que cette entité n’était pas l’UPAC.

La fin de l’ère Lafrenière

Au sujet de l’ère Lafrenière et des erreurs du passé, le commissaire a assuré :  « on n’est plus là ». « On travaille nos dossiers avec la plus grande des rigueurs, la plus grande des minuties », a-t-il répondu lorsqu’interrogé sur les demandes d’excuses qui ont été formulées à l’endroit de l’UPAC.

À ce jour, l’ex-premier ministre Jean Charest, le député Guy Ouellette, les ex-policiers Richard Despaties et Stéphane Bonhomme, de même que l’ex-numéro deux de l’UPAC, Marcel Forget, poursuivent l’État en raison de dossiers impliquant l’UPAC. Nathalie Normandeau n’a pas exclu la possibilité d’en faire autant. « Je m’en fais un devoir personnel, que ce genre d’histoire soit évité dans le futur », a attesté M. Gaudreau.

Il a par ailleurs confirmé que l’UPAC n’avait pas renoncé à l’enquête Mâchurer sur un présumé système de financement illégal au Parti libéral du Québec. « J’en suis très conscient que les gens sont tannés d’en entendre parler, que ça n’a pas l’air à avancer, mais soyez assurés d’une chose : toutes les ressources qu’on peut y mettre, elles sont là », a affirmé M. Gaudreau. L’enquête, qui vise notamment l’ex-premier ministre Jean Charest, a été lancée il y a près de sept ans.

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1 commentaire
  • Benoit Gaboury - Abonné 12 novembre 2020 08 h 45

    Au dictionnaire Larousse, «mâchurer» signifie: «Entamer, déchiqueter quelque chose avec les dents».
    Cet emploi est ancien, certes, mais c'est tout de même un drôle de titre pour qui cherche à amasser des preuves. Je n'ose croire qu'il soit ironique.