Sonia LeBel jette du lest

L’ouverture de Sonia LeBel suffira-t-elle à convaincre les syndicats de la valeur de l’entente proposée? Ci-dessus, une photo d’une manifestation de travailleurs du secteur public à Montréal, à la fin d’octobre.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L’ouverture de Sonia LeBel suffira-t-elle à convaincre les syndicats de la valeur de l’entente proposée? Ci-dessus, une photo d’une manifestation de travailleurs du secteur public à Montréal, à la fin d’octobre.

Après avoir accordé des « concessions importantes » à des professionnels de la santé, la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, montre une ouverture aux autres employés de l’État avec qui elle a entrepris un blitz de négociations.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le gouvernement cherche à s’entendre avec les associations syndicales aux tables sectorielles, puis à la table centrale afin de conclure des ententes globales sur trois ans, et ce, avant la présentation de la mise à jour économique et financière du Québec, jeudi prochain.

Il accepte notamment de bonifier les sommes allouées au maintien de mesures d’attraction et de rétention de personnel — des primes et des congés, par exemple — au-delà du 30 mars 2023, soit l’échéance de la prochaine convention collective. Précisément, il s’engage à verser de façon récurrente 75 % — et non plus 50 % — de la somme qu’il consentira pendant la durée de la convention collective, a appris Le Devoir. C’est une avancée, dit une source syndicale. Il y a loin de la coupe aux lèvres, lance une autre.

Les discussions sur les salaires, les régimes de retraite, les droits parentaux se tiennent pour leur part à la table centrale. Le gouvernement maintient son offre initiale de tirer vers le haut la rémunération du personnel de 1,75 % en 2020-2021, de 1,75 % en 2021-2022 et de 1,5 % en 2022-2023, ce qui indispose plus d’une association syndicale. « Il faut absolument une correction salariale », selon elles.

Cependant, le gouvernement se refuse à toute hausse salariale générale supérieure à 5 % sur trois ans. D’ailleurs, le document « Le point sur la situation économique et financière du Québec », qui sera dévoilé jeudi, a déjà été envoyé à l’imprimerie.

Pas d’entente « au rabais »

La Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) confirment toutes trois l’accélération des discussions avec le gouvernement québécois. « Je comprends que le gouvernement veut une entente, mais on ne s’entendra pas au rabais non plus », avertit la présidente de la Fédération des professionnèles de la CSN, Ginette Langlois, dans un échange avec Le Devoir. « Il faut ressortir avec des éléments qui vont améliorer les conditions de travail de notre monde », ajoute-t-elle.

La présidente de la CSQ, Sonia Éthier, se réjouit de voir les porte-parole du Conseil du trésor et des ministères « accept[er] pour la première fois d’aborder des questions prioritaires pour les syndicats ». « [Ils] semblent avoir de nouveaux mandats aux tables. Il reste à voir si cela se conclura par de réelles avancées, si l’argent va suivre pour donner des résultats concrets, particulièrement aux tables sectorielles », poursuit-elle.

En éducation, les discussions sectorielles avec le personnel représenté par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) se déroulent au forum sur la réussite éducative, sous l’égide du Secrétariat du Conseil du trésor. Une rencontre de cette table de négociation battait son plein vendredi.

Rapport de force

Des représentants patronaux et syndicaux veulent mettre les bouchées doubles afin de conclure une entente avant que le ministre des Finances, Eric Girard, ne fasse de nouveau « le point sur la situation économique et financière du Québec », jeudi.

L’élu donnera jeudi la pleine mesure du coup porté par la COVID-19 sur les finances publiques. Le rapport de force entre les parties aux tables de négociations s’en trouverait chamboulé — si elles échouent à trouver un terrain d’entente entre-temps. Les perspectives de l’ex-trésorier de la Banque Nationale se sont-elles assombries ou améliorées depuis juin dernier, lorsqu’il appréhendait un déficit de 14,9 milliards au terme de l’année 2020-2021 ?

La FTQ invite pour sa part les Québécois à suspendre leurs activités jeudi, à 10 h afin de se rappeler les 18 000 travailleurs du secteur public qui ont été happés par la COVID-19 sur leur lieu de travail, à commencer par les 11 personnes qui ne s’en sont pas relevées.

Contactée par Le Devoir, l’équipe de Sonia LeBel s’en est tenu à réitérer « la volonté du gouvernement d’en venir à des ententes globales […] dans les meilleurs délais ». « Dans un esprit de rapprochement et afin de favoriser la conclusion d’ententes à court terme, le gouvernement a retiré certaines propositions patronales importantes pour les réseaux — santé et éducation — tout en invitant les syndicats à faire de même », a souligné l’attaché de presse, Florent Tanlet.

Les négociations collectives des secteurs public et parapublic touchent quelque 550 500 syndiqués, dont 260 000 à pied d’œuvre dans le réseau de la santé, 227 000 dans le réseau de l’éducation, ainsi que 58 500 dans la fonction publique.

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