Ottawa et Québec ont les yeux rivés sur les États-Unis

<p>«On va continuer de travailler fort pour faire prospérer notre relation, peu importe le président que les Américains auront choisi», a indiqué François Legault.</p>
Photo: Spencer Platt Getty images / Archives Agence France-Presse

«On va continuer de travailler fort pour faire prospérer notre relation, peu importe le président que les Américains auront choisi», a indiqué François Legault.

Les premiers ministres canadien, Justin Trudeau, et québécois, François Legault, ont accueilli mercredi avec circonspection les résultats préliminaires de l’élection présidentielle américaine.

Tous deux ont dit suivre attentivement le dépouillement des votes, qui culminera avec l’élection du démocrate Joseph Biden ou la réélection du républicain Donald Trump à la Maison-Blanche.

« Il y a un processus électoral en cours aux États-Unis et, évidemment, comme tout le monde, on continue de le suivre et on va continuer de regarder attentivement ce qui se passe », s’est contenté de dire le chef du gouvernement fédéral, Justin Trudeau, à son arrivée au parlement mercredi matin.

Son homologue québécois, François Legault, a fait preuve de la même retenue. « On va surveiller ça de près jusqu’au résultat final », a écrit le premier ministre François Legault sur le réseau social Twitter. Il s’est engagé à « continuer de travailler fort pour faire prospérer notre relation [avec les États-Unis], peu importe le président que les Américains auront choisi ».

Les membres du gouvernement québécois « aurai[ent] aimé un résultat peut-être plus franc » dans la foulée du scrutin, a pour sa part déclaré la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, à la presse. « C’est encore en évolution », a-t-elle ajouté, renouant avec la langue de bois. Les élus québécois « respecteront le choix » des électeurs américains et « travailleront avec le prochain président, que ce soit M. Biden ou M. Trump », a indiqué l’élue québécoise.

Le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a été plus loquace. Il a prié les jeunes Québécois mobilisés dans la lutte contre les changements climatiques « qui ont envie de désespérer » de ne pas se laisser abattre après « un vote aussi fort pour Donald Trump » le jour du retrait du deuxième émetteur mondial de GES de l’Accord de Paris. « Ne désespérez pas. D’un, parce que les résultats ne sont pas encore connus, les dés ne sont pas joués. Et, de deux, parce que, même si ce vote est inquiétant dans ces résultats, la partie n’est pas perdue », a-t-il déclaré lors d’une mêlée de presse sur la colline Parlementaire mercredi. « Il faut réfléchir à ce que nous on peut faire au Québec pour contribuer à cette lutte contre les changements climatiques, puis il faut réfléchir aussi sur ce qu’on peut faire au Québec pour éviter qu’on vive ici ce que les Américains vivent », a-t-il ajouté.

À la lumière de l’appui maintenu à M. Trump après un mandat de quatre ans erratique, M. Nadeau-Dubois a insisté sur la nécessité de maintenir un « dialogue politique » ouvert au Québec — y compris avec les « antimasques » qui épousent des idées complotistes. « Ne les stigmatisons pas. Au contraire […] continuons d’alimenter une vie civique, une vie citoyenne inclusive, dynamique, où on parle de politique plutôt que de s’enfermer dans des chapelles et de se crier des noms. Moi, je pense que c’est le petit bout qu’on peut faire au Québec pour limiter la montée de candidats comme Donald Trump dans les démocraties », a fait valoir le député de Gouin.

Il faut réfléchir à ce que nous on peut faire au Québec pour contribuer à cette lutte contre les changements climatiques, puis il faut réfléchir aussi sur ce qu’on peut faire au Québec pour éviter qu’on vive ici ce que les Américains vivent 

 

Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s’est dit inquiet des répercussions de la politique économique d’un nouveau gouvernement Trump ou Biden et d’un Congrès en partie renouvelé sur les échanges commerciaux entre le Québec et les États-Unis. « J’aime mieux m’attarder sur le concret, sur l’aluminium, sur les frontières, sur le tourisme, sur les échanges de produits et de services. C’est ça qui est important pour le monde, beaucoup plus que le choix de la présidence », a-t-il fait remarquer.

Une « Amérique qui est divisée en deux » apparaît aujourd’hui à la face du monde, a ajouté le député de Matane-Matapédia. « Le vrai sondage, c’est l’élection. Tout le reste, c’est du bruit », a-t-il rappelé.

À Ottawa, le chef conservateur, Erin O’toole, marchait sur des œufs. « On va voir les résultats », a-t-il lancé avant de s’engouffrer dans l’édifice où se tenait une réunion de son groupe parlementaire. À sa sortie de la rencontre, peu après midi, il n’a pas été plus bavard. « Nous continuons à surveiller… »

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a affiché sa préférence pour l’élection de Joe Biden en début de semaine. Il n’a pas changé d’opinion. M. Blanchet ne s’attend toutefois pas à ce que le chef du gouvernement canadien, Justin Trudeau, l’imite. « Pour les 24 prochaines heures, le premier ministre du Canada doit s’abstenir de mettre son doigt dans la trappe à souris. Il y a une certaine prudence qui s’impose », a-t-il fait valoir en point de presse mercredi matin.

Constatant des États-Unis « divisés » à la sortie du scrutin, le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a dit « garde[r] espoir pour le résultat, pour faire sortir M. Trump ».

Avec La Presse canadienne

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