Peu de travailleurs étrangers retenus via le portail Arrima

En date du 25 septembre dernier, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) avait invité près de 2500 personnes, qui étaient préalablement tombées dans l’œil d’un employeur québécois, à lui soumettre une demande de  sélection en bonne et due forme. À ce jour, le MIFI est parvenu à traiter  et à « finaliser » seulement 1438 demandes de sélection.
Ashlee Rezin Garcia Associated Press En date du 25 septembre dernier, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) avait invité près de 2500 personnes, qui étaient préalablement tombées dans l’œil d’un employeur québécois, à lui soumettre une demande de sélection en bonne et due forme. À ce jour, le MIFI est parvenu à traiter et à « finaliser » seulement 1438 demandes de sélection.

Les atomes crochus sur la plateforme Arrima, qui a été décrite comme le « Tinder de l’immigration » par Simon Jolin-Barrette, sont rares. Au fil des 15 derniers mois, le gouvernement québécois a retenu moins de 1,5 % des quelque 160 000 déclarations d’intérêt qui y ont été faites par des étrangers ayant pris d’affection le Québec.

Des dizaines et des dizaines de milliers de personnes souhaitant immigrer au Québec ont répondu à l’appel du gouvernement de s’inscrire au nouveau Programme régulier des travailleurs qualifiés (PRTQ). Elles ont déposé pas moins de 158 299 déclarations d’intérêt dans Arrima, et ce, entre le 18 septembre 2018 et le 31 décembre 2019 seulement.

En date du 25 septembre dernier, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) avait invité près de 2500 personnes, qui étaient préalablement tombées dans l’œil d’un employeur québécois, à lui soumettre une demande de sélection en bonne et due forme.

Certaines d’entre elles ont décidé de passer leur tour, si bien que le MIFI est parvenu à traiter et à « finaliser » seulement 1438 demandes de sélection à ce jour, peut-on lire dans un document rendu public en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics.

Plusieurs candidats à l’immigration sélectionnés étaient déjà établis au Québec grâce à un permis de séjour temporaire et avaient déposé une demande d’immigration avant la réforme du système d’immigration québécois à la faveur de laquelle la règle du « premier arrivé, premier servi » a été remplacée par « profil recherché, profil choisi ».

Fin septembre, plus de 400 dossiers — où des atomes crochus (« matchs ») entre le profil de candidats à l’immigration et les besoins de main-d’œuvre d’employeurs avaient été constatés — étaient en cours de traitement au MIFI.

L’étude des demandes de Certificat de sélection du Québec (CSQ) fluctue entre 10 et 378 jours, indique le ministère, tout en précisant que le délai moyen s’élève à 199 jours, ou six mois et demi.

Pourtant, le MIFI soutient sur son site Web que sa nouvelle « façon de faire permet aux personnes invitées de présenter une demande de sélection permanente en vue d’obtenir, dans un délai moyen de 6 mois, un CSQ ».

Victime de la popularité du PEQ

Arrima est victime de la popularité du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui offre aux étudiants internationaux une voie rapide menant au CSQ.

La ministre de l’Immigration, Nadine Girault, veut « être capable de rééquilibrer tranquillement [le nombre de] travailleurs et [d’]étudiants qui passent à travers le PEQ […], Arrima [et ceux que le MIFI] va chercher dans des métiers et des professions très spécifiques » — par exemple préposés aux bénéficiaires, personnes œuvrant dans la transformation alimentaire ou encore dans l’intelligence artificielle, les technologies de l’information et les effets visuels, pour lesquels trois programmes pilotes d’immigration permanente sont en cours d’élaboration.

« Et la raison pour laquelle on fait les trois pilotes, c’est pour combler certains besoins, dans le fond, qu’on devrait combler à travers Arrima, mais actuellement la balance [des dossiers à traiter dans le PEQ] fait en sorte qu’on ne peut pas les combler à travers Arrima », a-t-elle expliqué à la presse durant l’été.

Son prédécesseur à la tête du MIFI, Simon Jolin-Barrette, avait comparé le nouveau système de gestion des demandes d’immigration basé sur la déclaration d’intérêt à la populaire application de rencontres Tinder. C’est le « Tinder de l’immigration », avait-il lâché en conférence de presse le 7 février 2019. « Nous avons lancé le système Arrima afin de mieux arrimer la sélection des personnes immigrantes aux besoins du marché du travail et de réduire les délais pour leur arrivée », s’était-il enorgueilli.

Des millions investis

Le ministère de l’Immigration a dépensé 13 millions de dollars pour mettre sur pied Arrima et, jusqu’à maintenant, 3,7 millions pour l’utiliser.

La plateforme ne sert pas uniquement au dépôt des déclarations d’intérêt des candidats à l’immigration économique, fait remarquer le MIFI. Les conseillers en immigration répartis aux quatre coins du Québec utilisent le « Portail employeurs » afin de combler des besoins de main-d’œuvre permanente, mais également temporaire soumis par les employeurs de leur coin de pays. Ils peuvent par exemple transmettre « aux entreprises des listes de personnes correspondant au profil recherché parmi celles qui ont déclaré leur intérêt à immigrer au Québec ». Autrement dit, un étranger souhaitant faire sa vie au Québec pourra se voir offrir d’y venir sur une base temporaire.

Arrima héberge aussi les documents de preuve nécessaires à l’étude des demandes de sélection temporaire des étudiants étrangers. Bref, des « fonctionnalités ont été ajoutées », des « bonifications ont été faites », résume le ministère.

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