PCU: pénalités levées pour les assistés sociaux

Le ministre Jean Boulet
Photo: Mario Beauregard Archives La Presse canadienne Le ministre Jean Boulet

Le gouvernement du Québec interrompt pour trois mois les réductions des chèques d’aide sociale des prestataires qui ont reçu la Prestation canadienne d’urgence (PCU). La cohabitation des deux programmes avait créé beaucoup de confusion ces derniers mois.

« J’annonce un moratoire sur le recouvrement des trop-perçus », a déclaré le ministre Jean Boulet au Devoir. « On le fait dans un geste de grande empathie à l’égard de ces personnes-là. »

La mesure entrera en vigueur à compter de novembre pour une période de trois mois

Étant donné que la PCU était très facile d’accès, de nombreux assistés sociaux en ont reçu alors qu’ils n’y avaient pas droit.

Or cela a donné lieu à toutes sortes de problèmes. Alors que l’Agence de revenu du Canada tardait à définir un mécanisme clair pour se faire rembourser, le gouvernement du Québec avait commencé à réduire les chèques des prestataires.

Plusieurs organismes pressaient le ministre de lever les pénalités en attendant qu’Ottawa se positionne.

« Les personnes se retrouvent à rembourser au provincial une dette qu’elles ont contractée au fédéral et que le fédéral va probablement leur demander de rembourser ! », explique Virginie Larivière du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Autre phénomène, il semble que certains aient carrément quitté l’aide sociale pour s’inscrire à la PCU. Cela permettrait d’expliquer en partie les statistiques les plus récentes sur le nombre d’assistés sociaux au Québec qui n’ont jamais été aussi basses. Ainsi, entre juillet 2019 et juillet dernier, le taux d’assistance sociale est passé de 6,3 % à 5 %. Un record à la baisse depuis 1975.

Vers une hausse du nombre d’assistés sociaux ?

Qu’adviendra-t-il maintenant pour tous ceux qui ne pourront pas retrouver un emploi après la pandémie ? Doit-on s’attendre à une hausse importante du nombre d’assistés sociaux ?

Il va « certainement » y avoir une recrudescence des demandes d’aide sociale à l’expiration de la PCRE (Prestation canadienne de relance économique), concède le ministre Jean Boulet qui peine pour l’heure à en estimer l’ampleur.

Les gens peuvent recevoir la PCRE pendant une période maximale de 26 semaines. Après cela, le gouvernement souhaite offrir un « accompagnement » aux bénéficiaires de la PCRE, dit-il. « Un plan personnalisé de carrière pour les aider à revenir au travail » possiblement dans un nouveau domaine.

Le ministre table en outre sur le programme Objectif-Emploi qui ciblait déjà les gens qui s’inscrivent sur l’aide sociale pour la première fois. « Depuis notre arrivée au pouvoir, j’ai mis beaucoup l’accent sur ce programme-là. Ma prémisse, c’est que la meilleure voie vers l’autonomie des personnes assistées sociales, c’est l’emploi. »

Lancé sous les libéraux, Objectif Emploi force les nouveaux candidats à l’aide sociale à entreprendre une démarche (formation ou autre) pour éventuellement réintégrer le marché du travail. Ceux qui suivent les démarches reçoivent des primes, mais Objectif Emploi prévoit aussi des pénalités pour les participants qui ne respectent pas leurs rendez-vous ou en abandonnent.

Lors du lancement du programme, le principe de ces pénalités avait donné lieu à un déluge de protestations. Trois ans plus tard, on constate qu’une minorité de gens (0.5 % ou 70 personnes) ont subi ces pénalités, ce qui laisse croire que la menace de pénalité joue son rôle davantage que l’imposition de la pénalité elle-même.

Selon un rapport du ministère, le programme aide les gens « à se remettre en mouvement ». Par contre, le ministère n’a pas encore de données sur la proportion d’entre eux à s’être trouvés du travail, notamment parce que le programme dure deux ans et est entrée en vigueur à peine plus tôt.