Alexis Cossette-Trudel évincé de YouTube

Désormais privé de sa page Facebook et de sa chaîne YouTube, Alexis Cossette-Trudel crie à la censure.
Photo: Facebook/Radio-Québec Désormais privé de sa page Facebook et de sa chaîne YouTube, Alexis Cossette-Trudel crie à la censure.

YouTube a expulsé l’une des figures importantes du mouvement conspirationniste francophone, Alexis Cossette-Trudel, lui reprochant d’avoir commis de « multiples violations » au Règlement de sa plate-forme vidéo.

Google dit avoir fermé la chaîne Radio-Québec, qui comptait plus de 120 000 abonnés, après la diffusion de vidéos où le Montréalais désinformait la population sur la COVID-19. Dans un ultime « webjournal » diffusé sur YouTube, il soulignait à tort l’arrivée d’« un médicament pour guérir la COVID ».

Alexis Cossette-Trudel a violé à plus d’une occasion le Règlement de la communauté de YouTube, a indiqué la porte-parole de Google Canada Luiza Staniec, jeudi. « Nos politiques interdisent des propos comme dire que le virus est une supercherie ou qui promeuvent des remèdes médicalement non fondés au lieu d’encourager les gens à consulter un ou une professionnel-le de la santé », a-t-elle souligné dans un échange avec Le Devoir.

Privé de sa page Facebook et de sa chaîne YouTube, Alexis Cossette-Trudel a crié à la censure, puis invité ses fidèles à le suivre sur d’autres plateformes vidéo plus permissives.

Conséquences « limitées »

La fermeture de la chaîne YouTube Radio-Québec aura, « dans l’immédiat, un impact limité », estime le directeur du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux, les idéologies politiques et la radicalisation (CEFIR) du Cégep Édouard-Montpetit, Martin Geoffroy. « Ça va empêcher un nouveau public de le remarquer », dit-il, avant d’ajouter : « Mais, il n’aura pas de difficulté à faire déplacer le public qu’il a déjà ramassé sur Vimeo ou Vkontakte. »

Plus largement, « restreindre la liberté d’expression d’un individu comme Alexis Cossette-Trudel, ça ne va pas enrayer le complotisme », souligne le chercheur.

Pour y arriver, Martin Geoffroy invite à lutter contre le « mouvement de fond international de discours anti-scientifique » en investissant dans l’éducation scientifique, la littératie numérique, l’accompagnement pédagogique ainsi que dans l’accompagnement psychosocial. « La seule manière à moyen ou long terme [qui va nous permettre de] réduire la pensée conspirationniste, ce n’est pas en fermant le canal d’un individu comme Alexis Cossette-Trudel, aussi populaire soit-il, ça va être en occupant […] l’espace du “marché des idées” », poursuit-il dans un clin d’œil au sociologue français Gérald Bronner. Il invite ses collègues à « investir ces lieux » y compris virtuels « où sont les jeunes et à parler de la vraie recherche ». « Le phénomène d’Alexis Cossette-Trudel n’a pas été créé par Alexis Cossette-Trudel. [...] [il] a profité d’une situation qui lui était favorable », fait remarquer le dirigeant du CEFIR.

D’autres chaînes supprimées

Ce sont au moins 60 chaînes « à contenu majoritairement conspirationniste » qui ont été « entièrement supprimées » jeudi sur YouTube, précise Luiza Staniec.

D’autre part, plus de 1800 « vidéos individuelles ont été supprimées » dans les chaînes qui ne sont pas « entièrement » vouées « à la publication de vidéos concernant des contenus conspirationnistes nuisibles ».

Pourtant, « il y a bien d’autres » personnes faisant partie de « la mouvance antisanitaire ou antimasque » qui continuent de propager de fausses informations, notamment sur la pandémie de COVID-19 sur YouTube, mentionne le professeur de sociologie Martin Geoffroy.

YouTube a aussi annoncé jeudi la mise à jour de sa politique en matière de discours haineux afin d’interdire davantage de « contenu complotiste ». Le géant du Web a dit s’en prendre plus énergiquement aux auteurs de vidéos qui « menacent ou harcèlent quelqu’un en suggérant qu’il est complice d’une de ces conspirations nuisibles, comme QAnon ou Pizzagate ».

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