Un week-end critique

«Les gestes qu’on va poser ce week-end vont faire une grosse différence», a lancé jeudi le ministre de la Santé, Christian Dubé, invitant les gens à rester sur leurs gardes.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Les gestes qu’on va poser ce week-end vont faire une grosse différence», a lancé jeudi le ministre de la Santé, Christian Dubé, invitant les gens à rester sur leurs gardes.

À l’approche du long congé de l’Action de grâce, le gouvernement presse la population de limiter ses contacts et place en alerte maximale des sections de la Mauricie, du Centre-du-Québec et de la région de Portneuf.

« Les gestes qu’on va poser ce week-end vont faire une grosse différence », a lancé jeudi le ministre de la Santé, Christian Dubé, invitant les gens à rester sur leurs gardes.

D’ici quelques jours, les MRC de Bécancour, Nicolet-Yamaska et Drummond, la ville de Trois-Rivières et la région de Portneuf se trouveront, elles aussi, en zone rouge. Dans les bars et les restaurants de ces territoires, les exigences propres à ce palier d’alerte seront en vigueur à partir de samedi à minuit, alors que les écoles auront jusqu’à mercredi à la même heure pour s’y conformer.

« En fin de compte, c’est toute la vallée du Saint-Laurent qui tourne au rouge », a résumé le ministre.

La situation dans ces nouvelles zones rouges n’est pas « plus grave qu’à Montréal », a souligné le directeur de la santé publique, Horacio Arruda. Leur proximité avec des territoires en zone rouge a notamment pesé dans la balance.

De nouveaux points de contrôle s’ajoutent aussi sur les routes à l’entrée du Saguenay–Lac-Saint-Jean et dans le secteur de La Tuque.« Ce qu’on veut, c’est éviter que la population fasse des déplacements non essentiels », a dit le ministre Dubé, précisant qu’il n’y avait là « rien de coercitif » et « que les policiers sont là pour rappeler les consignes ».

Ceux qui souhaitent se rendre dans un chalet et passer d’une zone rouge à une zone orange n’ont « pas le droit de faire là-bas » ce qu’ils ne peuvent pas faire chez eux, a également mentionné l’élu caquiste. Pas question, par exemple, pour une personne originaire d’une zone rouge de visiter un restaurant en zone orange. Jeudi, on recensait 1078 nouveaux cas d’infection au Québec et deux nouveaux décès. Les hospitalisations étaient en hausse de 16, à 425, dont 68 étaient aux soins intensifs, 6 de plus que la veille..

Annonce prévisible ?

Le basculement de Trois-Rivières en zone rouge n’a pas surpris son maire, Jean Lamarche, conscient de la transmission communautaire « soutenue » dans sa région. Le nombre de cas de COVID-19 par 100 000 habitants est passé de 2,8 en septembre à près de 13 ce mois-ci, dit-il, avec des éclosions touchant écoles, entreprises et restaurants.

« Chaque citoyen doit prendre conscience qu’il peut faire la différence », répète M. Lamarche, saluant le resserrement des règles à l’approche du long congé. Il appelle les citoyens à faire leur part, en restant chez eux et en achetant local. « La zone rouge, c’est le dernier palier d’alerte. Il faut vraiment prendre les moyens pour revenir en arrière. »

 

« Les gens sont fatigués et c’est ça qui m’inquiète. Je sens que la population a moins envie de mettre l’épaule à la roue », réagit de son côté la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois. Bien que voir sa ville peinte en rouge ne soit pas une surprise, elle ne cache pas sa déception de devoir de nouveau serrer la vis aux écoliers et aux restaurateurs, notamment. Elle espère que l’annonce de jeudi aura l’effet d’un électrochoc auprès des citoyens.

En conférence de presse jeudi, le Dr Arruda, a dit trouver la deuxième vague plus difficile à vivre que la première, en raison notamment de la place de la pandémie dans « l’arène politique ». « Au début, c’était facile [de] confiner tout le monde, les gens écoutaient. Là, on fait un choix, on pénalise l’un, on pénalise l’autre. Il y a des complotistes. J’ai des menaces de mort. Je reçois des courriels injurieux tous les jours », a-t-il confié.


S’il a « décidé de continuer dans ce mandat-là », il n’hésitera pas à partir si lui et le gouvernement ont des divergences. « Le jour où ils feront de la « bullshit » — excusez-moi d’utiliser ces termes-là monsieur le ministre — […] bien, le directeur Arruda, il ne sera pas là parce qu’[il] n’a pas une crédibilité à perdre. »

 

 

Le jeu des comparaisons

Confronté à la situation critique du Québec, le premier ministre, François Legault, a de nouveau choisi jeudi de comparer son bilan à celui des grandes villes américaines, qui vivent soit la même situation que la province ou une situation bien pire. « Aujourd’hui, on a 16 hospitalisations de plus ; le Massachusetts qui est plus petit que nous autres, 6,9 millions d’habitants, a 32 hospitalisations de plus. »

En choisissant de comparer le Québec aux villes américaines, et non à Vancouver ou à Toronto, le premier ministre sait qu’il fait du « cherry-picking » et choisit des chiffres qui l’avantagent, estime le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

Avec La Presse canadienne

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