La quête d’un médecin de famille reste problématique

Au 31 décembre 2019, 597 484 personnes étaient inscrites au Guichet d’accès à un médecin de famille, une augmentation de 41% en trois ans.
Photo: Fred Tanneau Agence France-Presse Au 31 décembre 2019, 597 484 personnes étaient inscrites au Guichet d’accès à un médecin de famille, une augmentation de 41% en trois ans.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) réfute les conclusions de la vérificatrice générale qui, à son avis, viennent ternir la réputation de ses membres. Dans son rapport annuel déposé à l’Assemblée nationale jeudi, Guylaine Leclerc constate que plus d’un demi-million de Québécois sont toujours sans médecin de famille malgré le milliard de dollars versés aux omnipraticiens depuis trois ans pour les inciter à prendre davantage de patients en charge.

« Ce qui est malheureux, c’est que le rapport de la vérificatrice générale donne encore l’impression que les médecins de famille n’ont pas fait leur travail et qu’ils n’ont pas atteint l’objectif qui était fixé, plutôt que de regarder tout le chemin qui est parcouru, a dit le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin, visiblement en colère. On est à 82 % malgré le fait qu’on manque de médecins. Il n’y a pas beaucoup de groupes au Québec qui ont augmenté leur charge de travail comme les médecins de famille l’ont fait au cours des dernières années, et ça en tenant compte [du fait] qu’ils travaillent autant sinon plus que les médecins de famille ailleurs au Canada. »

Le taux de Québécois qui ont accès à un médecin de famille était de 67 % il y a environ quatre ans et demi, a-t-il fait valoir. Or, la vérificatrice générale a analysé les données du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sur trois ans, soit de 2016-2017 à 2018-2019. Elle arrive à la conclusion que le nombre de patients orphelins est en partie attribuable au fait que le MSSS est incapable d’évaluer l’efficacité des primes versées aux omnipraticiens.

Le rapport de la vérificatrice générale donne encore l’impression que les médecins de famille n’ont pas fait leur travail

« Le ministère n’est pas en mesure de savoir si ça a donné les résultats escomptés parce que ces mesures incitatives sont pour l’accès et non pas juste pour l’inscription, a-t-elle déclaré en conférence de presse. L’inscription, c’est un indicateur, mais ce n’est pas parce que tu es inscrit auprès d’un médecin de famille que tu y as accès. »

Détérioration

Au 31 décembre 2019, 82 % des Québécois avaient un médecin de famille, en deçà de la cible de 85 % fixée dans l’entente entre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et le MSSS conclue en 2015. En tout, 597 484 personnes étaient inscrites au Guichet d’accès à un médecin de famille, une augmentation de 41 % en trois ans. De ce nombre, 185 237 personnes vulnérables attendaient en moyenne 367 jours avant qu’on leur désigne un omnipraticien. Le délai moyen augmente à 477 jours pour les autres. Depuis, la situation s’est encore détériorée, comme le rapportait Le Devoir récemment. La vérificatrice générale note que le ministère a reporté l’atteinte de cet objectif de 2020 à 2022-2023.

En vertu de cette entente, les omnipraticiens ont reçu 980,5 millions de dollars de primes en trois ans pour la prise en charge de patients. Elle prévoyait l’application de moyens coercitifs contenus dans la loi 20 de l’ex-ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette, si la cible de 85 % n’était pas atteinte. Or, le MSSS ne les utilise pas puisqu’il peine à mesurer l’accès aux médecins de famille.

De plus, près de 72 % des 2,5 millions de visites aux urgences en 2018-2019 ont été effectuées par des patients inscrits pour des problèmes de santé non urgents ou moins urgents. « Il semble donc qu’il soit encore difficile de rencontrer un médecin de famille même pour les personnes qui en ont un », souligne Mme Leclerc dans son rapport. Elle note le manque de fiabilité du taux d’assiduité des omnipraticiens dont dispose le ministère et ne possède pas de données précises sur les départs de médecins de famille à la retraite.

Mme Leclerc constate également le peu d’adhésion des médecins de famille au système Rendez-vous santé Québec, dont la mise sur pied a coûté 15,6 millions de dollars. À peine 6,5 % d’entre eux utilisent ce site Internet pour offrir des rendez-vous, ce qui empêche le ministère d’évaluer l’efficacité des mesures incitatives offertes aux médecins. Les omnipraticiens ne sont pas obligés d’y adhérer. Le gouvernement entend-il le rendre obligatoire ?

« C’est exactement ce dont on discute avec eux en ce moment, a répondu le ministre de la Santé, Christian Dubé, qui dit avoir rencontré la FMOQ à plusieurs reprises au cours des dernières semaines. On a un plan très clair qui fait partie de la stratégie qu’on a mise en place pour que les Québécois aient un meilleur accès à leur médecin de famille. Un des indicateurs pour nous, c’est de s’assurer que tous les Québécois — incluant ceux qui n’ont pas accès à un médecin de famille — puissent avoir un rendez-vous à l’intérieur de 36 heures. Ça, c’est un engagement qu’on a pris il y a deux ans. »

À venir

Le gouvernement avait annoncé en août la création d’un agrégateur pour toutes les plateformes de prise de rendez-vous en ligne, privées ou publiques, au coût de 2,9 millions de dollars. Cette solution doit d’abord être déployée à Montréal au cours de l’automne, puis graduellement dans les autres régions du Québec.

Par ailleurs, le ministère de la Santé a ajouté un indicateur dans son plan stratégique pour connaître le pourcentage de Québécois qui ont pu consulter leur médecin en 36 heures. Le délai sera mesuré par sondage. La vérificatrice générale doute que cette méthode donne « un résultat juste et précis ». Elle recommande au ministère de se doter d’indicateurs fiables, de communiquer des données sur l’accès réel aux soins de santé des Québécois et de respecter ses exigences légales pour la publication du délai moyen pour l’obtention d’un rendez-vous avec un omnipraticien.

Les partis d’opposition ont des doutes sur la gestion du dossier par le gouvernement caquiste. Québec solidaire juge l’augmentation du nombre de Québécois en attente d’un médecin de famille « inacceptable ». Le Parti québécois s’attend quant à lui à « beaucoup plus de rigueur » de la part du gouvernement.

 

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1 commentaire
  • Pierre Rousseau - Abonné 9 octobre 2020 08 h 03

    Un problème systémique!

    C'est tellement beau de voir les médecins et le gouvernement se renvoyer la balle pour savoir qui est responsable de cette situation de médecine de brousse. Je peux dire que dans les autres provinces, la situation n'est pas si dramatique et c'est à se demander ce qui ne fonctionne pas ici; est-ce le gouvernement à l'issu de politiques d'austérité ou sont-ce les médecins qui refusent de prendre des nouveaux patients ou encore parce qu'il en manque? En mettant le doigt sur le bobo, on pourrait commencer à travailler sur la solution.