Legault présente des excuses officielles à Joyce Echaquan à l’Assemblée nationale

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, François Legault

Dans le décor solennel du Salon bleu de l’Assemblée nationale, le premier ministre François Legault a présenté ses excuses officielles, mardi, à la famille de Joyce Echaquan, cette Autochtone issue de la communauté Attikamek de Manawan décédée dans des circonstances troublantes.

La déclaration du premier ministre, faite au nom du gouvernement du Québec, est survenue le jour même des funérailles de Mme Echaquan.

La mère de sept enfants âgée de 37 ans est morte le 28 septembre, à l’hôpital de Joliette, dans des circonstances atroces qui avaient ému et révolté toute la société québécoise.

Juste avant de mourir, de son lit d’hôpital, Mme Echaquan avait réussi à filmer les insultes proférées et les propos racistes tenus par le personnel hospitalier à son égard. La vidéo avait eu une large audience sur Facebook.

« Cela ne veut pas dire que la nation québécoise est raciste », a dit M. Legault, qui refuse toujours de parler de racisme systémique au Québec, tout en affirmant vouloir agir pour combattre le racisme « sous toutes ses formes ».

Il a dit que le décès tragique de Mme Echaquan devait être un point tournant, « qu’on s’en souvienne comme du moment où on est enfin passé à l’action collective ».

Le geste du premier ministre présenté sous forme de motion après la période de questions a été précédé d’une motion de condoléances adoptée à l’unanimité et présentée par la porte-parole de Québec solidaire, la députée Manon Massé. Les deux motions ont été suivies d’une minute de silence.

Plus tôt, sur son fil Twitter, M. Legault avait écrit que le Québec devait des excuses à la disparue parce que le « service public québécois a failli à son devoir envers elle ».

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, a soutenu que l’Assemblée nationale avait « une obligation de résultats » en ce domaine en s’attaquant au racisme systémique dont étaient victimes les Premières Nations.

La leader du deuxième groupe d’opposition, Manon Massé, a elle aussi insisté sur la reconnaissance d’un racisme systémique envers les Premières Nations. « Je dis que les Autochtones, eux, vivent une discrimination que, moi, je ne vis pas, et ça, dans le Québec auquel, moi, j’aspire, ça n’a pas sa place », a-t-elle soutenu.

« Nous avons tous un devoir de remise en question » envers les Autochtones, a fait valoir de son côté le chef du troisième groupe d’opposition, Pascal Bérubé.

À Ottawa, questionné en point de presse à propos du refus du premier ministre Legault de reconnaître l’existence d’un racisme systémique au Québec, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a affiché son malaise, contestant la position du gouvernement du Québec.

« Le racisme systémique existe à travers le Canada. Ça existe au Québec dans le système de santé. Ça existe dans les forces de police. Ça existe dans la fonction publique au Québec à différents degrés », a-t-il énuméré, jugeant que la preuve n’était plus à faire.

« Il faut reconnaître que le racisme systémique existe », a-t-il ajouté, car ce n’est pas en niant ce phénomène « qu’il va disparaître ».

D’autres excuses en 2019

Ce n’est pas la première fois que le premier ministre Legault présente ses excuses aux Autochtones en Chambre. Il l’avait fait il y a exactement un an, en octobre 2019, pour les préjudices graves subis au cours des ans par les Premières Nations.

La société québécoise a manqué à son devoir envers les Autochtones, avait-il aussi reconnu alors, en leur demandant publiquement pardon.

Plusieurs leaders des Premières Nations s’étaient déplacés, dans les tribunes réservées aux visiteurs, pour entendre ce qu’il avait à dire.

Mardi, au contraire, il n’y avait personne, pandémie oblige. L’Assemblée nationale est fermée aux visiteurs depuis le mois de mars.

La présentation d’excuses publiques par le chef du gouvernement du Québec faisait partie des recommandations formulées dans le rapport de la Commission Viens sur les relations entre le Québec et les Autochtones, rendu public quelques jours plus tôt.