Le gouvernement Legault donne son feu vert à Alerte COVID

Le premier ministre François Legault
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le premier ministre François Legault

En plein cœur de la seconde vague de COVID-19, le gouvernement Legault encourage finalement les Québécois à télécharger massivement Alerte COVID, l’application fédérale de suivi de contacts, qu’il avait mise de côté cet été.

« Le moment est propice à lancer cette application, en espérant que la population va être sensibilisée au fait que cet outil […] peut avoir un impact important sur notre capacité à voir les chiffres diminuer », a déclaré lundi le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire.

C’est « un outil additionnel », a précisé le premier ministre François Legault — également présent —, assurant que la Santé publique continuera de faire « le traçage à la main ».

En conférence de presse, il a lui-même téléchargé l’application, invitant tous les Québécois à suivre son exemple. « Et essayez de convaincre vos amis aussi », a-t-il lancé, demandant notamment à Marie-Mai et à Julie Snyder de mobiliser leurs « admirateurs et admiratrices ».

Si l’utilisation de l’application fédérale reste optionnelle, elle nécessite une adhésion importante de la population pour être efficace. Éric Caire a reconnu vouloir rejoindre davantage les jeunes, actuellement plus touchés par le virus : « 76 % des Québécois possèdent un téléphone intelligent et la proportion de jeunes [en] ayant un est extrêmement significative. Les jeunes pourraient avoir un intérêt supplémentaire à télécharger cette application. »

Le Québec devient la huitième province à adopter cette technologie lancée en Ontario le 31 juillet. À ce jour, 3,3 millions de Canadiens ont téléchargé Alerte COVID et 800 personnes infectées ont saisi leur code dans l’application pour en informer leurs contacts récents.

Confidentialité

Cet été, Québec avait pourtant décidé ne pas aller de l’avant avec l’application fédérale, redoutant qu’elle puisse porter atteinte à la vie privée des utilisateurs. La porte technologique n’était pas fermée pour autant, Québec envisageant même de se tourner vers une firme québécoise.

Mais après avoir regardé Alerte COVID « sous toutes ses coutures », le ministre Caire a conclu qu’elle était « fiable et sécuritaire » et qu’elle n’avait pas été « hackée » une seule fois depuis juillet. « On dit souvent que le risque zéro n’existe pas, mais s’il existait, cette application est probablement ce qu’il s’en rapproche le plus. »

« Ni la Santé publique, ni le gouvernement, ni vos contacts ne vont savoir où vous êtes ou qui vous avez rencontré dans les dernières semaines. […] Ni que c’est vous qui étiez positif », a renchéri M. Legault.

Alerte COVID envoie une notification à l’utilisateur s’il a été en contact pendant au moins 15 minutes au cours des deux semaines précédentes avec une personne ayant reçu un résultat positif à un test de COVID-19. La technologie Bluetooth est utilisée pour envoyer des codes aléatoires aux téléphones à proximité. L’application utilise les données recueillies par les autorités de la santé publique des provinces participantes et l’identité de la personne infectée n’est jamais révélée.

De son côté, l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila) s’est réjoui que le gouvernement choisisse l’application fédérale même si c’est au détriment de la sienne. « Nous sommes conscients qu’il y a plusieurs avantages à utiliser une technologie commune pour le Canada, notamment celui de faciliter le traçage des contacts d’une province à l’autre lors des déplacements », a indiqué son porte-parole, Vincent Martineau. Le gouvernement Legault devra toutefois « bien informer les citoyens et faire une promotion adéquate » pour assurer son efficacité.


Inquiétudes

La députée libérale Marwah Rizqy, qui craignait au départ pour la protection des données personnelles des citoyens, s’est empressée de télécharger l’application. Elle a été rassurée par l’analyse des experts. « Ma plus grande préoccupation, c’est le risque de congestion, a-t-elle affirmé en faisant allusion aux ratés du dépistage. Je ne veux pas qu’il soit accentué. Le gouvernement n’est pas prêt à recevoir davantage de personnes. »

L’application pourrait inciter des gens qui n’ont pas réellement été en contact avec une personne infectée à aller se faire tester inutilement. Par exemple, des gens qui travaillent à proximité les uns des autres, mais qui sont protégés par un panneau de Plexiglas.

Québec solidaire craint que l’application n’allonge les délais de dépistage. « Les experts et les expériences internationales pointent dans la même direction : même si l’application est massivement téléchargée, elle générera une telle quantité de faux positifs qu’elle alimentera une congestion dans les cliniques de dépistage, déjà débordées », a fait valoir son co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois. Le parti a déjà proposé au gouvernement de réquisitionner les laboratoires privés pour réduire les délais.

Pour le député péquiste Martin Ouellet, deux questions demeurent en suspens : « On aurait aimé que le gouvernement se fixe une cible [d’]à combien de pour cent [on a] un seuil d’acceptabilité pour dire que l’application fonctionne. » Il craint notamment que des employeurs obligent leurs employés à utiliser l’application.

Cette dernière crainte est partagée par la Ligue des droits et libertés (LDL). « Si le nombre de personnes atteintes continue d’augmenter, est-ce que le gouvernement Legault pourrait décréter l’obligation d’utiliser l’application ? » a demandé la présidente de la Ligue, Alexandra Pierre, par communiqué lundi. Le gouvernement devrait plutôt donner les ressources nécessaires à la Santé publique pour retracer « manuellement » les gens qui ont été en contact avec une personne atteinte de la COVID-19, selon elle.

En commission parlementaire au mois d’août, les experts invités avaient relevé l’efficacité encore non démontrée des applications de recherche de contacts, car, entre autres, la technologie Bluetooth utilisée est imprécise.

Dans leur rapport final, les élus — dont quatre de la CAQ — avaient conclu que les lois québécoises ne protégeaient pas suffisamment les données et renseignements personnels des citoyens, rendant périlleux le recours à ce genre d’application.

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