La course à la chefferie du PQ, un marathon à obstacles

Un peu comme en 2016 — et contrairement à 2015, quand la victoire de Pierre Karl Péladeau n’a jamais fait de doute —, l’issue de la course actuelle demeure embrouillée.
Photo: Parti québécois Un peu comme en 2016 — et contrairement à 2015, quand la victoire de Pierre Karl Péladeau n’a jamais fait de doute —, l’issue de la course actuelle demeure embrouillée.

« On a eu l’impression d’avoir été dans une sorte de Fort Boyard extrême. Ça a été un peu l’enfer sur le plan logistique. »

C’est une membre de l’équipe de Frédéric Bastien — l’un des quatre candidats qui briguent la chefferie du PQ — qui pose ce regard sur la course à la succession de Jean-François Lisée. L’« enfer » parce que l’historien s’est lancé dans la course en février. Et qu’un mois plus tard, le Québec tombait en confinement.

« Frédéric n’avait pas de notoriété populaire, dit-elle. C’est difficile de se faire connaître en ne pouvant rencontrer personne. C’est une chose de faire des vidéos sur les réseaux sociaux, c’en est une autre d’échanger directement avec les membres. Ça a été acrobatie par-dessus acrobatie pour aller chercher les signatures » nécessaires pour être reçu comme candidat, et plus largement pour faire campagne.

Dans les autres équipes — celles du député Sylvain Gaudreault, de l’avocat Paul St-Pierre Plamondon et de l’humoriste Guy Nantel —, les détails diffèrent, mais le constat est semblable. « La COVID a vraiment tout chamboulé », indique un stratège de l’équipe Gaudreault.

« Il a fallu s’adapter beaucoup, ajoute une conseillère de Paul St-Pierre Plamondon. Se réinventer, faire les choses autrement. Mais c’était difficile pour l’équipe — surtout de garder les gens motivés »

Un conseiller de Guy Nantel relève que son candidat n’a même pas pu tenir un événement partisan — son lancement était prévu après la mise sous cloche du Québec, à la mi-mars. « On a choisi de ne pas en faire cet été non plus, dans le contexte. C’était la chose à faire, mais on n’a pas pu avoir de moment pour galvaniser les troupes, comme ça se fait habituellement. »

Reports, suspension…

Cette course n’a ainsi pas manqué de secousses. Initialement prévu pour juin, le vote a été reporté deux fois. En avril et en mai, la campagne a été carrément suspendue. Elle a repris début juin, à travers le déconfinement partiel du Québec — pour MM. Gaudreault, Bastien et St-Pierre Plamondon, ce fut l’occasion d’aller à la rencontre des militants, toute distanciation respectée (ce qui veut aussi dire devant peu de militants…).

Les trois débats organisés par le parti se sont quant à eux faits en ligne, sans spectateurs. En point d’orgue de tout ça, il n’y aura personne non plus pour applaudir le nouveau chef, le 9 octobre. Le dévoilement se fera virtuellement, sans confettis, ballons ou drapeaux.

« Ça fait dix mois qu’on est en campagne », rappelle une organisatrice du clan St-Pierre Plamondon. Sylvain Gaudreault, lui, en est à son onzième mois de course. À ce stade, on peut probablement parler davantage d’un marathon à obstacles.

Sympathisants

« C’est sûr que la COVID a pris beaucoup de place », dit en entretien le politologue Éric Montigny (Université Laval), auteur de Leadership et militantisme au PQ. Et dans ce contexte, prendre la juste mesure de cette campagne est difficile, note-t-il.

Par exemple : là où toute course à la direction permet de gonfler le nombre de membres, le PQ doit cette fois se contenter d’un ajout de 5000 votants — dont 1200 « sympathisants » qui ne sont pas membres du parti. En 2016, le clan de Paul St-Pierre Plamondon se targuait d’avoir recruté 4900 nouveaux membres… à lui seul.

De même, Éric Montigny note le recul important dans le nombre total de votants (35 800 cette année) par rapport à 2016 (73 000). Le PQ demeure le parti au plus fort membership, soulignait son président cette semaine. Mais la réalité des chiffres, c’est aussi qu’il a perdu la moitié de ses membres en quatre ans.

Bien sûr que le phénomène de désaffection des membres excède le cas péquiste. Mais il demeure « certainement révélateur de l’évolution du parti », pense M. Montigny. Ce n’est pas pour rien que la formation avait opté pour une sorte de « primaire ouverte » où l’on accepte que des non-membres puissent voter (comme les libéraux fédéraux l’avaient fait en 2013).

« C’est une première au Québec, et en soi, c’est quelque chose qui démarque cette course des autres », dit celui qui s’intéresse de près à la reconfiguration du militantisme politique. « Habituellement, on fait cela après un choc institutionnel [comme la défaite électorale de 2018, quand le PQ a récolté 17 % du vote et fait élire 10 députés], pour aider à relancer le parti. Le PQ avait besoin de sang neuf. On pensait que Guy Nantel aurait pu amener une nouvelle génération. Mais là, on constate que c’est une primaire ouverte qui n’est pas très ouverte, finalement. Environ 1200 sympathisants, c’est limité. Je ne m’attendais pas à ça. »

La COVID-19 n’a certainement pas aidé aux opérations, reconnaît Éric Montigny. « Mais on voit aussi plus largement que c’est un parti qui perd de la vitesse. »

Idées

N’empêche. Malgré tous ces obstacles, il y a bien eu une course, des débats, des propositions concrètes. La résonance médiatique n’y était pas nécessairement (« c’est dur d’attirer l’attention avec une bonne idée quand les gens meurent aux nouvelles… » relève la conseillère de Frédéric Bastien ; « ça a été très diffus dans les médias », ajoute celui de Guy Nantel), mais « ceux qui ont suivi ont pu voir un positionnement assez clair de chaque candidat », estime Éric Montigny.

Les forces et faiblesses de chacun à l’aube du vote ? Chez Sylvain Gaudreault, il évoque « son historique, ses racines dans le parti, sa connaissance des militants, ses appuis. En même temps, ça fait longtemps qu’il est dans le paysage, et ça peut être une faiblesse dans un contexte où on cherche le renouveau ».

Le PQ avait besoin de sang neuf. On pensait que Guy Nantel aurait pu amener une nouvelle génération. Mais là, on constate que c’est une primaire ouverte qui n’est pas très ouverte, finalement. Environ 1200 sympathisants, c’est limité. Je ne m’attendais pas à ça.

 

Paul St-Pierre Plamondon, qui en est à sa deuxième campagne, arrive avec un bon soutien auprès des plus jeunes — selon un sondage qu’il a commandé à la firme Segma, il récolterait 47 % des intentions de vote auprès des 18-39 ans (qui représentaient toutefois moins de 15 % des membres en 2017). Très dynamique dans ses propositions… mais pas toujours cohérent, pense M. Montigny. « Pour moi, sa faiblesse est là. Entre 2016 et aujourd’hui, son discours a beaucoup évolué, notamment sur l’immigration et l’indépendance. »

Guy Nantel dispose pour sa part d’une forte notoriété publique — élément / argument qu’il a mis en évidence dans les débats. « Ça demeure une grande force, note Éric Montigny. Mais il n’a aucune racine dans le parti. »

Et Frédéric Bastien ? « Il a un positionnement fort sur certains dossiers — les relations avec Ottawa, la laïcité, l’immigration… Mais il est un peu monocentrique sur le plan des thèmes. On ne l’a pas beaucoup entendu sur d’autres enjeux. »

Gaudreault devant ?

Un peu comme en 2016 — et contrairement à 2015, quand la victoire de Pierre Karl Péladeau n’a jamais fait de doute —, l’issue de la course actuelle demeure embrouillée.

Comme tout sondage, celui dévoilé par l’équipe St-Pierre Plamondon est à interpréter avec prudence. Mais il a été réalisé il y a dix jours auprès de 1002 membres ou sympathisants avec droit de vote, ce qui lui donne une certaine crédibilité.

Il classait Sylvain Gaudreault premier avec 31 % d’appuis, devant Paul St-Pierre Plamondon (26 %), Guy Nantel (22 %) et Frédéric Bastien (7 %). En tenant compte de la marge d’erreur (3,1 %), les données peuvent laisser entrevoir une lutte à deux, voire à trois, et certainement plus d’un tour de scrutin.

À défaut de l’énergie habituelle amenée par les militants, la soirée de dévoilement du prochain chef sera donc à tout le moins porteuse d’un bon suspense. Et pour celui qui en sortira gagnant, ce ne sera pas la fin des défis : le nouveau chef aura deux ans pour remettre sur pied la formation politique.

À voir en vidéo

4 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 3 octobre 2020 08 h 13

    Le PQ demeure le parti au plus fort membership, soulignait son président cette semaine.

    Le mot membership peut se traduire dans la langue de Molière par membrariat ou par le mot adhésions, je crois.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 3 octobre 2020 09 h 41

    M Bastien, propose la création de l' Institut national de géographie

    Et Frédéric Bastien ? ............... Mais il est un peu monocentrique sur le plan des thèmes. On ne l’a pas beaucoup entendu sur d’autres enjeux. »

    Lors du dernier débat Frédéric Bastien a fait une proposition fondamentale, presque passée inaperçue et qui mériterait plus d'attention : L'Institut de géographie nationale.

    Un organisme qui attend son heure depuis 50 ans !

    Le gouvernement du Québec a créé en 1968, La Commission d'étude sur l'intégrité du territoire du Québec, mieux connu sous le nom de La Commission Dorion.  Il s'agissait de la première étude exhaustive des frontières du Québec, qui mènera à la publication d'un rapport en 64 volumes, qui fait office de référence.

    M Henri Dorion va publié un livre en 2011qui se voulait une synthèse de son rapport commandé par le premier ministre de l'époque, Daniel Johnson. Au sujet de ce dernier il nous révèle ce qui motivait la création de cette commission : « Quand on pense faire un pays, il faut toujours bien savoir où il commence et où il finit ». ( Le Québec, territoire incertain  Éditions du Septentrion, Québec, 2011, p. 263.)

    Dans un entretien au Le Devoir en 2011 (1) iM Dorion a fait cette déclaration qui en disait long sur la négligence des politiciens (tous partis confondus) sur ces questions vitales pour les intérêts supérieurs de l'État du Québec : «l'occupation du territoire en terme d'intégrité territoriale n'a jamais empêché le gouvernement de dormir. On laisse les problèmes pourrir». Le mal est peut-être québécois. «En tout cas, tous les partis au Québec ont toujours eu une conscience territoriale pas mal aléatoire.»

    M Frédéric Bastien, est le seul politicien qui a compris l'importance de mettre en place cet organisme fondamental pour la maîtrise et la mise en valeur du territoire la national.

    (1) Les frontières incertaines: un obstacle au développement du Québec
    https://www.ledevoir.com/politique/quebec/320269/les-frontieres-incertaines-un-obstacle-au-developpement-du-quebec

  • Philippe Gariépy - Abonné 3 octobre 2020 10 h 06

    Un travail collossal au PQ

    Ils on travaillé fort dans des conditions impossibles. Chapeau ! Ils ont vraiment du courage et mériteraient de continuer à travailler ensemble. On ne peut leur reprocher de ne pass'être préparés et d'avoir débatu de l'avenir politique du Québec. Contrairement aux libéraux. Le gagnant aura fort à faire au cours des deux prochaines années. Avec l'un d'eux, le PQ mérite de se renouveler et de continuer. Deux candidats se démarquent toutefois à mon avis : Gaudreau et St-Pierre Plamondon. Le premier représente exclusivement la continuité. Le second, le renouveau. Encore une fois, le PQ, pour l'avenir du Québec, mérite renouvellement et continuation.
    Philippe Gariépy, Laval.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 4 octobre 2020 16 h 35

    … Parti Québécois !

    « Un peu comme en 2016 (…), l’issue de la course actuelle demeure embrouillée. » (Guillaume Bourgault-Côté, Le Devoir)

    Qu’importe l’Issue, possiblement, embrouillée ou selon, de cette course à la chefferie du PQ, l’important est comme dire quelques douceurs à toutes ces personnes qui, avec leurs talents et faiblesses, espèrent piloter une Formation appelée à rayonner au Québec :

    De Frédéric Bastien, élégance et fermeté l’accompagnent;

    De Guy Nantel, joie et prudence l’émancipent ;

    De Paul St-Pierre Plamondon, sérénité et équité l’annoncent, et ;

    De Sylvain Gaudreault, bonheur et transparence l’émerveillent !

    De toutes chacune des douceurs, souveraineté et indépendance, les stimulant, réveillent le …

    … Parti Québécois ! - 4 oct 2020 -