François Legault remet en doute le «mandat» de Ghislain Picard

Ghislain Picard affirme qu’il avait proposé de laisser sa place « au leadership atikamekw pour discuter du fond de la situation à Joliette ».
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Ghislain Picard affirme qu’il avait proposé de laisser sa place « au leadership atikamekw pour discuter du fond de la situation à Joliette ».

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a annulé la rencontre prévue vendredi matin avec le premier ministre du Québec, François Legault. Un geste que ce dernier n’a pas du tout apprécié.

« Malheureusement, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, vient d’annuler la rencontre prévue avec moi à 10 h ce matin », a d’abord écrit le premier ministre François Legault sur Twitter. « La porte de mon bureau reste ouverte », a ajouté M. Legault, précisant être « aussi disponible pour rencontrer les chefs de la nation Atikamekw ».

En entrevue à Radio-Canada, Ghislain Picard a soutenu qu’il n’était pas possible pour lui de se présenter à une rencontre dont l’ordre du jour n’était pas centré sur ce qui s’est passé à Joliette ces derniers jours. « Je ne peux pas me présenter dans une rencontre avec un ordre du jour qui n’est pas, dans les circonstances, le plus urgent », a expliqué le chef de l’Assemblée des Premières Nations.

« Je reconnais que c’était à la dernière minute, […], mais je dois vraiment prendre en considération les éléments du contexte qui prévaut », ajoute-t-il.

Ghislain Picard affirme qu’il avait proposé de laisser sa place « au leadership atikamekw pour discuter du fond de la situation à Joliette ». Rappelons que le chef de la communauté atikamekw de Manawan, Paul Émile Ottawa, avait demandé une rencontre avec le premier ministre. « Nous exigeons une rencontre au niveau Nation à Nation avec le premier ministre dans les plus brefs délais », affirmait M. Ottawa dans un communiqué de presse publié jeudi.

Legault ne comprend pas

Or, la version des faits de M. Legault diffère. Et le premier ministre ne s’est pas gêné pour critiquer M. Picard lors du point de presse quotidien du gouvernement sur le COVID.

« J’ai beaucoup de difficulté à le suivre, a dit M. Legault avant que les médias ne lui posent de question. Ça fait deux fois qu’il fait ça [annuler une rencontre avec le gouvernement] en peu de temps. »

« Ce qu’il nous dit, c’est qu’il nous aurait demandé d’avoir avec lui les chefs attimakeks [pour discuter de la tragédie de Joliette]. Mais j’ai vérifié dans mon entourage, et jamais on a eu cette demande-là ! J’ai parlé hier au chef Ottawa, je lui ai dit qu’on aurait une rencontre la semaine prochaine. Et il était satisfait. Alors je ne comprends vraiment ce que fait le chef Picard et pourquoi. »

Plus tard, M. Legault s’est demandé si M. Picard a « un mandat des autres nations, ou non », pour discuter avec Québec. « C’est peut-être ça qui explique pourquoi il annule. Mais il faut avoir un interlocuteur. » M. Legault a évoqué sa volonté de ne pas décider unilatéralement comment seront dépensés les 200 millions prévus au dernier budget pour répondre notamment aux recommandations de la Commission Viens.

« On a 200 millions, je veux en discuter, avec M. Picard ou avec ceux qui ont le mandat de venir négocier au nom des nations », a-t-il ajouté. « Il faut travailler là-dessus, et il faut le faire avec des partenaires. Ce n’est pas en annulant des rencontres qu’on va y arriver. »